‹ Les arts meconnusChapitre 136 sur 151 · A MONSIEUR GEORGES EBERS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GEORGES EBERS

Paris, 3o octobre 1880.

Monsieur,

Dans un chapitre de mon travail sur l’art égyptien au Trocadéro, je déclare que l’examen de statues de l'ancien empire, à l’état d’ébauche, exposées en 1878, par M. Mariette, me ferait présumer que les Egyptiens ne se servaient ni d’outils de bronze, ni d’outils de fer ou d’acier, pour tailler les pierres dures, mais simplement de silex. A propos de ce passage de mon travail vous voulez bien m’adresser la question suivante :

« Nous demanderons à l’auteur, si la plus belle des oeuvres de Scha-fra, qui se compose d’une diorite si dure que Maître

Drake nous avoue que le travail de cette matière le mettrait en embarras, ne doit pas supposer l’emploi de l'acier. »

Voici le résultat des expériences que j’ai faites pour répondre à votre question.

J'ai taillé facilement plusieurs granits de dureté différente, avec un silex commun des environs de Sèvres, appointé en forme de lance. Pour le porphyre il en serait de même, sans difficulté, car celui-ci éclate encore plus facilement que les granits.

J'ai essayé, devant M. Richard, attaché aux collections de l'École des Mines de Paris, de tailleries diorites du Musée avec des silex analogues sans réussir, le silex se clivant sans cesse. Mais en me servant du jaspe, dit caillou égyptien, surtout d'un morceau à l'extrémité arrondie, je suis arrivé à éclater la diorite dans les parties cahotées, par petites parcelles; dans les parties droites, mon jaspe, en tapant à plat avec force, écrasait finement la diorite et la réduisait peu à peu en poussière grisâtre.

J’ai réussi sur les granits à tracer facilement de petites lignes analogues à celles qui forment les hiéroglyphes égyptiens et cela en tenant mon silex ferme sur la pierre, et en tapant dessus avec un autre silex ou marteau, de la même manière que le font les sculpteurs égyptiens dans la représentation ci-jointe, tirée de l’Abasse de Thèbes. Le système qui consiste à tenir le silex à l’extrémité d'un manche, comme il est indiqué sur la peinture du tombeau de Ti, ne pourrait servir que pour éclater la pierre à gros grains, comme on le fait aujourd’hui avec la piointe d'acier.

Il en résulte que chaque fois qu'un sculpteur égyptien est représenté sur une peinture ancienne travaillant une statue avec

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