Gette superstition a été' rapportée par Th. Deveria
FRAGMENT DU SEPTIÈME TABLEAU DU TOMBEAU DE TI. IVe DYNASTIE.
(Exposition universelle de 1878).— Gravure extraite de la revue illustrée Y Art.
de Ti, dont malheureusement nous ne pouvons donner ici qu'une petite partie. Cette peinture, placée sur un des murs de la salle, retraçait le tableau complet des opérations des sculpteurs de l'ancien empire. La première statue est taillée à l’aide d'outils en métal; leur forme mince et allongée rend ce point indiscutable; mais peut-être est-ce une statue en bois ou en pierre tendre, la même que l’on voit plus loin râpée à l’aide de pierres dures que deux Égyptiens frottent à la main sur sa surface ? Mais voici à la suite une troisième statue, cette fois assise, et que deux autres sculpteurs achèvent à l’aide d’une pierre ferrugineuse quelconque, analogue de forme à celles qui servent à râper la statue précédente, forme courte, massive, comme toutes les pierres emmanchées servant de haches dans les autres contrées. La véritable différence, c'est qu’au lieu d'avoir cet emmanchement si solide, dans toutes leurs variétés des haches primitives étrangères à l’Égypte, celles-ci sont seulement serrées par la main du sculpteur entre deux barres de métal formant ainsi une sorte de tenaille. Mais cette tenaille était bien peu solide, et nous ne pouvons nous expliquer un système aussi défectueux que par la nécessité de retailler ou de changer souvent de pierre, nécessité à laquelle le sculpteur était peut-être si. souvent astreint, qu’il ne pouvait prendre la peine, pour quelques coups de suite, de procéder à un emmanchement parfait. Quoi qu’il en soit, avec de telles pierres ainsi manœuvrées les Égyptiens pouvaient arriver à ce martelage ou piquetage , tel que nous le voyons dans les deux statues de granit à l'état d'ébauche que nous avons pu étudier au Trocadéro. Ainsi il est donc probable que la troisième statue du tableau est .en granit, que les sculpteurs la martèlent avec des hachettes en
l’art égyptien
pierre très dure, sans cela ils se serviraient des outils allongés, c'est-à-dire en métal, des artistes voisins. Mais ces outils étaient en bronze, et, comme, nous l'avons toujours soutenu, la trempe du bronze est impossible, ce métal ne peut entamer le granit.
Aucun des spécimens de statues en pierre dure de l’ancien empire que nous avons pu étudier, grâce à l’Exposition universelle, ne montre la trace sûre, les arêtes vives du ciseau d’acier que nous trouvions si souvent lors de premières études au Louvre (lequel ne contient en fait d’œuvres en pierre dure que des travaux du moyen et du nouvel empire) et principalement sur les hiéroglyphes du merveilleux sarcophage du hiérogrammate Ta-ho qui présentent constamment la trace d’un même petit ciseau, au tranchant droit de la largeur d’un centimètre, tenu presque verticalement dans la main du sculpteur, et traçant partout son petit sillon de même largeur, par une suite de petits ressauts.
Pendant le nouvel empire, une raison importante s’ajoute aux probabilités qui touchent la connaissance et l’emploi du fer en Égypte. La conquête, par les Égyptiens, de l’Assyrie, pays qui faisait un emploi si commun de ce métal, a dû leur en communiquer l'usage. Labriquant alors l’acier, les Égyptiens auraient dû s’en servir avant tout pour forger des épées et des lances, mais nous rappelons que le même fait et la même bizarrerie se retrouvent chez plusieurs peuples anciens, entre autres chez les Gaulois, qui possédaient et fabriquaient des ornements et des harnais de fer, et ne se servaient pas de ce métal pour les armes, peut-être à cause de sa rareté même et de la difficulté primitive de sa fabrication pour de grandes pièces.
Pour le granit, l’emploi unique d'outils en pierre n’a rien qui puisse nous surprendre ; nous avons montré que les indigènes de l’Amérique, et plus près de nous les Bretons, se sont contentés d’instruments analogues, et n’en ont pas moins produit énormément de sculptures sur pierre dure.
La difficulté de tels procédés n’en ferait que mieux comprendre la simplification des mouvements, la largeur des formes, la rareté des accessoires de la statuaire égyptienne sur pierre dure, origine de son style, ainsi que nous l’avons expliqué.
En tous cas, sur la question de l'emploi du fer en Egypte, l’Exposition de Paris démontre combien le problème est complexe, et pour nous, il nous semble nécessaire d’attendre de nouvelles recherches1 avant de pouvoir émettre une opinion définitive.
L’architecture égyptienne de l’Exposition aurait demandé aussi un examen 'approfondi, car elle s’est manifestée par les recherches les plus intéressantes, entreprises surtout par M. de Rochemonteix et M. Mariette. Le premier a donné des essais de restauration de plusieurs temples, principalement de celui d'Edfou, et la symbolique si curieuse des coiffures royales et divines dans les peintures égyptiennes. Son retour, malheureusement tardif, n’a permis à la direction des missions scientifiques d’exposer ses dessins que vers le dernier mois de l’Exposition. Bien peu de personnes les ont vus dans la seconde salle du ministère de l’Instruction publique. Les résultats des travaux de cette mission n’en sont pas moins d’une grande importance.
C’est principalement grâce à l’influence de M. Ferdinand de
i. Voir à l’appendice, notre réponse à M. G.- Ebers.
ENTRÉE DU GRAND TEMPLE D’iBSAMBOUL.
Gravure extraite de la Galette des Beaux-Arts
l’art égyptien
Lesseps, à ses instances énergiques unies à celles de M.Mariette- Bey, que le vice-roi d'Égypte a consenti, au milieu des difficultés du moment, à prendre part à l’exposition de Paris et à la construction d’un pavillon au Trocadéro.
Ce pavillon, ou plutôt ce palais, était destiné en partie aux produits de l’Égypte moderne, parmi lesquels on remarquait les splendides ouvrages de l’éditeur du gouvernement égyptien, M. Moures : le Voyage de la Haute-Égypte et/’ Album du musée de Boulaq ’, les photographies nouvelles de M. Bechard, des monuments de l'ancienne Égypte, dont plusieurs ont servi à nos graveurs, et des types populaires du Caire, si originaux et si caractéristiques. La salle de droite contenait les plans en relief du canal de Suez; celle de gauche, des panoplies africaines et les tableaux de la traite des nègres. Les plus tristes résultats de la barbarie et les plus brillants de la civilisation étaient ainsi face à face dans le pavillon du Trocadéro, ou plutôt dans la restauration d’un palais de l’ancienne Égypte, restauration des plus importantes due à M. Mariette, et dont nous espérons pouvoir faire plus tard une étude spéciale et complète.
1. Nous apprenons avec plaisir que les belles planches de cet album, reproduites par le système d’héliogravure de M. Rousselon, vont être éditées par la maison Goupil.
LE BOURSIER, SCARABÉE SACRÉ DES EGYPTIENS Copié sur les pierres gravées.