COFFRET POUR RENFERMER LE CORAN, EN OR ET ARGENT, ORNE DE TURQUOISES
Coll. Ujfalvy. — Musée ethnographique.
vera toutes ces qualités de forme solide et élégante, de galbe dans la courbure générale, d’ornementation tantôt massive, tantôt gracieuse, qui résume bien l’art, malheureusement perdu, de l’ancienne orfèvrerie orientale. Les aiguières modernes de la même collection ne présentent plus aucun de ces contrastes heureux.
i. Michel Baudier, Histoire générale du sérail. Paris, 1624. — De Linas, Les Origines de l’orfèvrerie cloisonnée, page 268.
Généralement les dessins gravés sur l’or des bijoux persans sont les mêmes que ceux des émaux qui couvrent les mosquées. Parfois quelques coraux placés habilement au milieu des turquoises y jettent leur note gaie et toujours harmonieuse. Des pendeloques de verre coloré s’ajoutent à la pièce principale du collier; la légèreté compense ainsi une richesse quelque peu lourde, comme les sveltes minarets accompagnent l’immense nef des mosquées.
BIJOU ARABE MODERNE. FORMÉ DE TURQUOISES ET DE PIERRERIES. AGRAFE DE CEINTURE.
Trente centimètres de longueur sur quinze de hauteur. Chaque pas' de la femme chargée de ces pendeloques est accompagné d’un bruissement particulier qui dénonce la richesse à travers les voiles dont elle se couvre au dehors. — Dessin de D. de Nottes. — La Mosaïque.
Le costume d’un cavalier usbeg est certainement la pièce la plus riche rapportée par M. de Ujfalvy. Il est difficile de donner à l’esprit l’impression que produisait dans la salle spéciale du Musée ethnographique, — tel qu’il était organisé au Palais de l’Industrie, — le harnachement du cheval et la magnificence de l’étoffe de la selle. On se trouvait au milieu d’un ensemble d’émaux et de bijoux dont la note harmonieuse, dis-
crête, verte ou bleue, vous entourait de toutes parts; ainsi qu’au milieu d’un ensemble symphonique, vibre et étincelle chaque note de fanfare, de même apparaissait, brillait à l’œil et nous est
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restée dans l’esprit la note rouge pourpre de sa moelleuse étoffe veloutée et tissée de fruits d’or, d’argent et de perles fines'.
i. On peut voir au Trocadéro non seulement les bijoux, mais aussi un groupe de types de ces contrées avec leurs étranges costumes « le paysan sarte marchand de volailles, se rendant au marché monté sur son âne, avec son turban grossièrement roulé autour de la tète et son cafetan de coton aux couleurs éclatantes, la femme du peuple soigneusement voilée, comme il convient dans un pays où la bigoterie musulmane est poussée à son comble: le vieux derviche à l’air hagard, à la barbe de bouc, au bonnet pointu de drap soutaché et brodé de versets du Koran, à l’écuelle de noix de coco. » « Le type rude et laid du Tatar au teint brun-jaune, à la barbe rare, aux yeux petits, à la face large, se retrouvent là comme s’ils étaient en vie. »
L’ Anthropologie à l’Exposition universelle, par Girard de Rialle. — L 'Art, 28 février 1875, page 191.
l’art persan
Pauvre et triste époque que la nôtre, qui ne sait même plus imiter de telles merveilles! L’Orient perd de plus en plus l’esprit de ces décorations pompeuses, et l'Occident est tombé dans les tons fades et neutres, dans la froide monochromie de l’or et dans la minutie de l'exécution!
ORNEMENT DE COIFFURE KIRGHISE, OR, PERLES FINES ET TURQUOISES Collection Ujfalvy. — Musée du Trocadéro.
Les plaques émaillées qui portent des inscriptions sont généralement les plus grandes, et ce sont celles qui possèdent des reflets métalliques dorés ou nacrés.
Elles proviennent le plus souvent de tombeaux de saints et d'édifices religieux.
Le goût asiatique pour la dorure et les brillants effets des métaux remonte à la plus haute antiquité. « Je me suis assuré, dit Texier, parlant de Persépolis, qu’il n’y a pas un coin du palais où l'on ne retrouve de la peinture la plus délicate et la plus soignée; il en était de même à Khorsabad, à Nimroud et Ecbatane, capitale de la Médie, où, selon Polybe, décrivant le palais des rois de Perse, les portiques, les péristyles, les lambris étaient revêtus de lames d’argent et de lames d’or qui furent pillées par les soldats d'Alexandre. »
Nous avons dit que Layard avait trouvé à Khorsabad des fragments d’anciennes poteries enrichis de dessins, avec des reflets métalliques semblables à ceux des faïences hispano-moresques. On en a trouvé aussi dans les ruines de Rhagès ou Rhei, provenant des fabriques de cette ville importante mentionnée
dans le livre de Tobie, et reconstruite plusieurs fois jusqu'au Ve siècle de l'ère chrétienne.
C’est en raison de ces découvertes que plusieurs savants ont pensé trouver les faïences anciennes de l’Asie, celles à reflets métalliques, dans les vases murrhins provenant, nous dit Pline, du royaume des Parthes et de la Caramanie1.
En 1867, les amateurs se sont disputé, à l’hôtel Drouot, trois plaques de revêtement provenant de la mosquée de Natinz (du xiic au xiiic siècle), couvertes d’ornements, d’arabesques à reflets métalliques vert de cuivre assez pâle sur fond d’émail blanc stannifère avec l'inscription : « Au nom du Dieu clément et miséricordieux », plaques remontant à l’époque du califat et présentant les rapports les plus étroits avec l’art hispanomoresque.
Chardin dit que les carreaux de la mosquée de Ivoom étaient ornés d'arabesques et rehaussés d’or et d’argent.
Ainsi le reflet d’or, un peu cuivreux, si admiré dans les vases de l’Alhambra, se retrouve partout en Asie et certainement en est originaire.
A l'époque persane, ces reflets de cuivre verdâtre un peu pâle, étaient obtenus avec la plus grande facilité au moyen d’un tour de main que nos émail leurs modernes n’ont pas su découvrir.
Il nous a paru que la belle époque des inscriptions (du moins dans la riche collection de Kensington) est entre le x°et le xiv® siècle. Entre le xe et le xie généralement, les lettres émaillées en bleu se détachent sur l’or verdâtre, le bleu a des nuances blanches. Au xvc, il y en a beaucoup dont les lettres bleues n’apparaissent