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QUINZIÈME SIÈCLE. — CHAUSSURE

Par cela même qu'on avait exagéré dans un sens, on exagéra plus tard dans le sens contraire ; sous le règne de Charles VIII , la coiffure des femmes devint beaucoup plus humble; on adopta de petits bonnets plats, garnis en dehors de peaux mouchetées de noir et de blanc. Anne de Bretagne ayant pris un voile noir lors de son premier veuvage, les dames de la cour s'empressèrent de faire comme elle. Les bourgeoises imitèrent les dames de la cour, et les vodes ornés de perles et attachés par des agrafes d'or devinrent l'un des plus brillants ornements de la parure. Quant à la chevelure, elle fut complètement sacrifiée pendant toute la période que nous venons de parcourir, et comme perdue sous la toile et les affiquets. La grande élégance consistait à montrer le plus de front possible, et dans ce but on retroussait les cheveux de devant sur le sommet de la tête, et on y rattachait les cheveux de derrière qui étaient réunis en une seule tresse.

Nous avons peu de chose à dire de la chaussure au quinzième siècle ; on y voit à différentes reprises reparaître les poulaines, mais elles sont en général moins exagérées que dans le siècle précédent; ce qui figure le plus ordinairement dans les miniatures des manuscrits, ce sont des souliers ouverts sur le coude-pied, sans boucle ni lacets, et avec des oreilles légèrement rabattues à droite et à gauche. On plaçait dans ces souliers des espèces de chaussons, serrés par l'extrémité inférieure du haut de chausses. On trouve aussi des souliers montés sur patins. Quant aux dernières traditions des poulaines, elles disparaissent sans retour vers 1480. La distinction des diverses classes entre elles était indiquée dans cette partie du costume par les éperons. Les nobles seuls avaient le droit d'en porter, et on y mit un si grand luxe, que les Suisses menacés en 1472 par le duc de Bourgogne, et voulant le détourner de ses projets d'invasion par le spectacle de leur pauvreté, lui disaient : « Il y a plus d'or dans les éperons de vos chevaliers que vous n'en trouverez dans nos cantons. » Seuls parmi tous les habitants du royaume , les bourgeois de Paris étaient autorisés à chausser l'éperon comme les nobles d'origine. Charles V les confirma dans ce privilège en 1371 .

Nous connaissons maintenant par l'ensemble le type général du costume des

gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes ne trouvaient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyait souvent pencher la tète ou la placer à la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller pour ménager, d'une manière encore plus sûre, le ridicule édifice dont elles étaient surchargées.... Si l'usage de ces plumes et de cette coiffure extravagante se fût prolongé, disent très sérieusement les Mémoires de cette époque, il aurait opéré une révolution dans l'architecture. On eût senti la nécessité de hausser les portes et le plafond des loges de spectacle, et surtout l'impériale des voitures. Le roi ne vit pas sans chagrin la reine adopter cette espèce de coiffure. »

^Mémoires de madame Campan, t. i"", p. 96.)

hommes et des femmes ; il nous reste à signaler les particularités de détail , à montrer, comme nous l'avons fait jusqu'ici, ce qui distinguait les diverses classes de la société les unes des autres, et à parler de la toilette de quelques personnages célèbres ; c'est ce que nous aUons faire dans la suite de ce chapitre, en commençant par les costumes des rois.

Lorsque Charles VII fit son entrée solennelle à Paris, le 12 novembre 1437, il était couvert d'une armure d'argent ; mais au lieu de casque, il portait un chapeau pointu en castor blanc doublé de velours incarnat. Les cordons de ce chapeau étaient ornés de pierreries, et le sommet se terminait par une houppe de fd d'or. Son cheval , couronné d'un panache de plumes blanches, était couvert d'une draperie de velours bleu, brodée de fleurs de lis. Cette entrée solennelle présente une innovation remarquable, en ce que l'enseigne du roi était blanche au lieu d'être rouge, comme par le passé. C'est là, nous le pensons, la première apparition du drapeau blanc dans l'histoire, et voici ce qui motiva ce changement. Jusqu'aux premières années du xv^ siècle, le blanc avait été la couleur nationale des Anglais, et le rouge la couleur nationale des Français ; mais quand les rois d'Angleterre eurent réclamé la souveraineté du royaume de France, ils en adoptèrent la couleur, et les rois de France, à leur tour, pour établir entre eux et leurs compétiteurs une distinction nettement tranchée, prirent la couleur du lis, qu'ils regardaient comme l'antique symbole de leur monarchie. La bannière blanche de Charles VII fut donc, enréahté, Femblême d'une grande protestation politique. Louis XI, par respect pour la mémoire de son père, la dignité de sa couronne, et sa dévotion à la Vierge, à laquelle le blanc était consacré, conserva la même bannière gue son père, et depuis elle s'est perpétuée sans changement jusqu'à la révolution française ; c'est là un fait sur lequel il est bon d'insister, car, faute de le connaître, bien des peintres ont commis, en représentant des scènes de notre liistoire antérieures à 1437, un grave anachronisme en donnant à nos rois la bannière blanche.

Louis XI , qui succéda à Charles VII, est sans contredit l'un de nos rois dont le costume est le plus connu; on l'a vu partout: dans les histoires de France, dans les livres illustrés, au théâtre; et cependant on courrait grand risque de se tromper si l'on jugeait, à première vue, du goût de ce roi par sa toilette. On sait que dans les circonstances ordinaires, Louis XI était vêtu avec une extrême simplicité, et comme le dit Comines , « qu'il s'habillait fort court , et si mal que pis ne pouvoit. » A le voir-, avec son vieux chapeau , orné d'une gance étroite et d'une petite Vierge d3 plomb, on l'aurait pris pour un bourgeois de la condition la plus humble; les historiens, se laissant prendre aux apparences, se sont montrés en général beau-

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