IO
En Amérique, deux civilisations complètement différentes semblent s’être succédé, au Mexique comme au Pérou; la première nous a laissé des ruines de monuments qui ne le cèdent en rien à aucun de ceux de l’ancien monde, pour la grandeur et pour la beauté. Vers la fin du moyen âge, l'ancienne civilisation est détruite, les nouveaux conquérants fondent les puissants empires des Incas et des Aztèques, mais ne peuvent plus imiter l’art des autochtones.
Nous ne ferons que mentionner l’architecture lombarde dite barbare (?) qui a laissé des monuments si puissants, une sculpture si caractéristique, dont le style s’impose dans le nord de l’Italie jusqu’au x° siècle. Après cette date, l’élan artistique en Italie fut tel que chaque république, chaque ville élèvent des monuments, créent un art nouveau, un style particulier. Voici la grande époque de l'art en Italie! C’est entre le xc et le xve siècle que furent construits le Dôme et le Baptistère de Pise, Saint- François-d’Assise, la cathédrale de Sienne, Saint-Ambroise et la cathédrale de Milan, le Palazzo-Vecchio, Sainte-Marie-des- Fleurs à Florence, le Palais ducal à Venise, la Chartreuse de Pavie, enfin Saint-Antoine de Padoue.
Un auteur prétend, à la vérité, que l’architecture florentine « s’est tout de suite dégagée du gothique, qu'elle y a pris seulement une pointe d'originalité et de fantaisie, que sa pente naturelle l’a portée dès ses premiers pas vers les formes sveltes et simples de l'antiquité païenne. »
Nous ne pouvons être de l'avis de l’éminent écrivain : à notre avis Florence tout entière respire le moyen âge. La différence avec les édifices du nord de la même époque, c’est que le château féodal est ici un palais féodal, et que par mille détails
io8
se reconnaît la construction italienne : la force, l'énorme des murs, — accusé avec plus de bonheur, avec plus d'art et de franchise que dans le nord par le bossage ou le bloc épannelé, — dans la puissance de la corniche, la hauteur de la tour crénelée, les loggias placées au dernier étage de l'édifice; et pour les églises, dans l’adoption des marbres de couleur qui ornent comme une marqueterie les murs droits, des bas-reliefs en faïence émaillée, des belles arcades qui forment les porches. Mais l'énergie de la ligne, l'importance des pleins sont toujours visibles. Sur eux la richesse italienne est venue jeter l’éclat de la couleur des marbres et des émaux.
Le moyen âge a doté la peinture des procédés les plus variés , des moyens d'expression les plus divers; la peinture du moyen âge, suivant les écoles, brille tantôt par la vivacité des couleurs dans la peinture sur bois, tantôt par la ligne et la finesse des tons dans la fresque et l'encaustique ; solennelle en mosaïque, décorative dans les tapisseries , puissante sur l'émail , éblouissante dans les vitraux , elle arrive au dernier degré de délicatesse et d’élégance dans l’enluminure des missels.
Comme tous les autres arts, la peinture, aux mc et iv° siècles, à Rome est complètement perdue; seuls les esclaves et les hommes de la dernière classe la cultivent. Mais sous Théodose les arts sont en honneur, et les artistes exempts de l'impôt.
Dès le commencement du moyen âge la peinture reprend son essor.
Sa renaissance, comme celle de la sculpture, date de l’époque
ARCHITECTURE RELIGIEUSE. — STYLE GOTHIQUE. — LE MONT SAINT MICHEL. — VUE GENERALE DE L’iLE ET DE SES MOUUMENTS.
Dessin de Peulot. — Gravure extraite de la Mosaïque.
LES ARTS AU MOYEN AGE
byzantine. On a soutenu, il est vrai, que la peinture byzantine était soumise aux lois hiératiques , que ses principes étaient fixes, immuables, réglés ; c'est là une exagération contre laquelle nous nous inscrivons1.
Combien n’y a-t-il pas de diversité, de mouvement, de grandeur, de naïveté dans les mosaïques de Sainte-Sophie, de Ravenne et de Saint-Marc, dans les miniatures des manuscrits du Vatican, les peintures de Saint-Clément du vie et du ixe siècle récemment découvertes!
A quelle puissance d’expression certains peintres du moyen âge ne sont-ils pas parvenus, si l'on s’en rapporte aux témoignages de l’impression qu’ils produisaient sur leurs contemporains? Saint Grégoire de Nysse pleure à la vue d’un tableau représentant le sacrifice d'Abraham ou le martyre de saint Théodore ;• saint Basile déclare que les orateurs sont puissamment aidés par les peintres.
Les rois lombards honorent les arts, la reine Teudelinde, au vic siècle, fait peindre leurs exploits sur les murs de la basilique de Monza. Au xe siècle, l'évêque de Vérone, Batherius, se plaint que les tableaux italiens représentent des sujets voluptueux.
Dès le Ve siècle, non seulement les églises étaient entièrement peintes, mais il en était de même des murailles des palais, et des dortoirs des couvents.
La peinture devient portative, les petits triptyques et les diptyques peints sur bois permettent aux plus pauvres d’avoir toujours sur eux une œuvre d’art, un petit autel mystique bien supérieur à nos images modernes.
i. Nous ne pouvons prétendre en deux lignes détruire ce préjugé; dans ce but, flous préparons un travail spécial sur la peinture byzantine.
Les artistes étudient le nu pour mieux représenter le Christ. Les types des différents pays se reconnaissent grâce à l'exactitude et à la fidélité des copistes.
Au xc siècle, à la peinture à l’encaustique succèdent la peinture à fresque et les tapisseries.
Le moyen âge n’a inventé que tard la peinture à l’huile; est-ce à regretter ? Nous ne le pensons pas. La peinture à fresque est l’art par excellence, c’est par ce procédé qu’ont été exécutées les œuvres supérieures; les tableaux à l’huile de Raphaël et de Michel-Ange sont très inférieurs à leurs fresques. Avec l’huile, la peinture gagne en intimité et en finesse ce qu’elle perd en largeur, en lumière et surtout en vérité.
La fresque «est réellement la reine de la peinture, dit Breton1; elle possède un grandiose, une vigueur, une originalité de tons, un relief dont aucun autre procédé ne peut approcher^ elle obtient de plus grands résultats tout en semblant suivre la nature de moins près, et elle justifie presque Michel-Ange d’avoir dit : «La seule peinture, c'est la fresque; la peinture à l’huile n'est qu’un art de femmes et d’hommes paresseux et sans énergie. »
L’école actuelle du plein air n’est qu’un retour et un effort de la peinture à l’huile vers les effets des primitifs dans la peinture à fresque.
L’école de la fresque en Italie, au moyen âge, a produit : Giotto, Giottino, Gaddi, Sternina, Orcagna, Spinello, Benozzo- Gozzoli, Ghirlandajo, Masaccio, Mossolino, Lippi, les Alberti, c’est-à-dire les vrais maîtres à qui on doit la renaissance italienne, ceux qui ont formé les peintres placés à l'apogée?
Les générations qui aiment vraiment l’art ont pour les artistes
i Lacroix. Les Arts au woven âcre. Peinture.
LES ARTS AU MOYEN AGE