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et leurs œuvres des faveurs qui nous déconcertent. On ne reverra plus les enthousiasmes juvéniles du moyen âge, des émerveillements pareils à celui qu’excita la Madone de Cimabue alors « qu'on mena le roi d’Anjou dans l’atelier, que toutes les femmes et tous les hommes de Florence accoururent en foule comme à une fête, et que le tableau fut porté de la maison de Cimabue à l’église en grande pompe et en procession solennelle. »
Pendant dix siècles, la peinture avait été presque exclusivement monumentale, réduite à n’ètre qu’un reflet de la sculpture antique dont elle prenait la place, le plus souvent sous forme de mosaïque et d’émail. Par la fresque, elle descend des grandes surfaces et des grandes dimensions, elle rend la nature, elle s’humanise.
Cimabue était encore solennel, architectural, mosaïste.
Sous l’influence du génie de Giotto, pour la première fois, la peinture rend la douleur, la tendresse et la joie, traduit l’expression, qualités inconnues de la peinture dans l’antiquité, et dans lesquelles Giotto n’a pas été dépassé. Pittoresque et tragique, Orcagna compose de vastes scènes, naïves, il est vrai, mais qui font faire un pas immense vers la grande peinture.
Signorelli, le dernier ( 1 433), peint, à Orvieto, le Jugement dernier , dont s’inspira Michel-Ange.
« On pourrait faire remonter, a-t-on écrit, l’histoire de l’école française presque aux débuts de l’histoire de la France elle-même; on pourrait rappeler, avec Emeric David ( Histoire de la peinture au moyen âge) , que, dès le temps de Charlemagne, on avait l’habitude de couvrir les églises de peintures dans tout leur contour (in circuitu dextra lœvaque, intus et extra), pour instruire le peuple et décorer les monuments; que .ce fut en
France, vers le milieu du vc siècle, qu'on osa pour la première fois représenter sous des traits humains l’Eternel, le Père, /’ auteur des jours, dont l'image n’apparut point en Italie avant le xme siècle, et que l'on ne vit jamais dans la peinture byzantine; qu'en France aussi on a inventé ou perfectionné la peinture sur le verre, celle des vitraux d'église; — qu'un grand nombre de prélats et d’abbés ont décoré leurs églises et leurs monastères de peintures en tous genres, Hincmar à Reims, Floël au Mans, Geoffroy à Auxerre, Angilbert à Saint-Ricquier, Ansigi à Fontenelle, Richard à Saint-Venne, Bernard à Saint-Sauveur; qu’après Guillaume le Conquérant, avec Lanfranc et Anselme de Canterbury, les Français ont porté en Angleterre l’art et le goût des décorations d'église ; que même on a conservé dans les traditions de notre pays les noms de plusieurs peintres célèbres du moyen âge, moines pour la plupart. Mais tous ces informes essais, toutes ces ébauches de l’art, qui n’aboutirent point à un art national, ne méritent pas qu’ici on les mentionne en détail. Pour la France comme pour l’Espagne, élèves l'une et l'autre de l’Italie, il ne faut commencer l'histoire de l’art proprement dit, qu’à cette époque postérieure au lent et laborieux développement du moyen âge, où le monde vit apparaître simultanément toutes les connaissances qu’avait possédées l'antiquité, et que désigne le nom expressif de Renaissance. »
Nous regrettons de n’ètre pas de l'avis du savant critique; pour nous, la Renaissance italienne a tué la peinture en France pour deux siècles. Il n'y a pas à douter qu'avant l'arrivée et la vogue des peintres italiens à Fontainebleau, l’école française de la fresque dans les cathédrales (et surtout du portrait jusqu'à Clouet) avait pris une physionomie à part, une expression
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Tout disparut sous l’invasion artistique étrangère.
A dater de la Renaissance, nos peintres ne sont plus que
nationale dont la naïveté et la finesse étaient les plus grands charmes.
PORTRAIT DHOMME.
Dessin de Holbein. — Musée du Louvre. — Gravure de Holbcin , par P. Mantz.
des pasticheurs de la manière italienne. Aussi n’y a-t-il pas de peintres en France sous la Renaissance , car on ne peut compter les faux Primatice, Toussaint Dubreuil (1604), Martin Fréminet (1 567-1619), Vouet, un faux Bolonais (1 590- 1649), Poussin, le plus grand, qui vit et meurt à Rome, de même que Claude Lorrain, Valentin, un faux Caravage, Mignard, dit le Romain, etc.; il nous a fallu attendre jusqu'au xvinc siècle pour retrouver dans notre art un sentiment, un esprit, une vision de la nature qui fût française, inspirée directement de notre pays.
Le même phénomène s’est produit pour l'école allemande et l'école flamande ; l'Allemagne a eu au moyen âge plusieurs écoles nationales qui se sont développées lentement et progressivement jusqu'à la naissance d'Holbein et d'Albert Durer. Grâce à ces deux génies, l'Allemagne, placée au premier rang, était dans la meilleure voie, -celle qui pouvait être la plus féconde, mais ces maîtres ne laissèrent pas d’élèves. Les peintres allemands sont attirés par deux grands centres artistiques, la Flandre et l'Italie, ils s’expatrient, et comme l'école française, la Renaissance italienne tue l'école allemande pour deux siècles. Quelques-uns prétendront, par les dates, qu’Holbein et Albert Dürer appartiennent à la Renaissance. Par les dates oui; comme art, non. Holbein et Albert Dürer ont clos brillamment le moyen âge allemand, ils ont été les derniers représentants de son esprit et de son art.
Dans son beau livre sur Holbein, M. Paul Mantz est absolument de cet avis : « L'Allemagne, dit-il, était le pays du monde qui paraissait le moins disposé à subir la douce autorité de la Renaissance. Le génie germanique semblait vouloir prolonger le moyen âge, il était robuste et hardi, il se permettait de libres