QUINZIÈME SIÈCLE. — AVOCATS ET GENS DU ROI
croire que ce n'est point là une toilette de fantaisie imaginée par les miniaturistes, puisque les charlatans de cette espèce formaient dans l'État une classe particulière qui vivait dans l'intimité des plus grands personnages. Les vendeurs de vin de Paris portaient, comme les nobles, la dague et l'épée ; les bourgeois de la même ville portaient les éperons. Des lois sévères interdisaient encore, comme par le passé, aux femmes folles de leur corps, de chercher à tromper les yeux des passants par des habits qui pouvaient dissimuler leur honteuse profession. L'ordonnance rendue en 13G0 par le prévôt de Paris fut renouvelée en 1415 et en 1419, et confirmée par des arrêts du parlement du 26 juin 1420 et du 17 avril 1426. Il fut défendu aux publiques pécheresses de porter robes à collets renversés, queues, ceintures dorées, etc. Elles devaient, dans les huit jours qui suivaient la promulgation des ordonnances et des arrêts, quitter tous ces ornements, et passé ce temps il était permis « à tous sergents de les amener au Ghâtelet, pour en ce lieu leur être ces habits et ornements ôtés et arrachés. » Malgré la sévérité du prévôt et du parlement, les pécheresses gardèrent leurs atours, et surtout ceux qui pouvaient les faire confondre avec les honnêtes femmes. Elles continuèrent, en dépit des sergents, à porter la ceinture, qui était exclusivement réservée par les lois aux personnes de distinction, et elles dissimulèrent si bien par l'hypocrisie de la toilette le désordre de leurs mœurs, que l'œil le plus exercé ne pouvait plus les reconnaître, ce qui donna lieu à ce proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée . Pour rendre la confusion plus grande encore, elles eurent soin de porter des chapelets, dont les grains étaient d'or, d'argent ou de vermeil, et ce fut pour le frère Olivier Maillard une nouvelle occasion de tonner du haut de sa chaire de Saint-Jean-en-Grève.
En 1431, on voit le prévôt de Paris se porter en habits de satin vermeil et en chaperon bleu au devant du roi d'Angleterre. Un grand nombre de notables bourgeois qui faisaient partie du cortège étaient habillés de rouge, ainsi que les gens des finances, les maîtres des requêtes, la chambre des comptes et les secrétaires. Le rouge et le bleu étaient la couleur du chevalier du Guet, du prévôt des marchands; les avocats, qui portèrent longtemps la robe écarlate adoptèrent, vers le milieu du xv^ siècle, la robe noire ou violette, et le rouge ne fut conservé que pour les audiences solennelles ; ils avaient par dessous la soutanelle noire. Jusqu'en 1436 environ, le chaperon fourré était resté leur coiffure, mais on y substitua le bonnet, .lequel sous Charles Vlll prit le nom de bonnet carré. « Le costume des procureurs se composait, dit Fournel (1), d'une longue soutane noire et de bure sans être recou-
(l) Hist. des avocats, 11, ^6 et suiv.
QUINZIÈME SIÈCLE. — CHEVALIERS — CHANOINES. 209 verte du manteau. Ils portaient un chaperon, mais non fourré, leur chevelure était arrondie. Les gens du roi avaient la barbe rase, mais ils conservaient la moustache. »
Les associations burlesques qui s'étaient formées sur un grand nombre de points du royaume, avaient adopté comme les corps officiels des costumes particuliers. Lorsqu'on célébrait à Valenciennes la fête de la principauté de Plaisance, à laquelle étaient invités les gentilshommes, les prélats et les magistrats des environs, le prince de Plaisance et le roi des porteurs au sac étaient couverts de vêtements rouges à bandes noires. A Lille, l'évêque des Innocents avait sur la tête un coussin au lieu de mître, et aux pieds des sandales rouges. A Tournay, le 14 septembre, les métiers faisaient une procession dans laquelle chaque corporation avait son fou, habillé en arlequin.
