ANGKOR LA GRANDE. — LE TEMPLE DE BAION
près avoir donné une idée de 1 aspect des monuments du Cambodge vus à distance, après avoir franchi les fossés qui entourent la ville sainte, par une des longues chaussées, bordées de géants, après etre entré sous une des cinq portes triomphales, nous nous trouvons en face du temple de Baïon aux cinquante et une tours, « le mieux conçu sans
contredit, le plus varié et le plus original des édifices sacrés de l’ancien Cambodge » comme le définit M. Delaporte. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de donner la description
même faite par l'illustre voyageur.
« Je viens de décrire, dit -il1, 1 aspect que présentent
aujourd'hui les ruines de ce temple extraordinaire; mais le
i. Voyage au Cambodge , p. i5g. Les cent soixante-quinze dessins originaux de l’auteur donnent les plans et élévations restitués des principaux monuments khmers et le détail des ornements.
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Baïon des vieux âges, le Baïon intact et vivant, quel pinceau d'artiste en pourrait rendre la physionomie ? Transportonsnous cependant, par un effort rétrospectif d’imagination, au temps lointain où le royaume khmer était le foyer d'une civilisation qui, par sa richesse et sa puissance, égalait ou éclipsait même celle des plus brillants empires de l’Inde. »
« Devant nous s’étendent des files pressées d’habitations, des palais aux toits élancés, des pagodes resplendissantes, en un mot l’ensemble de la ville royale, où se coudoie un peuple innombrable appartenant à toutes les races de l’Asie. Continuons d’avancer sur la voie qui fait suite au pont sacré : voici que là-bas, entre la verdure et l’eau, commence à se dessiner une longue rangée de colonnes d’où s’élance une masse pyramidale aux linéaments encore indistincts. Allons toujours : la colonnade se transforme en une belle galerie surmontée d'une double ligne de crêtes; de l’énorme pyramide se détachent une multitude de flèches aériennes et bientôt le massif entier, divisant à l’œil ses parties, montre une forêt de préasats, qui s’étagent autour d'une immense construction centrale, garnie de colonnes et de clochetons et dominée par une cime aiguë. »
« Comptons les tourelles dont se compose ce hardi groupement : il n’y en a pas moins de cinquante; toutes sont ornées de la quadruple face de Prohm (Brahma) coiliée de tiares aux formes diverses. Approchons-nous du monument. Un mur de clôture peu élevé sert de première enceinte et comprend des jardins et des pièces d’eau. La porte s'ouvre devant un large escalier qui donne accès à une terrasse suivie d’une vaste esplanade presque carrée, dont la ligne de pourtour est dentelée