‹ Les arts somptuairesChapitre 33 sur 93 · QUINZIÈME SIÈCLE. — HABITS DE CÉRÉMONIE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME SIÈCLE. — HABITS DE CÉRÉMONIE

porté en grand révérence jusqu'à l'église Notre-Dame et de là à Saint-Denis (1). »

Henri V, que le honteux traité deTroyes, conclu le 21 mai 1420, avait déclaré roi de France, ne jouit pas longtemps de cette couronne usurpée. Il mourut le 31 août 1422 ; mais, malgré son titre, il n'était qu'un étranger sur cette terre, où ceux qu'il appelait ses sujets n'étaient en réalité que ses ennemis; et comme les caveaux de Saint-Denis ne devaient s'ouvrir que pour les rois qui avaient reçu dans la cathédrale de Reims l'onction sainte, les Anglais s'empressèrent d'emporter dans leur ile les restes du vainqueur d'Azincourt. Pour disputer ces restes aux ravages de la mort, ils substituèrent à l'embaumement le plus étrange procédé de conservation. Ils les firent dépecer et saler par un boucher de Rouen ; cette opération terminée, ils fabriquèrent une effigie en cuir bouilli, la placèrent sur un chariot à quatre chevaux et la conduisirent ainsi avec le cercueil jusqu'au lieu de l'embarquement. Cette semblance de cuir, comme on eût dit au xv^ siècle, était « peinte moult richement, portant en son chef couronne d'or moult précieuse, et tenoit en sa main dextre le sceptre royal, et en sa senestre avoit une pomme d'or comme l'empereur, et gisoit en un lit dedans le chariot, le visage vers le ciel. Duquel lit la couverture était de drap d'or de cramoisi. . . . Par dessus le chariot un moult riche drap de soie à quatre bâtons en la manière que on a accoustumé à porter sur le corps de Jésus- Christ, au jour du Saint-Sacrement. Et toujours sur le chemin y avoit plusieurs hommes vestus de blanc qui portoient en leurs mains torches allumées; et derrière estoient vestus de noir ceulx de la famille du roy d'Angleterre, et après suivoient ceulx de sa lignée vestus de vestements de pleurs et de deuil. »

Dans une des villes où passa ce convoi magnifique vivait un vieux chevalier nommé messire Sarrasin, que la goutte retenait dans son lit, et qui ne put se rencbe sur le passage du cortège. Il en demanda des nouvelles, et quand on lui dit que l'effigie du roi d'Angleterre le représentait tel qu'il était de son vivant, il s'écria :■ « A-t-il ses houzeaux? — Non, lui répondit-on. — Eh bien ! mes amis, c'est qu'il les a perdus en voulant conquérir la France. » Cette boutade eut le plus grand succès. Dans ce pauvre royaume où tout allait si mal, chacun s'empressa de répéter le mot de messire Sarrasin, et on en tira pour l'avenir un favorable augure.

Toutes les classes de la société, les plus élevées comme les plus humbles, étant convoquées d'ordinaire aux enterrements des rois et des princes, il y avait là pour chacun des assistants une question de toilette officielle. Les détails suivants, empruntés à la relation des funérailles de Charles VII (1461), peuvent donner une

(1) Monslrelet.édit. Buclion, t. IV, p. Zil7-4l8

Page 1