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QUINZIÈME SIÈCLE. — LABOUREURS ET O.UVRIERS

pas moins splendides, et parmi les pages, il y en avait qui portaient des paltoîs d'orfèvrerie. De pareils détails expliquent beaucoup mieux que toutes les considérations politiques la décadence et l'affaiblissement de l'ancienne noblesse. La force de cette noblesse ne résidait pas seulement dans ses privilèges, mais encore dans ses propriétés territoriales ; il fallait, pour suffire à toutes ces dépenses, entamer peu à peu le patrimoine, et les terres fieffées passaient de droit aux mains de la bourgeoisie, qui du reste avait aussi son luxe et sa vanité, mais qui du moins réparait par le travail et les bénéfices du commerce les vides que les dépenses de toilette faisaient dans sa bourse.

De nombreux documents attestent qu'à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, la distance qui séparait le costume des nobles de celui dos bourgeois tendait à s'effacer chaque jour. Les robes longues et les robes à queue étaient d'un usage tout à fait populaire :

Varlets, couturiers, pelleurs d'aulnes.

Paveurs et revendeurs de pommes, Ont longues robes de cinq aulnes, Aussi bien que les gentilshommes.

Dit Guillaume Coquillart dans le Monologue des perruques. Frère Olivier Maillard, qui prêchait à Paris dans l'église de Saint-Jean-en-Grève en 1494, se récrie dans presc^ue tous ses sermons contre les longues queues: « Et vous, mesdames les fardées, qui portez la queue troussée, dit-il, et vous, messieurs, qui souffrez que vos filles portent des queues, ci oyez-vous donc qu'on entre en Paradis avec une pareille toilette ! » Les états-généraux de Tours se plaignirent vivement des progrès du luxe, et le 17 décembre 1485, Charles VIII, oubliant les efforts intelligents qu'avait faits Louis XI pour naturaliser en France la fabrication de ce qu'on appellerait aujourd'hui les arlicles de haute nouveauté, rendit une ordonnance par laquelle il défendit à tous ses sujets de porter des habits de drap d'or, d'argent ou de soie, en robes ou en doublures, à peine de les perdre et de payer une amende; les nobles vivant noblement furent seuls exemptés de cette défense, mais le roi Charles établit pour la noblesse elle-même des distinctions dans la toilette. Il décida que les chevaliers possédant deux mille livres de rente, c'est-à-dire environ quarante-deux mille francs de notre monnaie, pourraient porter toute espèce de de draps de soie, tandis que les écuyers jouissant de la même fortune porteraient du drap de damas, du satin ras et du satin figuré. Les étoffes d'or et d'argent furent réservées à la haute noblesse. « Les costumes propres aux offices de judicature

QUINZIÈME SIÈCLE. — CUISINIERS, SORCIERS, ETC. 207 et de l'adminislration, dit M. Frégier, étant uniformes et réglés par les ordonnances, sont restés en dehors du cercle des lois somptuaires, de même que les armures des chefs de l'armée; maisles magistrats et les administrateurs étaient sujets

à ces lois quant à leurs vêtements ordinaires Quoique le clergé, pour le luxe

qu'il étalait, surtout dans les solennités, eût dû être sujet à Faction des lois somptuaires, l'axiome clérical que l'Église n'est pas dans l'état l'avait affranchi de ces lois, du moins en ce qui touche les vêtements dont il faisait usage dans les cérémonies du culte. Le luxe de ses vêtements journaliers fut réprimé quand il excéda certaines hornes. »

Cette singulière bigarrure de vêtements, que nous avons déjà signalée aux époques précédentes, et qui semblait faire de la nation française au moyen-âge un mélange de vingt peuples divers, se retrouve encore au xv^ siècle. Les laboureurs portent un sayon, un surtout, des chausses, et pour chaussures des courroies croisées et nouées (1). « Dans la Guienne, dit Berry, héraut d'armes de Charles VII, les menus gens portent solliez (souliers) de bois ou de cuir à tout le poil par poureté. » A cette date on trouve fréquemment dans les classes laborieuses des hommes de peine dont les jambes et les pieds sont nus. L'usage du linge de toile était encore extrêmement rare dans les campagnes, quoique les fabriques de Reims, de Troyes, de Laval fussent en pleine activité ; mais le prix de cette marchandise était très élevé et l'on estime qu'en 1430, il fallait dans la Flandre et dans l'Artois quatre-vingt-sept livres de blé pour payer une aune de toile. Les habits des gens de la campagne étaient faits d'un drap très grossier qu'on appelait gros bureaux; souvent même ils consistaient tout simplement en peaux dont on n'avait pas enlevé le poil, et aujourd'hui, nous trouvons comme un lointain souvenir de cet accoutrement dans la peau de bique des paysans bretons.

Dans les villes, chaque profession avait pour ainsi dire son uniforme. « Les hôteliers, dit Monteil, étaient toujours en bonnet blanc, pourpoint blanc, chausses blanches, tablier jeté sur le côté droit, laissant voir un long couteau à manche de corne ou de cuivre; » une partie de ce costume s'est conservée de notre temps dans celui des chefs de cuisine. Le tablier blanc, la coiffe blanche et le trousseau de clefs attaché à la ceinture étaient de rigueur dans la tenue des servantes. Les diseurs de bonne aventure, les marchands d'amulettes, les astrologues sont ordinairement représentés avec des souliers rouges, des chausses longues de même couleur, un chapeau pointu, un habit noir à bandes bleues, et l'on peut

(1) Dareste de La Chavannc, Histoire des classes agricoles en France, Paris, 185/i, in-S, p. 279.

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