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QUATORZIÈME SIÈCLE. — GANTS, CEINTURES

en se rendant à l'église; mais que quand elles se trouvaient devant des personnes de qualité, elles devaient rester le visage découvert. Il leur recommande de se couper les ongles, et surtout de ne point permettre à d'autres qu'à leurs maris d'introduire la main dans leur sein; il leur explique que les affiches, c'est-à-dire les agrafes et les épingles n'ont été inventées que pour défendre les femmes contre ces familiarités, qui semblent du reste avoir été de mode au temps de Robert de Blois. Nous ajouterons que ce fut dans les dernières années du règne de Charles VI, ou dans les premiers temps du règne de Charles VII, qu'on vit se répandre la mode des bourrelets rembourrés, nommées mahoîtres, espèces d'épaules postiches, d'où pendaient de grandes manches déchiquetées ; et que vers la même date quelques femmes prirent l'habitude de porter, comme à l'époque mérovingienne, des cannes à tête ciselée. Dans le même temps la ceinture, qui jusqu'alors avait été placée à la hauteur des hanches, fut portée beaucoup plus haut de manière à racourcir la taille et à relever les seins. Philippe deMaizières, dans le Songe du vieux pèlerin, parle des femmes bien parées, qui, en troussant et montrant leurs mamelles, cherchant à paraître plus belles. Si les dames à l'époque qui nous occupe, ne se servaient point encore du corset, qui ne fut, dit-on, inventé qu'au xvi^ siècle, elles avaient du moins déjà l'usage de se lacer ; et chose à noter dans l'histoire des coquetteries Çéminines, ce serait au xiV siècle qu'on aurait en France, pour la première fois, considéré la finesse de la taille comme une beauté, et par cela même cherché, à l'aide du lacet à la rendre plus mince.

Si des types généraux du costume, et des pièces principales du vêtement des hommes ou des femmes, nous passons maintenant aux accessoires de la toilette, nous trouvons que l'usage des gants, des ceintures, et des bijoux était répandu dans toutes les classes. On voit par les détails des joutes que Charles VI fit célébrer en 1389, que les dames qui assistèrent à cette fête portaient des gants de soie qu'elles donnèrent aux chevaliers qui entrèrent dans la lice. Les gants des simples prêtres étaient de cuir et cousus ; ceux des évêques étaient de soie et faits sur le métier. Les ceintures qui formaient l'un des plus riches ornements du costume féminin, étaient tantôt en étoffe brodée, tantôt en métal, soit en cuivre avec des clous d'argent , . soit en argent avec des ornements d'or, ou des émaux précieux. On y suspendait encore d'élégantes aumônières , des bourses , des chapëlets de verre, d'ambre, de corail ou de métal, des clefs, et surtout des cachets attachés à une chainette (1). Les agrafes et les boutons, les bracelets, les

(1) Ou Cange, v Sigillum.

bagues, étaient aussi un objet de grand luxe; on les ciselait; on les émaillait, on les ornait de pierres et de perles ; et c'était alors Montpellier, Limoges et Paris, qui avaient le monopole de cette fabrication. Une ordonnance de 1355 porte que les orfèvres de Paris ne pourront travailler à moins de 19 carats 1/5; en 1365, on leur défend de fabriquer des ceintures ou des bijoux pesant plus d'un marc d'or ou d'argent; on veille avec une extrême attention, à ce que leurs pratiques ne soient jamais trompées, ni sur la qualité de la matière première, ni sur la mise en œuvre , et par une exception singulière on ne leur permet de monter des pierres fausses que pour le roi, la reine ou ses enfants (1).

Les habillements de tête des hommes, dans la seconde moitié du xiv« siècle, comprenaient d'abord la coiffe ou couvre-chef, qui se plaçait immédiatement sur la tète, pour la préserver du froid, et qui se nouait sous le menton. Cette coiffe, dans les dernières années du même siècle fut remplacée par la calotte , qui se nouait de la même manière. On employait pour confectionner les calottes toutes sortes d'étoffes indistinctement , mais elles étaient presque toujours de la même couleur que les coiffures qui les recouvraient. Les laïques seuls avaient le droit d'en porter, et des statuts synodaux du diocèse de Poitiers, rédigés en 1377, défendent aux ecclésiastiques d'en faire usage dans l'exercice de leur ministère. Sur la coiffe ou la calotte, on plaçait le chapel ou chaperon, dont la mode était déjà ancienne, mais qui subit à cette époque un changement notable en ce que la cornette, en s'allongeant outre mesure , forma une espèce de queue qui descendit jusqu'aux talons. Il y avait des chaperons de velours, de drap foulé, de tricot de laine, de peau d'agneau, et de fourrures. Ceux qui servirent de signe de ralliement aux Parisiens ameutés en 1357, par le prévôt des marchands, Etienne Marcel, étaient en drap rouge et bleu, et portaient une broche d'argent à plaque émaillée avec cette devise : à bonne fin. Dans le Languedoc, le chaperon au xiv^ siècle était remplacé par le capuchon^ qui servait indistinctement à la noblesse, aux ecclésiastiques et aux bourgeois, et l'on voit souvent cette coiffure figurer comme symbole dans les investitures féodales; ainsi en 1304, Jacques de Maiorque investit par un capuchon le procureur du comte de Foix de la suzeraineté du château de Lez ; et un siècle plus tard , en 1413, le sénéchal de Toulouse , installa Pierre de Gaissac , dans une charge de châtelain en lui donnant le capuchon de son prédécesseur, qui avait résigné cet office.

