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PERSAN

FRAGMENT DE LA MOSQUEE d’e.MIR JACOUR AU CAIRE.

Gravure extraite de la Galette des Beaux-Arts.

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RÉSIDENCE ROYALE DE BAGHl-CHAH-I-FlNN

Gravure extraite des Monuments de la Perse , par Coste.

L’ART PERSAN

« J’ai élevé sa coupole comme une fleur. »

Texte de Nabu-Kudu-usur. Inscription du temple Bit-Saggatu, traduite par M. Menant.

CARACTÈRE GÉNÉRAL DE l’ ARCHITECTURE DANS l' ASIE CENTRALE.

ui n’a rêvé, après une lecture des Mille et une Nuits , se diriger comme Aladin vers ces merveilleuses cités que la fantaisie luxueuse d'un Haroun-al-Raschid faisait sortir comme par miracle de tous les points de son empire?

La vue des collections de M. de Ujfalvy nous transporte dans ces cités féériques, dans ces contrées qui, possédées tour à tour par les Persans et par les Tatars, furent, pendant une

longue période les principaux centres des sciences et des arts, les principaux foyers dont les rayons scintillèrent sur le monde pendant le moyen âge'.

Dans ces régions, les villes possèdent encore d'immenses monuments, malheureusement en ruines aujourd'hui. Ils rappellent, malgré leur abandon, le souvenir toujours resplendissant de la grandeur, de la puissance et de l’imagination des Orientaux, imagination ardente qui s est manifestée, non seulement par une poésie pleine de charme,, mais aussi par le développement d'une architecture sans analogue, toute de pompe, toute de faste, et d’une splendide ingéniosité dans la décoration.

Ne voyez-vous pas, comme dans un mirage, cette ville immense, dont les constructions à terrasses basses et massives font ressortir tout un ensemble d’édifices gigantesques, dont les murs étincelant comme des diamants s'élancent dans l'atmosphère ensoleillée avec la hardiesse de nos nefs gothiques et la fierté d'un immense donjon? Leurs masses paraissent d’autant plus imposantes, qu’elles sont surmontées d'une série de petits dômes gracieux, et environnées de minarets légers et brillants.

C'est Samarkande ! la belle, lajsainte, la riche, la capitale de Tamerlan !

Entrons dans cette antique cité; au bout d'une longue avenue nous trouvons une immense place, entourée par un double por-

1. Ces collections ont été rapportées par M. de Ujfalvy à la suite d’une mission dont les résultats ont été publiés chez l’éditeur du présent travail, sous le titre : Expédition scientifique française en Russie , en Sibérie et dans le Turkestan. Six volumes. — Lire aussi le gracieux et charmant récit de voyage dû à la plume de Madame de Ujfalvy édité par la maison Hachette sous le titre : De Paris à Samarkande , récit de voyage d’une Parisienne, accompagné de gravures splendides. Un volume in-fol.

l'art persan

tique superposé : c'est le bazar, où tout un peuple de marchands étale aux yeux les richesses de l'Orient. Les principales mosquées dont nous avons vu, de loin, les proportions colossales,

KIOSQUE DE BAGHl-CHAH-I-FINN

Les faïences émaillées de la façade encadrées par le ciel, les arbres, la cascade et de nombreux jets d’eau donnent un effet des plus harmonieux. — Gravure extraite de Coste,

Monuments modernes de la Perse.

nous présentent leur large et unique portail, sorte d’arc de triomphe, dont l’ouverture ogivale prend toute la hauteur de la façade, et referme sa courbe évasée à une élévation supérieure à celle des minarets et même des dômes qui flanquent le monument. Les cours des palais, des collèges, des bains, sont ravissantes

de grâce et de légèreté : de fines colonnes en bois de cyprès portent des chapiteaux élancés dans le goéit de ceux de Persépolis ; elles sont largement espacées, et soutiennent des toitures peintes ou dorées formant une suite de petites coupoles. Celles-ci sont bordées de fines arabesques dentelées et ajourées, dans lesquelles courent des inscriptions en caractères arabes.

Quel charme de se promener sous ces longs portiques, dans ces grandes salles ouvertes de toutes parts, aux toitures élevées comme d’immenses vélums où fair circule en toute liberté ! Leur ombre lumineuse se couche au milieu des jardins ensoleillés, entourés d'élégantes fontaines, d’où s’échappent des colliers d’émeraudes et de perles, troublant la profondeur de l'atmosphère bleue qui se reflète dans leurs bassins — autre ciel, placé et encadré par fart dans l'harmonieuse verdure d’un magnifique paysage.

Il faudrait un poète et cette belle langue de Perse, pour donner à notre oreille la sensation de la richesse de son art et de son harmonie; il faudrait l'écrire dans ses caractères en fresques d'or et d’azur, entremêlés de délicieuses arabesques pour la donner à nos yeux. On pourrait ainsi faire revivre à notre imagination cette antique ville de Samarkande, qui naguère encore, montrait avec orgueil, malgré sa décadence, ses deux cent cinquante mosquées, ses quarante collèges, le tombeau en jaspe de Tamerlan, et la plaine qui l'entoure, considérée autrefois comme un des quatre paradis.

