QUATORZIÈME SIÈCLE. - TOILETTE DES FEMMES
procurer du taffetas, tafatasus, tafatanm, taffaia, du damas, du saiidal, et l'espèce de satin nommé samit. Mais comme ces étoffes, faites avec de la soie, ne se fabriquaient point encore en France, il fallait les tirer d'Italie, et le prix, à cause de la matière première, devait en être très élevé, car la soie elle-même était très rare. Dom Vaissette nous apprend en effet, que le l^'" juillet 1345, le sénéchal de Beaucaire, fit partir un exprès de Nîmes pour aller porter à Paris, douze livres de soie de Provence, achetées pour la reine à Montpellier au prix de soixante-seize sols la livre. Les artifices de la coquetterie la plus raffmée s'ajoutaient au luxe des vêtements. Outre les parfums, les femmes faisaient un grand usage du fard, et l'on vit en 1 369, Hugues, évêque de Béziers, en défendre l'emploi, sous les peines les plus sévères, dans toute l'étendue de son diocèse. Le costume des femmes, comme leur coiffure, variait du reste selon les provinces. A Bordeaux, elles portaient la coiffure à deux pointes; dans d'autres contrées du midi elles avaient le voile. Les précieux détails qui nous ont été conservés par Dom Vaissette (1), sur la toilette des femmes de Montpellier, montrent, par la comparaison avec d'autres provinces, combien il est difficile en semblable matière, d'établir des règles précises.
Malgré les bizarres caprices de la mode les femmes restèrent longtemps fidèles aux lois sévères de la décence, mais sous le règne de Charles VI, elles commencèrent à montrer moins de retenue, et à découvrir leurs épaules, leurs gorges, leurs jambes, et même leurs flancs. C'est ce que témoigne, d'une manière positive, la pièce de vers intitulée Le Chastiement des dames par Robert de Blois (2).
De ce se fel dame b'.asmer
Qui sent (3) sa blanche char monslrer
A ceux de qui n'est pas privée.
Aucune lesse deffrenée
Sa poitrine, pour ce c'on voie
Comme fetement sa char blanchoie :
Une aulre lesse tout de gré
Sa char apparoir au coné ;
Une de ses jambes trop descuevre :
Prudhom ne loe pas ceste œvre.
Le vieux poëte nous apprend encore que de son temps, les dames pour se conformer aux lois de la bienséance, devaient porter un voile en montant à cheval ou
(1) Hùt. du Languedoc, édit. in-fol., t. IV, Preuves, p. 293.
(2) Fabliaux, édit. de Méon. t. H, p. 18/|.
(3) Seul ou seult c'est-à-dire â l'habitude, du latin bolere.