MOSQUEE PERSANE EN RUINE
faïences émaillées de la mosquée du hazxet (turkestan).
Muséum d’Ethnographie. — Mission de M. Ch. E. de Ujfalvy. i. Fragment de faïence en relief. — 2. Pièce intacte de carrelage. — 3. Vase en faïence.
LA DÉCORATION ARCHITECTURALE PAR LA BRIQUE ÉMAILLÉE TECHNIQUE ET PRINCIPE DE LA FAÏENCE ÉMAILLÉE DANS l’aNTIQUITÉ.
endant que 1 État présentait à l’étude, au Palais de l’Industrie, la collection des carreaux émaillés rapportés par M. de Ujfalvy, le musée de Cluny, par une heureuse coïncidence, réinstallait dans la nouvelle salle sa merveilleuse série de faïences et les plaques de revêtement provenant de la Perse, de Damas et de Brousse ;
IARREAU PERSAN DE REVÊTEMENT EN FORME d’ÉTOILF.
ollect. de Kensington Muséum. Au tiers de l'original. Dessin d’Emile-Soldi.
et l’exposition universelle nous offrait les magnifiques collections de MM. Bayle, Chlebouski, Carapanos, Delort, Dieterle, Dreyfus, Duhousset, Gérôme, Goupil, de Liesville, Robinson, Gustave de Rothschild et Schefer.
En présence de ces nouvelles richesses et d’aussi importants documents, nous sommes étonné que les savants n’aient pas essayé de se mettre d’accord sur les questions, — très complexes, il est vrai, — relatives à l’art persan, à ses caractères particuliers, aux écoles qu'il a formées. Amené par les circonstances à émettre une opinion personnelle sur ces questions, nous désirons que la réfutation par un érudit, des erreurs que nous pourrons commettre, ramène la discussion sur cette période si importante de l’histoire de l’art, période sur laquelle les difficultés de contrôle, les divergences de vues sont telles — même à propos des principes les plus simples en apparence ’, — qu elle a été retirée de l’étude, au profit d’époques beaucoup moins importantes.
Tout le monde sait que l’émail, glaçure, vernis ou couverte , est un enduit vitreux généralement opaque et coloré, formé par divers oxydes métalliques : plomb, étain, cuivre, avec additions de borates, de phosphates, etc., mélangés suivant les couleurs que l'on veut obtenir, pilé, délayé, déposé sur la surface de la pièce à émailler et vitrifié au feu.
L’émail plombifère forme un vernis ou une couverte translucide quand il est composé seulement d’oxyde de plomb.
L’émail stannifère forme un vernis opaque quand il est composé d’étain et d’oxyde de plomb.
i. « Posons d’abord en principe, dit Jacquemart (La Céramique , p. 195), que la céramique persane n’a jamais été étudiée, et que te peu qu’en ont écrit certains Voyageurs est un tissu d’absurdités et de propositions contradictoires. »
l’art persan
L’oxyde d’étain forme l’émail blanc ; l'oxyde de plomb et l'antimoine ou l’argent, l'émail jaune; l’oxyde de cobalt, l’émail bleu; l’oxyde de cuivre, l’émail vert.
Toute poterie ou terre cuite recouverte d’émail est appelée: faïence.
La mosaïque n'est qu’une variété de l'art de l’émailleur, depuis les Babyloniens, car la plus grande partie des cubes dont se sont servis les mosaïstes anciens, ont la surface émaillée.
Les carreaux, tuiles, briques ou plaques qui recouvrent les murailles des édifices persans ou musulmans, ont des dimensions très variables ; les plus grands mesurent parfois jusqu’à trois mètres de superficie, les plus petits dix centimètres et alors ils sont le plus souvent taillés en forme de croix ou en étoiles. Généralement, des étoiles d’une couleur et des croix d’une autre se juxtaposent et forment ainsi une véritable mosaïque. Le Musée de Kensington présente une très belle collection des sujets les plus variés en ce genre’. On y voit des croix avec des figures humaines, des animaux fantastiques, des éléphants, des oiseaux; la composition en est souvent des plus élégantes. Parfois les fleurs qui remplissent le fond ou le champ de ces étoiles sont dessinées avec la netteté du feuillage de couronnes d’or découpées à l’emporte-pièce, elles ont presque la même forme que celles des diadèmes trouvés à Troie par M. Schliemann, et exposés dans le même musée. (Voir notre dessin, p. 179.)