C’est surtout à cette ancienne civilisation de la Perse, dont l’origine se perd dans les premiers temps du monde, que nous devons une forme si éclatante de fart, immense éblouissement de couleur et de lumière, dont aucun peuple n’a su hériter.

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kiosque de kars-i-kadjar a TÉHÉRAN. — Gravure c xt i aile de !a Gazette des ‘Btcvx-Arts.

Ouvrez le splendide ouvrage : la Perse moderne , de M. Coste, et dites s'il est permis de supposer, d’imaginer plus

FRAGMENT DE LA GRANDE MOSQUEE D'iSPAHAN

Gravure extraite de la Galette des Beaux-Arts,

de charmantes splendeurs que les places, les palais, les bazars

l’art PERSAN 175

d’Ispahan et de Téhéran; une perspective plus délicieuse que le château de Kars-i-Kadjar, placé au sommet d’une terrasse d’où s’échelonnent, de chaque côté, des kiosques et des jardins. Pietro délia Valle et Chardin, comme, de nos jours, Coste et Flandrin, sont d’accord pour déclarer que l’Europe ne peut rien présenter de comparable à la place de Meidani-Ebahi d’Ispahan. Nous pensons que l’on peut en dire autant du pavillon appelé Imarats-Bihischt, près de Téhéran, décrit par le voyageur français Chardin. « Autour d’une double galerie, dit Chardin, on a ménagé et pratiqué cent petits endroits les plus délicieux du monde... Il n’y a pas une de ces petites salles qui ressemble à l’autre, soit pour la figure, soit pour l'architecture ou pour les ornements et les dimensions. Partout, c’est quelque chose de nouveau et de divers ; aux unes il y a des cheminées, à d’autres des bassins avec des eaux jaillissantes, c’est un vrai labyrinthe que ce merveilleux salon... Le bassin, qui a dix pieds de hauteur, est revêtu de jaspe entièrement, les balustres sont de bois doré, les châssis sont d’argent, et les carreaux de cristal de verre fin de toutes couleurs. Pour ce qui est des ornements, on ne peut rien faire où il y ait plus de magnificence et de galanterie mêlées ensemble. Ce n’est partout qu’or et azur. Les peintures de cet édifice sont toutes d’une beauté et d’une gaieté surprenantes, avec des miroirs en cristal de çà et de là, etc. » On sera frappé de la similitude qu’offraient certaines parties du pavillon persan au Trocadéro avec les descriptions que nous venons de donner. Le grand salon, dont le plafond était formé d’une multitude de stalactites de glaces, était construit dans le goût, et trahissait la préoccupation de l’effet qui ont dominé dans le passé.

Cette salle semblait l'imitation de la voûte et du sol d'une grotte enchantée: elle en rappelait la voûte, au moyen de mille prismes de miroirs, parois de diamants qui réfléchissent, de toutes parts, le jour, les rayons du soleil, la nuit la flamme des lumières, pour en former un dôme de feu ; elle en rappelait le sol, grâce aux tapis aux teintes fraîches et harmonieuses qui le transforment en un parterre artificiel , sur lequel, fleurs diaprées, verdures étranges, semis de rubis et d’émeraudes, se couchent humides et brillantes sous la rosée.

La gaieté, produite par d’éclatantes harmonies, est une des notes caractéristiques de l'art persan, et nous croyons la retrouver jusque dans les désignations adoptées en Perse pour les monuments : pavillon des Miroirs, pavillon des Nuits, portes du Paradis, sanctuaire de la Joie, etc.

C’est principalement grâce au long séjour de Chardin en Perse, que nous pouvons nous faire une idée complète de ce pays au xvi° et au xviû siècle; on peut, en suivant ses récits — si l’on a sous les yeux les beaux dessins de M. Coste, — s'imaginer ce que devait être une belle fête, se figurer la grande place de Téhéran, sous un souverain fastueux comme Abbas Ior, quand la foule écoutait les bruyantes fanfares des deux musiques militaires, turque et persane, qui faisaient alternativement retentir les airs du bruit des longues trompettes et des énormes timbales.

Que ce soit rêve ou réalité, exagération ou vérité, celui qui, pour quelques instants, a laissé enchanter son esprit par les descriptions delà Perse des derniers siècles, celui qui a été subjugué par l'originalité de ses poètes, celui dont les yeux ont été éblouis par les peintures représentant scs monuments, ou seulement

l’art persan

par leurs épaves qui brillent comme des diamants au milieu de nos collections; celui-là, à l’aspect de notre civilisation moderne, si froide, si terne et si morose, comprendra mieux l'adieu qu’il doit faire aux grandioses manifestations des arts anciens.

Des bords du Gange ou des bords du Tigre, des sommets des sept collines comme de celui de l’Acropole, les œuvres senties, les choses délicates, les ensembles monumentaux et féeriques ont disparu du monde peut-être à jamais, ne nous laissant que des ruines, des souvenirs et des regrets.

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