Les chaperons , et principalement les chapeaux ou chapels , figurent souvent

(1) Recueil des ordofi., \. III, p. 12.

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dans les comptes de l'argenterie des rois ; on voit qu'on y employait du menu vair; du bièvre, c'est-à-dire des peaux de loutre ou de Castor, de la brunette, espèce de taffetas, dont la couleur tirait sur le noir, des franges d'or et de soie, des boutons d'or de Chypre (1). Le chapeau de maître Jean, le fou du roi de France en 1351, donnent une juste idée du luxe que l'on déployait quelquefois dans cette partie de la toilette. Ce chapeau, en loutre et en hermine, avait pour ornement, dans la partie au dessus du front, une dentelle brochée d'or et de soie, qui représentait un rosier, dont les feuilles étaient figurées par des plaques d'or et les fleurs par de grosses perles. Des feuillages d'or, semés de grenats, de perles et de pièces émaillées se déroulaient à droite et à gauche, et au sommet de la tète un dauphin d'or était fixé, par une vis tournante, au haut d'une broche d'argent. Un pareil luxe, appHqué aux fous des rois, est d'autant plus étonnant que ces sortes de personnages étaient traités d'ordinaire avec un grand mépris, et que suivant l'étiquette de la cour, leurs habits devaient être faits en iraigue, c'est-à-dire avec l'étoffe qui tapissait la chaise percée du souverain. Nous ajouterons qu'à la même époque on trouve encore dans les comptes la mention de ces chapels de paon, qui aux âges antérieurs avaient figuré parmi les objets les plus précieux du costume. On y retrouve également les chapels de fleurs, qui furent de mode jusqu'au règne de PhiHppe de Valois, et qui à cette époque furent remplacés par les frontaux, espèce de diadème formé d'un galon de soie , d'argent ou d'or, enrichi de perles et de pierreries. Comme les chapels de fleurs les frontaux se montraient dans les costumes des bals ou des festins d'apparat. Quant à la forme même et à la couleur des chapeaux d'homme, elles variaient à l'infini; les uns étaient ronds, les autres hémisphériques; il y en avait de blancs, de gris, de noirs, et l'on voit par un document de 1323, que les chapeliers de Paris, qui formaient alors une corporation très importante, divisée en une infinité de branches, étaient souvent fort embarrassés pour concilier les prescriptions, toujours invariables, de leurs statuts, avec les caprices toujours changeants de leurs pratiques.

Sous Philippe le Bel, c'est-à-dire, de 1285 à 1314, la coifTure des femmes consista en un chapeau affectant la forme d'un mortier de juge. La carcasse de ces chapeaux étaient en parchemin, recouvert d'une étoffe de soie, de velours ou de drap, ornée de paillettes ou de fils d'or. Vers 1320, on vit paraître la coiffure en cheveux, avec des réseaux de soie nommés crépines. On la rehaussait ordinairement par un fronteau, une bande de perles, ou un voile. Cette mode ne man-

(1) Voir Du Cange au mol Cupellus.

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quait pas d'élégance, mais à la fin du siècle elle fut abandonnée pour les atours, c'est-à-dire pour une coiffure, à laquelle on ajoutait, comme cela se voit encore si souvent aujourd'hui, des nattes postiches aux cheveux naturels. Ces atours étaient encadrés dans des bourrelets qui affectaient les formes les plus bizarres. M. Quicherat dit avec raison à ce sujet que « quand les coiffeurs du dernier siècle se mirent à étayer sur la chevelure des jarcUns, des toitures, des pagodes, des agrès de navires, ils se crurent des inventeurs, mais que le xiv« siècle les avait devancés.» Les femmes que les exagérations de la toilette scandalisent rarement , s'étonnaient quelquefois elles-mêmes de la bizarrerie de certains atours. Le chevalier de La Tour Landry raconte qu'une dame de ses amies, étant allée en 1372 à une fête patronale de sainte Marguerite, y rencontra « une damoiselle moult cointe et moult jolie, mais qui estoit plus diversement atournée que nule des autres. Et pour son estrange atour, tous la venoient regarder comme une beste sauvage. » La dame s'approcha d'elle et lui demanda comment s'appelait sa coiffure. — Elle lid répondit qu'on l'appelait l'atour du gibet. — Du gibet ! dit la dame , eh ! bon Dieu ! le nom n'est pas beau , mais l'atour est plaisant. — Le chevalier de La Tour Landry ajoute qu'il demanda à son amie la description de cette coiffure, et que celle-ci s'empressa de lui en donner le détail, mais qu'il n'en put rien retenir si ce n'est que cet atour « estoit hault levé sur longues épingles d'argent, plus d'un doigt sur la teste, comme un gibet. » L'église, toujours sévère pour les hochets de la vanité féminine, tonna contre les atours, comme elle tonnait contre les poulaines. Les chansonniers eux-mêmes, attaquèrent au nom du bon goût ce que les prédicateurs attaquaient au nom de l'humilité et de la pudeur chrétienne ; et le poëte Eustache des Champs, composa contre cette mode ridicule, le couplet suivant :

Âtournez vous, mesdames, autrement Sans emprunter tant de liaribouias; Et sans quérir cheveux estrangement Que maintes fois rongent souris et rats. Voslre allubier est comme un grand cabas ; Bourriaux y a de coton et de laine, Autres choses plus d une quarantaine, Frontiaux, filets, soye, espingles et neuds. Ue les trousser est à vous trop grande peine : Rendez l'emprunt des estranges cheveux.

Les sermons et les vers furent également impuissants contre les atours ; et la mode,

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