Parmi les monuments de l'Asie centrale, M. de Ujfalvy a
1. Certaines tuiles bleues ornées de fleurs d’or rappellent les émaux de Limoges. Celles à fond jaune sont le plus souvent du xvne siècle. Mentionnons aussi les petits mirahbs, de soixante centimètres environ ; généralement ces plaques sont d’une seule pièce, sculptées profondément et recouvertes d’une glaçure vert-turquoise.
distingué trois systèmes de décoration par les briques émaillées'.
i° a Des briques à surface unie, couvertes d'une couche d’émail d’une ou plusieurs couleurs (comme qui dirait l’émail de champlevé) ; 20 de petits morceaux de briques couverts d’une couche d’émail et s’agençant les uns dans les autres, disposés en mosaïque ; 3° des briques travaillées à jour, fouillées à la surface et recouvertes d’une couche d’émail unicolorc. Les deux premiers genres se rencontrent sur tous les anciens édifices de l’Asie centrale ; les murs extérieurs et intérieurs du Hazret, à Turkestan, et de toutes les mosquées de Samarkande sont revêtus de ces briques. Seul, le Schah-Sindeh possède des briques travaillées à jour. On en retrouve aussi parmi les débris qui jonchent l’emplacement de Sjankond (sur les bords du Syr- Daria). » (Voir les gravures chapitre V.)
Quand les carreaux de revêtement arrivent à fleur d’un mur, comme dans l’embrasure d’une porte, l’épaisseur du carreau est taillée en biseau et ornée d’une petite bordure. Cette bordure, comme les moulures de l’architecture, est émaillée monochrome, mais le plus souvent sculptée avec finesse1 2.
On a souvent prétendu que les plus anciennes faïences émaillées n’étaient que des glaçures silico-alcalines et que les autres glaçures plombifères , stannifères , etc., sont relativement modernes ; pour nous il est certain que dans les glaçures les plus anciennes de l'Égypte ou de la Perse les émailleurs se sont servis d oxydes métalliques, tels que les oxydes de cuivre pour
1. Expédition scientifique française en Russie , en Sibérie , au Turkestan. — Volume II. Le Syr Dana , le Z êrafchdne, les Sept Rivières et la Sibérie occidentale avec des appendices. Paris, E. Leroux, 1 879, page 87.
2. M. Scheler possède dans sa collection un fragment de moulure sculptée et couverte d’un email vert de la plus grande beauté.
l’art persan
leurs belles colorations vertes ou bleues, et qu’ils ont produit aussi parfois un très beau rouge tiré du fer, procédé perdu pendant plusieurs siècles. Layard à Khorsabad a trouvé des fragments d’anciennes poteries recouvertes d’un émail blanc stannifère et enrichies de dessins à reflets métalliques semblables à ceux des faïences hispano-moresques , des fragments de figures de lions et de chimères sous vernis vert (cuivre et plomb); et le musée de Sèvres possède des fragments de poteries arabes couvertes d’une glaçure plombo-stannifère. Ces fragments sont attribués au ixe siècle par M. F. Lenormant'.
Quant au violet de manganèse, il est relativement moderne.
L’art de l’émail devait du reste facilement naître et se développer dans l’Asie centrale et l’Asie Mineure, ces contrées offrant toutes les ressources naturelles qui lui étaient nécessaires;
Koom, Ecbatane, Naïn, etc., ont une grande variété d'argiles plus ou moins poreuses; Quachan, des mines de cuivre et de cobalt. Le borax est abondant dans les lacs de Perse, — le mot borax vient du mot arabe : bau-rach ; — le mot alcali vient du terme arabe : al kali.
i. Davillier , Histoire des faïences liispano- moresques à reflets métalliques . Paris, 1 86 1 .
RINCEAUX DORNEMENTS.
Décoration en faïence de Brousse de la mosquée de Zéchil-Djami.
Dans l'antiquité, les briques émaillées babyloniennes étaient réunies à l’aide de bitume, parfois aussi fixées avec des tiges de cuivre1; celles de l'Asie centrale au moyen âge l’étaient le plus souvent avec du mortier. Actuellement on se sert simplement de plâtre.
Contrairement à ce qui se trouve chez les Assyro-Babyloniens, la végétation, les fleurs, composent la généralité des sujets des
faïences émaillées iraniennes, sur les plats comme sur les murs des édifices, et dans les pièces les plus importantes telles que le mirahb , — le panneau le plus richement orné des mosquées, et qui indique aux musulmans en prières la direction de la Mecque.
Dans toutes les compositions, les tiges et les fleurs les plus variées de la contrée couvrent toute la surface; partant d'un vase ou d'une tige mère, elles s’espacent en suivant toujours des courbes très allongées et très délicates, caractéristiques de la grâce de l’art persan.
L'ornemaniste iranien suit partout les mêmes règles de proportions, d'ordre géométrique et de symétrie présentées par l'art arabe, règles qu'il a créées et que les Arabes nont fait que développer. Celles-ci ont été trop bien définies par deux de nos plus célèbres artistes pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. M. Par-