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frais de teinture contribuaient encore à maintenir des prix élevés, car les statuts des corporations repoussaient tous les perfectionnements. Ici, comme en toute chose, le moyen-càge, immobile-dans la tradition, s'effrayait de toutes les nouveautés, et postérieurement au temps dont nous parlons, on trouve une preuve convaincante de ce fait dans les difficultés sans nombre que rencontre l'emploi de l'indigo comme substance tinctoriale. Le pastel, qui avait servi exclusivement pendant plusieurs siècles à donner les nuances bleues des tissus, était en France l'objet d'une culture très étendue, et l'indigo fut absolument proscrit sous prétexte que l'introduction d'une nouvelle drogue allait ruiner les producteurs de pastel. « En Angleterre, dit M. Ouin-Lacroix (1), la reine Elisabeth défendit son usage à peine des plus fortes amendes. En France, Henri IV prononça la peine de mort contre ceux qui l'emploieraient. En Allemagne, on l'appela l'aliment du diable, et l'interdit ne fut enfin levé que vers le milieu du dix-huitième siècle. » Nous devons dire cependant que, malgré l'état stationnaire de la teinturerie au moyenâge, et la difficulté d'obtenir des couleurs bon teint, on était parvenu à varier les nuances à l'infini. Nous trouvons en effet, dans les inventaires et les comptes, des velours verts, noirs, vermeils, vermeils cramoisis; des draps verts, noirs, blancs, violets gris, pers ou bleus foncés ; verts bruns, verts herbeux, blancs gris, gris bruns ; tannés, c'est-à-dire de couleur fauve ; écarlates, vermeils, marbrés, etc.
Si nous voulons maintenant résumer en quelques mots ce que nous venons de dire siu* le mouvement des arts somptuaires au quinzième siècle, nous indiquerons, comme faits saillants, d'une part un progrès notable dans l'aménagement des habitations et l'ameublement; de l'autre, l'introduction de quelques industries importantes, telles que les draps d'or et de soie, les tapisseries de haute lisse, et l'usage de plus en plus fréquent du linge de fil.
L'auteur d'une espèce de manuel du bon ton, écrit au quinzième siècle, le poëte IVIichaut recommande aux fils de bonne maison de pratiquer la variance des habits, c'est-à-dire d'en changer le plus souvent possible. Il veut qu'ils aient chaque jour un vêtement de couleur différente, aujourd'hui une robe longue, demain une robe courte; tantôt des souliers carrés et tantôt des souliers pointus. Il veut également qu'on ne porte les habits qu'une seule fois, qu'on les reçoive le matin du tailleur ■et qu'on les donne le soir. Les élégants, sans suivre ces préceptes à la lettre, pouvaient cependant pratiquer la variance sur une large échelle, car leur garde-
(1) lUsloire des anciennes corporations d'arts et métiers de la capitale de la Normandie, 1850, in-8, p. 129.
robe était fournie des vêtements les plus divers. Dans le nombre, nous en retrouvons quelques-uns que nous avons déjà rencontrés, sous les mêmes noms et avec des formes à peu près semblables, et nous en voyons d'autres paraître pour la première fois.
A partir de la fin du règne de Charles VI jusqu'aux dernières années du règne de Louis XI, les principaux vêtements à l'usage des hommes sont la houppelande, la heuque, qu'on appelait aussi robe italienne, le hainselin, le paletot et le demipaletot, le pourpoint, la jaquette, le gipon, la robe, les manteaux à chevaucher, letabard, les chausses longues.
La houppelande, qui disparaît ou change de nom vers 1426, affe^'iait, à l'époque qui nous occupe, les formes les plus variées; il y en avait de courtes, qui s'arrêtaient à la hauteur des cuisses; c'étaient celles qu'on portait dans les soirées d'apparat; les houppelandes tombant jusqu'aux pieds étaient d'usage dans les réceptions officielles et les promenades ; celles qui descendaient à peu près à la hauteur du genou, servaient pour lâchasse ou étaient réservées aux pages et aux valets. Elles avaient toutes des manches à bombardes, traînant jusqu'à terre, et comme les fourrures étaient devenues très rares et très chères à cause de la grande consommation qu'on en avait fait dans les siècles précédents, on se contentait, en général de les garnir de velours, de satin, d'étoffes de laine. On ajoutait par dessus la houppelande, à la hauteur du collet, une collerette en velours ou en linge, nommée collière.
Le pourpoint était une espèce de justaucorps qui serrait le buste et se laçait par devant. On trouve, dans les comptes et dans les inventaires, des pourpoints de satin noir doublés de toile fine noire et blanche, avec des collets de soie, et des pourpoints de cuir. Les premiers figuraient dans la toilette de ville ; on se servait des autres pour chasser ou pour les exercices qui demandaient de la force et de l'agilité. La heuque était une blouse courte sans ceinture et sans manches, ou du moins avec des manches qui s'arrêtaient au coude; elle se portait orchnairement sur l'armure. Le paletot pai'aît avoir été un vêtement long pour la ville, et le demi-paletot, dont les manches étaient serrées et boutonnées, un habit de fatigue qui se portait sous les armures appelées brigandines [i] . La jaquette, qui se montre vers 1430, et qui rappelle par sa forme les tuniques de nos chasseurs à pied, était froncée du corsage et
(I) Voir : Bibliolli. de L'École des Chartes, t. 1, 3» série, p. 238 etsuiv. — On trouve dans ce recueil, aux pages ci-dessus indiquées, un très curieux travail de M. Douel d'Arcq, sur les comptes des ducs de Bourgogne.