On vit souvent dans d'autres circonstances les habits les plus divers, civils, ecclésiastiques et militaires, se confondre sur la même personne. Voici un curieux exemple de ce fait, qui se représente du reste assez fréquemment. «En 1423, Claude de Beauvais, seigneur de Chastellux, à l'aide de ses parents, alliés et amis, ayant chassé des brigands qui occupaient la ville de Cravan, appartenant au chapitre d'Auxerre, il y fut ensuite assiégé par des troupes réglées ; il soutint le siège pendant cinq semaines, après lesquelles ayant été secouru, il fit une sortie, aida à défaire les assiégeants, et fit prisonnier le connétable d'Ecosse leur général. La ville étant délivrée, il la remit entre les mains du chapitre d'Auxerre, qui, en reconnaissance, lui accorda et à ceux dé sa postérité le droit d'assister au chœur avec ses habits de guerre et ceux d'église.
« En 1732 l'un de ses descendants, le comte de Chastellux, brigadier des armées du roi, prit possession le 2 juin de la dignité de premier chanoine héréditaire de l'église d'Auxerre attachée à ceux de sa maison, qui étoient seigneurs de la terre de Chastellux. Après avoir prêté serment au chapitre, il se présenta à la porte du chœur, sous le jubé, pendant l'office de tierce, en habit militaire, botté, éperonné, revêtu d'un surplis, le baudrier avec l'épée par dessus, ganté des deux mains, ayant sur le bras gauche une aumusse, et sur le poing un faucon, tenant de la main droite un chapeau bordé, couvert d'une plume blanche. Il fut ainsi conduit en sa place dans les hautes chaises, du côté droit, entre celle du pénitencier et celle du sous-chantre. »
Au milieu de cette infinie variété de costumes, une seule toilette, celle du deuil, se présentait dans les différentes classes de la société avec une étiquette uniforme et régulière. La mémoire des morts était entourée d'un respect profond, et les an-
niversaires, régulièrement célébrés dans les familles, ramenaient chaque année^ pour les parents et les amis, l'occasion de revêtir les vêtements des cérémonies funèbres. Pour les hommes, nobles ou bourgeois, le noir était la couleur de deuil. Il en était de même pour les femmes, mais avec cette restriction qu'elles portaient quelquefois le voile blanc ; le plus souvent cependant leurs coiffures étaient noires et basses à barbes traînantes; on les nommait chaperons, barbettes et tourets. Le voile des femmes veuves devait entourer le menton, et cette distinction, dit M. Alexandre Lenoir, s'était sans doute introduite en France à la suite de nos communications avec l'Orient. Cette opinion est autorisée par les femmes mamelucks qui font encore usage aujourd'hui d'un voile semblable à celui de la statue deBéatrix de Bourbon, reine de Bohême, morte en 1383. Beaucoup de femmes, dans le veuvage, vivaient en recluses. Les reines de France, qui portaient le deuil en blanc, restaient un an tout entier, sans jamais en sortir, dans la chambre oh elles avaient appris la mort de leur mari, et cette chambre devait être tendue de noir. Quant aux rois, ils ne portaient jamais le deuil en noir, fût-ce même le deuil de leur père, mais en rouge ou en violet.
