Fouilles et Découvertes, tome II, page
seul ne peut, en aucun cas, servir à composer un émail rouge ; il entre, il est vrai, dans la composition des couvertes, mais pour former les tons verdâtres, et ce n’est que par le bol d’Arménie ou rouge matiste formant relief que les Persans ont pu obtenir le rouge jusque-là inconnu de leurs prédécesseurs les Assyriens.
Les murs du harem de Ninive, de même que ceux des portes, déblayés par Place, étaient émaillés sur un espace de sept mètres de long et sur un mètre de haut.
Les briques, posées à plat, se présentaient par une de leurs tranches couvertes d’un émail colorié, au nombre de douze dans la hauteur. Un lion, un aigle, un taureau, un figuier et une charrue étaient représentés. Deux personnages terminaient chaque côté de la scène.
Le bleu servait de fond, le jaune marquait les formes des sujets, les feuilles du figuier étaient vertes, les chairs des deux personnages d'un ocre foncé, le noir arrêtait tous les contours et, à la barbe et aux cheveux, les filets d’encadrement étaient blancs.
Le jaune sur les bijoux simulait l’or. Les teintes simplifiées et conventionnelles — comme les formes — donnaient une grande puissance à l’effet décoratif de l’ensemble. Déjà la grosseur du fruit du figuier était exagérée proportionnellement à la tige, habitude imitée dans la suite par l’art persan1.
i. Les Persans ont une passion extrême pour les fleurs, dit Jacquemart (p. 200), les poètes ne se contentent pas de chanter leur beauté, ils leur prêtent un langage qui est devenu vulgaire : on peut dire que les plantes sont, dans l’Iran, le livre des illettrés ; ceux qui ne peuvent manier le calame ou roseau à écrire, correspondent au moyen de ces bouquets expressifs appelés salants. Dans ce langage particulier la tulipe exprime l’amour, et Chardin rapporte avoir vu dans les palais des rois, à Ispahan, un vase garni de cette fleur et portant l’inscription suivante : « J’ai pris la tulipe pour emblème ; comme elle j’ai le visage en feu et le cœur en charbon. »
A la fête des tulipes, les plus curieuses variétés sont exposées dans l’intérieur du
CUIVRES ORNEMENTÉS DE TASCHKEND ET FRAGMENTS D'ÉMAUX AVEC LES MEMES ORNEMENTS
Collection Ujfalvy. — Musée ethnographique.