‹ Les arts somptuairesChapitre 32 sur 93 · QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME SIÈCLE

coup trop disposés à le représenter comme un avare. Certes, ce prince n'était pas homme à laisser avilir entre ses mains , pour une dépense de quelques écus, la dignité du pouvoir suprême, et cette simplicité affectée tenait à un système politique. Louis XI avait vu les ravages que le luxe avait exercés dans le royaume sous les règnes précédents ; il avait vu l'argent du pays s'écouler au dehors, et comme il connaissait son peuple très disposé à imiter ceux qui le gouvernent, il voulait, par l'exemple, le ramener à des habitudes plus simples, et surtout empêcher l'exportation du numéraire. Aussi, quand il qut introduit en France la production et la fabrication de la soie, et fondé des manufactures à Lyon et à Tours, il changea complètement de toilette. « Dans les dernières années de sa vie, dit Comines, il se vêtoit richement, ce que jamais il n'avoit accoutumé auparavant, et ne portoit que robes de satin cramoisi. » Voici du reste l'exact signalement de ce monarque célèbre, tracé peu de temps après sa mort à l'occasion du marché passé pour l'érection de son mausolée à Cléry : « Mestre Colin d'Amiens, il faut que vous faciez la pourtraiture du roy nostre Sire : c'est assavoir qui soit à genoux sus ung carreaul comme ycy dessoubz , et son chien à costé de luy, son chappeaul entre ses mains jointes, son espée à son costé, son cornet pendant à ses espaules par darrière, monstrant les deux botz. Oultre plus fault des brodequins, non point des ouseaulx, le plus honneste que fere ce porra; habillé comme ung chasseur, atout le plus beau visaige que pourres faire, et jeune et plain ; le netz longuet et un petit hault, comme saves, et ne le faites point chauve. Le netz aquilon;

Les cheveux plus longs derrière ;

Le collet plus bas moyennement ;

L'ordre plus longue et basse : saint Michel bien fait;

Item le cornet mis en escherpe ;

L'espée plus cort et en façon d'armes ;

Les poulsses plus granz : le chapeo bien renversé (1). Charles VIII , dont les goûts chevaleresques formaient un si grand contraste avec ceux de Louis XI, montra toujours un grand respect pour l'étiquette du costume. Il portait l'élégance jusque sur le champ de bataille; et à la bataille de Fornoue, il se montra paré comme pour une fête. Dans cette journée célèbre, il montait un beau cheval noir qu'on appelait Savoye, et par dessus sa riche armure, il avait revêtu une côte d'armes magnifique à courtes manches, de couleur bleue et violette, semée de croix de Jérusalem, faites de broderies fines et d'orfeuvreries. (1) Mémoires de Philippe de Commynes, édit. de M"» Dupont, t. m, p. 339.

QUINZIÈME SIÈCLE. — TOILETTE DES MORTS. 201 Jusqu'ici, en parlant des rois, nous les avons montrés dans l'attirail de leur gloire et de leur puissance ; nous allons maintenant les suivre à leur dernière demeure, et les évoquer pour ainsi dire dans la majesté de leur néant, car le cérémonial qui les avait entourés sur le trône, les accompagnail dans la tombe. De même qu'en montant, pour recevoir Fonction sainte, les marches du sanctuaire de Reims, ils revêtaient un costume symbolique et traditionnel, de même, pour descendre les marches des caveaux de Saint -Denis, on les parait encore d'une toilette particulière qui rappelait la dignité de leur rang. La profanation des sépulcres royaux, en 1793, a fait voir que plusieurs d'entre eux avaient été inhumés avec un sceptre et une couronne, et les reines avec une quenouille, sans doute pour montrer qu'en vertu de la loi salique les femmes ne pouvaient prétendre à l'hérédité du trône. Pour les rois comme pour les dignitaires de l'Église, les prêtres des paroisses et les moines, l'exposition du cadavre constitua l'une des formalités les plus importantes des funérailles. Jusqu'au xiii^ siècle, on les plaça tout habillés pendant quelques jours sur un lit de parade, la couronne sur la tête et le sceptre dans la main ; mais à dater de cette époque il s'étabUt, par des motifs qui ne sont point connus, un usage en vertu duquel leurs cadavres furent partagés en trois parties : le corps, les entrailles et le cœur, qui recevaient chacune une sépulture différente ; et comme il eût été repoussant d'exposer aux yeux de la foule des corps ainsi dépecés, on substitua au mort lui-même une image faite à sa semhlance. C'était cette effigie que l'on plaçait sur le lit de parade et qu'on portait ensuite en grande pompe sur un char funèbre jusqu'au lieu de la sépulture. Comme la mort des grands et toutes les circonstances qui s'y rattachent frappent toujours profondément les esprits, les historiens n'ont pas manqué de nous transmettre d'exacts détails sur ces effigies et nous trouvons à l'année 1422, dans les chroniques de Monstrelet et de Saint-Remy la description de la pourtraicture funéraire des deux princes qui, à cette époque, s'étaient disputé le titre de roi de France, Charles VI et Henri V. Voici d'abord ce qui concerne Charles VI : « Le corps du roi, dit Monstrelet, étoit sur une litière moult notablement, par dessus laquelle avoit un pavillon de drap d'or à un champ vermeil d'azur semé de fleurs de lys d'or; et par dessus le corps avoit une pourtraicture faite à la semblance du roi, portant couronne d'or et de pierres précieuses moult riches, tenant en sa main deux écus, l'un d'or et l'autre d'argent, et avoit en sa main gants blancs et anneaux moult garnis de pierres; et étoit icelle figure vêtue d'un drap d'or à un champ vermeil, à justes manches, et un mantel pareil fourré d'hermine; et si avoit unes chausses noires et uns solers de velours d'azur, semé de fleurs de lys d'or. Et en tel estât fut

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