Ils nous reste maintenant, pour en finir avec le xv*' siècle, à donner quelques indications sur un personnage liistorique qu'U est impossible de ne pas nommer quand on touche à cette époque. Ce personnage, que la France et l'Europe entière entourent d'une vénération de jour en jour plus sympathique et plus respectueuse, c'est Jeanne d'Arc, le miracle vivant de notre histoire. Tout ce qui se rattache à cette femme incomparable, les moindres détails de sa vie, les moindres traits de son caractère, excitent un intérêt puissant et douloureux ; mais par 'malheur, Jeanne, comme les héros et les saintes, a eu sa légende et son épopée romanesque, et il est aujourd'hui très difficile de donner son signalement exact. Les artistes, en représentant sa figure peinte ou sculptée, l'ont habillée à leur guise, et l'on peut même dire, sans mentir à l'iiistoire, qu'ils l'ont complètement travestie. Les portraits de convention se sont multipliés à toutes les époques, et quand on les compare entre eux on reconnaît de suite les falsifications. Malgré les nombreuses recherches qui ont été faites dans ces dernières années, tout se réduit à de vagues indications, à de simples conjectures, et ce qu'on a pu jusqu'à présent constater de plus précis, c'est qu'il n'existe pas de portrait original de Jeanne la Pucelle. Son costume lui-même n'est indiqué que d'une manière fort incomplète par les liistoriens du quinzième siècle, et ce que nous pouvons faire de mieux en ce sujet toujours étudié et toujours obscur, c'est de nous borner aux extraits suivants, empruntés à un recueil dont l'autorité est considérable dans les matières d'éru-
dition ; ce recueil c'est la Bibliothèque de l'école des chartes ; on y trouve un mandat et une quittance « qui constatent une dépense de treize écus d'or, faite sur le trésor du duc d'Orléans, pour fournir un habillement à Jeanne d'Arc, lors de son passage à Orléans au mois de juin 1429, c'est-à-dire au moment où, ayant accompli la première partie de sa mission, délivré la ville et chassé les Anglais loin des bords de la Loire, cette généreuse fille s'acheminait vers Reims avec Charles VII. Les gens, du conseil du duc, alors prisonnier en Angleterre, prirent sur eux l'initiative de cette gratification, que leur maître s'empressa de ratifier, « ayant considération, ainsi qu'il est dit dans le mandat, aux bons et agréables services que ladite Pucelle nous a faits à l'encontre des Anglois, anciens ennemis de monseigneur le roi et de nous. » Ce cadeau pouvait valoir, par estimation relative, dit M. J. Quicherat, environ 500 francs de notre monnaie. Il consistait en une robe de fine hrucelle vermeille, et une hnque de vert perdu. Voici la quittance : « Jean Thuillicr, drappier et bourgois d'Orléans, et Jehan Bourgois, taillandier dudit lieu, confessèrent avoir eu et receu de Jacques Boucher, trésorier général de mous, le duc d'Orléans, la somme de treize escuz d'or viez du poix de Ixiiij au marc, pour une robe et une huque que les gens du conseil de mondit seigneur le duc firent faire et délivrer dès le mois de juing mcccc vint-neuf à Jehanne la Pucelle, estant lors audit lieu d'Orléans : c'est assavoir ledit Luillier, pour deux aulnes de fine brucelle vermeille dont fut faicte ladite robe, viij escuz ; pour la doubleurs d'icelle ij escuz, et pour une aulne de vert perdu pour faire ladite huque, ij escuz d'or, et ledit Bourgois, pour la façon deschtes robes et huque, et pour satin blanc, sandal et autres estoifes, pour tout, ung escuz d'or ; si comme, etc. Et s'en tinrent à bien content, etc., quictes, etc. Fait le v^ jour d'aoust, l'an mil cccc et trente.
« Signé Cormier. »
Le Recueil que nous venons de citer nous offre encore, en d'autres passages, d'utiles renseignements, et voici l'indication que nous donne un excellent travail de M. Leroux de Lincy : « Antoine Dufour, confesseur et prédicateur de Louis XII et d'Anne de Bretagne, fut chargé par cette princesse de composer en français une histoire des femmes célèbres. Dans le manuscrit sur vélin, qui contient son ouvrage, chacune des notices est précédée d'une miniature représentant la personne à laquelle est consacrée la notice qui suit. La 91^ notice concerne Jeanne de Vaucouleurs. La miniature représente Jeanne d'Arc sur un cheval blanc, revêtue d'une armure toute dorée, et qui se rapporte complètement à l'indication d'une armure inscrite dans l'inventaire des vieilles armes conservées au château d'Amboise, du temps de Louis XII. Si l'on réfléchit que l'ouvrage d'Antoine Dufour a été composé
pour Anne de Bretagne, on comprendra comment le peintre a pu avoir à sa disposition l'armure qui était précieusement conservée dans le château d'Amboise. »
Parmi les pièces de l'équipement de Jeanne d'Arc, il en est une qui a principalement attiré l'attention des archéologues, nous voulons parler de son étendard. Sans aucun doute, Jeanne fut l'un des plus grands capitaines du moyen-âge ; elle devina la première les combinaisons de la guerre moderne ; elle médita savamment ses mouvements stratégiques ; mais sur le champ de bataille la tendresse de la femme semblait renaître sous l'armure du guerrier ; elle bravait la mort et ne la donnait pas, et combattait avec son étendard à la main. Ce glorieux étendard, qu'elle portait à la bataille de Patay, au siège de Reims, à l'attaque de Paris, était de satin blanc fleurdelysé. Elle y avait fait peindre le roi du ciel tenant la boule du monde ainsi que les noms sacrés de Jésus et de Marie.
