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MOYEN AGE

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PITTORESQUE DES CONSTRUCTIONS. — STYLE MAURESQUE. — LA GIRALDA A SEVILLE.

Gravure extraite de 1 Histoire des Beaux-Arts, par F. Clément.

LES ARTS AU MOYEN AGE 1 5t)

timent religieux de chacun des peuples qui l’adoptent. En Grèce, près de l'Orient, il éclate dans la pompe, s’assied sur les trônes de pierreries, se couvre d’or et rappelle l'Asie. En Italie, dans les basiliques latines et les temples antiques, il pontifie et reste romain. En Espagne, il revêt les dentelles mauresques et superpose leurs colonnades étranges. En France, par la hardiesse et l’imagination, il est gaulois; enfin dans le roman, sombre et raisonné, il rend le caractère sévère et méditatif du Germain.

Il serait inutile d’entrer dans de plus longs détails sur les mérites de chacun de ces styles; nos bibliothèques sont remplies d’ouvrages parfaits qu’il est facile de consulter.

Les édifices eux-mêmes nous entourent et s’imposent à notre admiration. Partout aujourd’hui l’État vote un budget pour la conservation de ses monuments historiques.

Depuis la révélation de Notre-Dame par Victor Hugo, depuis les travaux des Lassus, des Lenoir, des Viollet-le-Duc, des Boeswilwald, par un retour facile à prévoir, on admire les monuments gothiques considérés comme barbares il y a seulement cinquante ans.

On a compris enfin que la domination des arts classiques dans des pays dont le climat, les mœurs et les matériaux sont différents, a été une longue erreur, et chaque pays reprend ses traditions d’art national, qui datent partout du moyen âge1.

De son côté, notre école d’architecture, obligée de faire simple et à bon marché dans la construction des églises, étudie et réadopte le style roman. La peinture sent aujourd'hui

i . On se rappelle la condam nation universelle des tentatives classiques du roi Louis de Bavière.

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le danger qu'on peut courir à suivre l’école des maîtres dits de l'apogée : Raphaël, Léonard de Vinci, Titien qui ne sont qu'une résultante. Amenés à chercher une nouvelle voie, les peintres s'inspirent plutôt des primitifs: Giotto, Ghirlandajo, Masaccio, Holbein, Albert Durer, et de la manière large, simple et naïve avec laquelle ils ont su rendre la nature.

La sculpture n'est plus un faible pastiche de l'antique, sans vie, sans vérité, sans originalité-; elle revient aussi à l’étude directe de la nature, comme l’ont fait les primitifs italiens, Donatello et son école. La mosaïque, les cristaux, l'imagerie, dévoyés par la Renaissance, reprennent les grandes traditions décoratives des siècles qui précèdent.

Partout la date où commence, où finit l'esprit du moyen âge, est factice. Pour la plus grande partie du monde, la Renaissance italienne n'a jamais existé; son caractère et son style étaient trop en désaccord avec les mœurs de presque tous les pays; il faut aller jusqu'au xvnc ou xviii0 siècle pour voir chez les uns ou les autres un changement notable : en Europe certains progrès, en Asie une profonde décadence. L'esprit français, particulièrement souple, sut exceptionnellement tirer pour certains arts quelque profit du pastiche de la Renaissance italienne. Des églises, Saint-Eustache, par exemple, les palais des bords de la Loire et de la Seine, si fins, si distingués, appropriés à toutes les délicatesses de la vie élégante française, luttent avec ceux de l'Italie, et ces qualités propres ont pu encore renaître et même s’imposer au monde dans les divers styles qui se succèdent — malgré la règle et l’équerre de Louis XIV, — jusqu'au règne de Louis XVI.

L’Allemagne jusqu’au siècle dernier est restée complètement

gothique; encore actuellement en Bavière, à Bade, etc., les mœurs, les costumes, l'esprit, sont ceux du moyen âge. Les lettres latines commencent à peine à être en usage. Pourtant le retour à l’étude exclusive de l'antique a tué pour un temps l’école allemande.

Les meilleures œuvres littéraires sont encore celles qu’inspirent directement l'histoire ou les légendes nationales, depuis Gœthe et Schiller jusqu’à Wagner; poètes et musiciens leur doivent leurs meilleures sources d'inspiration. Dans bien des villes du Nord le sablier de l'aïeul s’égrène toujours sur la cheminée, le silence de la nuit est encore interrompu par le veilleur du moyen âge.

Les premières et graves atteintes qui ont fait disparaître le sens artistique des entrailles mêmes de la société sont venues de la Renaissance. L’invention de l’imprimerie a tué l'imagerie et l’enluminure, les belles enseignes artistiques des maisons et des commerçants; les bibles de Luther et de Calvin y ont sans doute trouvé un puissant appui, et par elles la moitié de l’Europe fut entraînée dans la nouvelle réforme peut-être plus sensée, plus philosophique que les idées reines au moyen âge, mais iconoclaste, c’est-à-dire sèche et anti-artistique.

