CUIVRES ORNEMENTÉS DE TACHKEND
Collect. Ujfalvy. — Musée ethnographique du Trocadéro.
siècles, à tous les caprices de l'Orient, et plus tard à ceux de l’Europe. Celle-ci, à la suite des croisades, émerveillée de l’ornementation magnifique que donnaient ces pierres aux harnachements et aux armes des Turcs, les importa dans l’Occident, sous le nom de turquise ou turquoise , dénomination fausse d’origine, qui leur est toujours restée. Mais leur vrai nom, encore usité aujourd’hui en Perse, est : Jirou{ , mot qui signifie : bonheur, et exprime clairement toutes les propriétés miraculeuses qu’on leur attribuait, car les Persans s’imaginent même encore aujourd’hui que cette pierre a la propriété de préserver de la mort violente et qu’elle protège la vertu, car elle perd ses couleurs, et se brise dans les mains du possesseur trop indifférent. (La turquoise osseuse s’altère par la chaleur du lit et la transpiration.)
Les Hindous, qui possèdent dans leur territoire de riches mines de turquoises, et sont de tous les peuples du globe les plus portés aux croyances mystiques et surnaturelles, avaient adopté les mêmes superstitions.
De ces deux courants, les idées talismaniques ont pénétré en Europe. Les officiers russes portent souvent en guise de talisman une bague ornée de turquoise. Les Russes, qui sont très superstitieux, attribuent encore aujourd’hui, à cette pierre, le don de porter bonheur.
On a longtemps contesté l’usage de la turquoise par les joailliers de l’Égypte; les découvertes de M. Mariette ont établi la présence de ce minéral sur les armes et les bijoux de la XVIII" Dynastie, comme le mafek. On extrayait la turquoise des ruines du Sinaï, notamment à Sarbout-el-Khadem1; elle y est
i. Chabas, Eludes sur l’antiquité historique, d'après les sources égyptiennes, 2e édition, 1873, pages 21, 29, 3o, 3i.
l’art persan
d’un bleu très pâle et se décolore promptement, de là, sans doute, l’usage peu fréquent qu’on en a fait.
Ce sont surtout les Grecs qui, les premiers en Europe, introduisirent le goût de la richesse sévère, discrète, que donne la turquoise dans la joaillerie, et cela quand, à la suite des conquêtes d’Alexandre en Perse, ils s’approprièrent en masse toutes les richesses des Achéménides : plats, coupes, armures, dans lesquelles une profusion de ces pierres incrustées dans l'or formaient l'élément principal. Ainsi', plus tard, le fourreau seulement de l’épée de Mithridate fut estimé quatre cents talents (deux millions de francs).
Le même goût pour le luxe persista à travers toutes les révolutions sociales et religieuses de l’Asie. La richesse insensée de toutes les Dynasties qui se sont succédé en Perse, séleucides, arsacides, sassanides ou des califes leurs successeurs, est devenue proverbiale comme les dénombrements de leurs trésors ont toujours paru fantastiques à nos pauvres civilisations occidentales.
Jusqu’à ces dernières années la race des Ottomans est restée l’héritière du luxe de l’Asie Mineure. Un sultan alla jusqu’à entretenir à la Scracyane (sellerie) de Constantinople, quatre mille orfèvres joailliers qui travaillaient à l’ornementation des selles, housses et étriers. Une bride