Nous voici maintenant au seuil même de la société moderne. La découverte de l'Amérique apporte au luxe, au bien être, à la fortune publique, de nouveaux éléments de progrès. L'art se transforme et tend à se séculariser chaque jour davantage. Il cherche et trouve des formes nouvelles d'inspiration, et comme toujours, dans le sujet qui nous occupe, la révolution qui s'accomplit dans le costume, s'accomplit en même temps dans l'architecture et l'ameublement. La noblesse, qui jusqu'alors avait exclusivement vécu pour la guerre, commence à vivre pour les arts. Le caractère triste et sombre que le moyen-âge, ennemi du jour et du soleil, imprimait à ses constructions, tend de plus en plus à disparaître. Les forteresses féodales sont remplacées par d'élégants châteaux. On voit s'élever presqu'en même temps Madrid dans le bois de Boulogne, la Muette, Saint-Germain, Villers-Cotterets. Chantilly, Folanbrai, Nantouillet, Chambord. L'Italie, qui nous avait devancés dans les choses de l'art, nous donne ses plus grands artistes, Paul Ponce Trebati, Vignole, Benvenuto Cellini, qui trouvent bientôt quelques rivaux dans nos artistes indigènes.
La bourgeoisie des petites villes, la noblesse pauvre des campagnes, restèrent longtemps encore fidèles aux traditions du goût ancien ; mais dans les grands centres de population, dans la bourgeoisie des grandes villes d'industrie et de commerce, dans les rangs supérieurs de l'église, dans la noblesse qui approchait de la cour, et qui occupait les grandes charges, il y eut comme une rivalité de luxe et d'élégance. L'intérieur des appartements fut décoré d'arabesques et de dorures.
2ih SEIZIÈME SIÈCLE. — TAPISSERIES, CARROSSES.
Aux sièges massifs de l'ameublement gothique on substitua des chaises légères, dorées, et garnies de velours et de soie frangée; on suspendit des tableaux aux parois des salles; et les menuisiers, les décorateurs, qui jusqu'alors avaient travaillé d'après leur fantaisie et leur inspiration personnelle et les traditions de l'apprentissage, commencèrent à suivre des modèles savamment étudiés, et qui se propagèrent par le dessin. On voit, par les inventaires du seizième siècle, quelle était à cette date la richesse de certains ameublements. Le mobilier du maréchal de Saint-André, entre autres, faisait l'admiration des contemporains. « Pour les superbetez et belles parures de beaux meubles très rares et très exquis, dit Brantôme en parlant de ce maréchal, il a surpassé même ses rois... Et après sa mort on les a veu vendre à Paris aux encants, desquels on n'en peut jamais quasi voir la fm, tant ils durèrent. Entre autres, il y avoit une tente de tapisserie de la bataille de Farsale... qui se peut quasi parangonner à l'une de ces deux belles tentes du feu roy François... qui estoient hors de prix. 11 avoit aussi deux tapis velus tous d'or persien. »
Le cardinal d'Amboise était beaucoup plus riche encore. On peut en juger par l'indication de quelques-unes des tapisseries qui figuraient dans son ameublement :
« Une tapisserie avec l'image de Saint-George, sur drap d'or à bordure.
Un ciel de toile d'or où est l'image de Saint-Jean-Baptiste.
Une tapisserie de haute lice, faite de fil d'or et de soie, sur laquelle est une Annonciation ou d'autres images.