Les guerres civiles, qu’elle a occasionnées, arrêtent l’art dans tout le Nord de l’Europe jusqu’au xviiic siècle. L’intolérance devient de plus en plus violente, les massacres et les guerres de religion commencent, la guerre de Trente ans non seulement éteint l’art, mais aussi l’industrie dans une partie de l'Europe.

Le Sud passe sous la domination espagnole, Grâce aux richesses du nouveau monde et au génie de Gharles-Quint, les jésuites et leur style envahissent tout. L’influence de la Compa-

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gnie , en lutte contre le protestantisme, établit, dans tous les pays où elle devient dominante, le style de la décadence par excellence, l’art jésuitique. Celui-ci ne trouve plus un seul défenseur aujourd’hui, même parmi les catholiques les plus convaincus.

Nous sommes loin de nier les mérites de la Renaissance italienne, élégante et charmante jeune fille, aux traits purs, achevés, aux mouvements ondulés, à la forme gracile, mais sa mère eut la beauté forte, solide, les traits puissants, l’œil brillant, la main assez ferme pour montrer la croix ou l’épée, et c’est elle qui mérite notre vénération. La Renaissance fut une note nouvelle, supérieure en finesse, inférieure en grandeur ; elle ne rendit pas, ou, pour mieux dire, elle détruisit les expressions variées et majestueuses que chaque nation avait su se créer ou développer.

Nous ne sommes pas sans savoir tout ce que les invasions, les croisades du moyen âge ont laissé de douleurs, de misères et d’oppression. Au ciel azuré de la Grèce succédait un horizon menaçant et changeant, aux rayons brillants du soleil des orages continuels, et les chants de l’église souvent furent interrompus par le grondement de la foudre.

Mais les malheurs de l’époque ont peut-être excité la fibre sentimentale des artistes ; l art n’a rien à voir avec le bien-être tel que nous l’aimons et le pratiquons aujourd’hui. D’ailleurs, est-ce que la Renaissance n’a pas été la période la plus sombre de l’oppression et de l'intolérance? L’humanité a-t-elle rien vu de plus triste que les guerres de religion? N'avons-nous pas encore la guerre, farouche, impitoyable, comme aux époques antérieures, plus courte, mais tout aussi cruelle?... Possédonsnous, en revanche, la foi religieuse, l'élan patriotique, l’orgueil du clocher, le courage du chevalier, l’élévation des sentiments, la

joie dans les fêtes, la bonhomie dans les relations, l'enthousiasme sincère pour l’art, le lien des corporations, le pittoresque des villes, le contraste des hautes flèches et des petites maisons?

Nous pensons donc qu’il serait juste de revenir sur un absurde préjugé; on ne saurait trop le répéter : pour tous les pays, de l'Orient à l’Occident du monde, le moyen âge et surtout le grand xiii* siècle fut la plus grande époque de l’art, celle où tous les peuples démontrèrent le mieux leur nationalité, leur esprit, leur caractère. Pour les uns ce fut une brillante et nouvelle jeunesse, pour les autres l'adolescence ou la virilité. Pour tous, et avant tout, ce fut 1ère de la force, de la grandeur et de l'originalité. Jusqu’à un certain point, pour l’ensemble de ces nations, l’époque dite Renaissance fut peut-être le premier pas vers la décadence !

La Renaissance italienne a remplacé le spectacle de la mer et de ses horizons infinis, par un lac bordé de palais; les grands navires de guerre par des gondoles chargées de courtisans et de musiciens; Raphaël, l'amant de la Fornarina,le peintre harmoniste de la Dispute du Saint-Sacrement , de Y Ecole d’Athènes et de la Farnésine , le disciple des fresques antiques, le fils de Virgile, est pour nous la plus aimable et la vraie figure artistique de la Renaissance italienne, dont, contrairement aux idées admises, nous ne pouvons trouver la personnification dans Michel-Ange.

Michel-Ange vécut toujours isolé; il méprisait son siècle et ses contemporains, il aimait à reporter ses pensées en arrière et à traiter les sujets d’une époque sévère et mystique qu'il regrettait. Le poète de la nuit, l’amant platonique de Vittoria Colonna, le défenseur de Florence, Michel-Ange, le sculpteur du Moïse et

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de la Vierge , le peintre du Jugement dernier , par sa force, son caractère, par son génie, par son idéal artistique, est fils de Dante et de Savonarole ; c'est à notre avis la dernière grande figure du moyen âge.

Dante et Michel-Ange ont leurs tombeaux l'iin près de l'autre dans l’église de Santa-Croce, à Florence, mais ni le monument ni l’église ne répondent à la sévérité de leur caractère et de leur œuvre. Ce n’est pas dans cette froide construction bâtarde que nous aurions rêvé de trouver leurs tombeaux. Pour nous, Dante et Michel-Ange, génies pleins de puissance et de grandeur, alliant la rudesse et la vertu du moyen âge, apparaissent à notre esprit chaque fois que nous entrons dans notre vieille cathédrale et nous semblent planer, au milieu de la nef, sous les arceaux majestueux et sévères de Notre-Dame !

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