Batissier, Histoire de l'Arch. mon., p
l’art persan
appliquer en Babylonie, en Perse et dans toute l’Asie, ne variant que dans les expressions symboliques des différentes religions'? Les différences techniques proviennent des fabriques créées à des dates différentes, dans des pays dont les ressources étaient diverses.
Pline permet de déterminer l'époque où les Grecs, et les Romains à leur suite, passèrent du carrelage aux mosaïques à sujets : chez les Grecs, ce fut sous l’influence asiatique des conquêtes d’Alexandre; à Rome, vers l’ére chrétienne2.
Plus tard, au moyen âge, la brique émaillée, ou plutôt la terre cuite estampée dans des moules sculptés, devait naturellement remplacer partout la mosaïque d’une exécution plus longue, quoique pouvant donner des ensembles plus artistiques et plus variés. La terre cuite émaillée sous forme de revêtements ou de carreaux reprit la première place, surtout dans le centre de l’Europe, à compter du xn° siècle. Elle devint alors un art à part, qui renaît de nos jours et possède ses historiens.
Après toutes les discussions sur les monuments de la Perse, on peut se demander si l’on apprécie bien le rôle joué par
1. La Bible, dans le livre d’Esther, mentionne un riche pavage sur lequel des pierres précieuses faisaient une sorte de peinture.
2. « Les carrelages sont une invention des Grecs, dit Pline, XXXVI, lx, qui arrivèrent à en faire une sorte de peinture, jusqu’au temps où les mosaïques en prirent la place. »
« Les mosaïques furent en usage dès le temps de Sylla, dit Pline, XXXVI, lxiv, i, du moins voit-on encore aujourd’hui un carrelage en petits segments qu’il fit faire à Preneste, dans le temple de la Fortune. Puis les carrelages passèrent du sol aux parois, et on les ht de verre. C’est une invention récente ; la preuve, c’est qu’Agrippa, aux Thermes qu’il construisit à Rome, ht peindre à l’encaustique (v. XXV, 9), les murailles en terre cuite dans les pièces chauffées, et dans le reste, orner les crépis ; et sans aucun doute il eût orné les pièces en mosaïque de verre, si cette mosaïque avait été dès lors inventée, ou du moins si, des parois du théâtre de Scaurus où elle hgure, comme nous avons dit (XXXVI, xxix, 1 1), elle avait passé aux appartements. »
les Persans, ces Italiens de l’Asie , comme les appelle Théophile Gautier, dans l'adoption ou l'invention de l’art ogival. Suivant Flandin, il est né de la forme ancienne et encore actuelle des tentes des tribus Turcomanes ; suivant Prisse d’Avesnes, il vient des Arabes, en s’appuyant sur l'exemple de la mosquée de Touloun au Caire, édifiée au ixc siècle. Est-ce aux ArabesTu aux Persans que nous devons le système d’agrégations de petites niches en encorbellements, les entrelacs sculptés sur
pierre, les inscriptions en lettres d'or? Si l’on pense pouvoir affirmer que l'influence grecque est venue modifier l’ordonnance générale de la construction dans toute l’Asie, quelle est la part du Persan et de l'Arabe, de l’Europe et de l'Asie, dans toutes les transformations architecturales, depuis l’ère chrétienne?
CHAPITEAU DE LA MOSQUEE d’aBOUL-ATA,
a damiette. Le système décoratif arabe
Grav. extr. du Dict. de l’Archit., par E. Bosc. .. . . .
est-il original?
Est-ce une création propre à ce peuple ?
Questions qui soulèvent et soulèveront longtemps encore des discussions dont les résultats restent problématiques.
Sans vouloir entrer ici dans l’examen de ces points, rappelons seulement que dans les ruines gigantesques du palais de Kosroès, élevé du ve au vie siècle, on trouve l’arc ogival déjà employé ; que Prisse d’Avesnes a pu écrire : « Les ornements 12 et 1 6, pris des chapiteaux sassanides à Bi-Soutoun, appartiennent au style byzantin dans leurs contours en général et
T. ART PERSAN
renferment les germes de toute l'ornementation des Arabes et des Maures. C’est le plus ancien exemple que nous ayons d’ornements diaprés en forme de losanges. Les Egyptiens et les Assyriens paraissent avoir employé, pour couvrir les grands espaces, des dessins formés par un arrangement géométrique de lignes, mais c’est le premier exemple de lignes courbes formant un patron général qui renferme une forme secondaire. Le principe contenu dans le n° 16 pourrait engendrer toutes les formes diaprées si exquises qui couvraient les dômes des mosquées du Caire, et les murs del’Alhambra. »
« Dès avant la conquête, dit M. Racinet1, qui, jointe au voisinage, détermina cette dernière période, les Persans étaient célèbres par leur amour pour le faste et la perfection de leurs arts décoratifs. Aussi, lorsque après la ( 1 défaite du dernier des Kosroès, les Arabes victorieux s’emparé- Grav- extr- dj VOrfe^\\\lspaë'' par le B' Ch' rent de Madain, alors capitale de la Perse, ces habitants des tentes furent vivement frappés par les magnifiques édifices, le