Une autre tapisserie de satin cramoisi, bordée de satin bleu, semée de fleurons d'or et d'argent et taz d'amour, à bordeure.
Une tapisserie où est le siège de Rhodes.
D'autres tentures de tafl'etas enrichies d'or.
Des tapisseries à personnages, bestes et oiseaux.
Des tapisseries à verdure, semées d'arbres.
L'une des nouveautés les plus importantes du seizième siècle, en fait d'objets de luxe, fut l'usage des carrosses, dont l'invention est attribuée à un archevêque de Milan, Héribert, qui vivait dans la première moitié du douzième siècle. Du temps de François I"", cette espèce de voitures était encore tellement rare, qu'on n'en comptait que deux à la cour. Ces carrosses ressemblaient à des coches avec de grandes portières de cuir. On les garnissait de rideaux pour les préserver du soleil ou de la pluie, et le maréchal de Bassompierre, sous Louis XIII, fut le premier qui les fit orner de glaces. Nous ferons remarquer, du reste, qu'antérieure-
SEIZIÈME SIÈCLE. — ÉTOFFES DE LUXE. 215 ment au xvi« siècle on vit quelquefois des voitures de ce genre figurer dans les cortèges royaux et les entrées solennelles, ainsi qu'il arriva en 1379, lors de l'entrée d'Isabeau de Bavière à Paris, mais ce fut là une exception assez rare pour être remarquée par les historiens.
Malgré les guerres civiles et religieuses, l'industrie, à l'époque qui nous occupe, progressa comme les arts. La fabrication des soieries à laquelle Louis XI avait donné, comme on l'a vu plus haut, la plus vive impulsion, fut grandement activée par la plupart des princes qui occupèrent, au xvi^ siècle, le trône de France. Ils favorisèrent l'établissement des grandes manufactures, et en agissant ainsi, ils avaient un double but ; ils voulaient employer à d'utiles travaux les pauvres dont le nombre augmentait chaque jour, et qui vivaient, ainsi que le dit un contemporain, d'aumônes et de rapines, ainsi que du revenu d'une prébende ; ils voulaient de plus, empêcher l'argent de sortir du royaume, le grand commerce étant tout entier aux mains des Italiens, des Castillans et des Flamands.
Les bas de soie, les toiles d'or et d'argent, importés par les étrangers ruinaient la France. Les Italiens nous vendaient, année moyenne, pour 800,000 écus de bas de soie. Les Génois seuls emportaient pour leur part 400,000 écus d'or par an. Ils accaparaient les laines du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné, pour les rapporter ensuite tissées et travaillées, et nous faire payer une main-d'œuvre considérable. Pour chaque 100,000 écus que les douanes donnaient au roi, il sortait dix millions du royaume, ce qui fit dire à un économiste du xvi^ siècle, Laffemas : « Qu'on pourroit comparer certains François aux sauvages plutôt qu'à des hommes de police, car comme ils donnent leurs richesses pour des sifflets et sonnettes, aussi les François reçoivent des babioles et marchandises estranges en échange de leurs trésors. » Le même écrivain dit encore que de son temps on n'aurait guère trouvé en France, en fait d'objets d'exportation, que des sacs à procès, des cartes et des dés, et cependant, ajoute-t-il avec tristesse : « Ce royaume est si bien constitué et pourveu de tout ce qui est nécessaire pour la vie de l'homme, et en telle abondance, qu'il se peut passer de tous ses voisins. »
Ces avis ne furent point perdus. Cet axiome de l'économiste Laffemas : La France peut se passer de ses voisins, devint la règle de conduite des rois en matière commerciale. Ils s'efforcèrent de naturaliser chez nous la fabrication des toiles de Hollande et des tapisseries de Flandres. Vers 1525, deux Génois, Turquetti et Nanis, introduisirent de grands perfectionnements dans l'industrie de la soie, et vers la fin du siècle, Henry IV propagea activement la culture du mûrier. Cet arbre précieux, déjà répandu dans le Midi, fut planté dans les bois et les jar-