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SEIZIÈME SIÈCLE. — LOIS SOMPTUAIRES

dins qui appartenaient au domaine de la couronne. Le conseil du commerce en envoya des plants, avec des experts instructeurs, sur tous les points du royaume, et on en cultiva jusque dans le jardin des Tuileries ; mais par une de ces contradictions qui se rencontrent si fréquemment sous l'ancienne monarchie, en même temps que l'on favorisait la production, on entravait la consommation par les lois somptuaires. Ces lois sont très nombreuses et très sévères au xvi^ siècle, mais comme elles furent souvent renouvelées, on a tout lieu de croire que la population ne se mettait guère en peine de les observer. Par un édit du 8 décembre 1543, François I*"" défendit à tous princes, seigneurs, gentilshommes et autres habitants du royaume, de quelque état et condition qu'ils fussent, excepté toutefois les enfants de France, de se vêtir de drap ou de toile d'or et d'argent. Il proscrivit aussi l'usage de ces précieux métaux sur les vêtements, soit en galons soit en broderies, à peine de 1 ,000 écus d'or. Cet édit fut renouvelé par Henri II, le 19 mai 1547; ce prince en étendit même les dispositions aux femmes, dont François l*'"' ne s'était pas occupé, et il n'établit d'exception que pour les princesses, les dames et les demoiselles nobles attachées au service de la reine. En 1549, parut un nouval édit plus détaillé que le premier. L'or et l'argent furent absolument interdits sur les vêtements, à l'exception toutefois des boutons d'orfèvrerie. Il en fut de même de la soie cramoisie, dont on réserva exclusivement l'usage aux princes et aux princesses. « Le velours, disent les autexirs du Dictionnaire de l'Histoire de France, fut interdit aux femmes des gens de justice, aux gens d'église et aux habitants des villes. Les pages ne purent être habillés que de drap orné d'une simple bande de broderie en soie ou en velours; enfin, il fut défendu aux artisans et gens de pareil état ou d'une condition inférieure, de porter des habillements de soie. »

Sur les remontrances des états-généraux tenus à Orléans, en 1560, Charles IX défendit à tous les habitants des villes du royaume d'avoir des dorures sur du plomb, du fer et du bois, et de se servir de parfums apportés des pays étrangers, à peine d'amende arbitraire et de confiscation des marchandises. De nouvelles ordonnances somptuaires furent promulguées en 1561, 1563, 1565, 1573, 1576, 1577, 1583. Le 13 novembre de cette dernière année, le prévôt de l'hôtel et ses archers arrêtèrent cinquante ou soixante jeunes femmes de bonne famille « Contrevenantes, dit l'Estoile, en habits et en bagues, à l'édit de réformation promulgué quelques mois auparavant » , et les conduisirent au Fort-Lé vesque, où elles passèrent la nuit. Henri IV, en 1601 et en 1606, promulgua de nouvelles ordonnances somptuaires, et l'on remarque dans ces ordonnances un passage singulier qui déroge à toutes les habitudes du passé, en ce qu'il autorise l'usage de certains objets

SEIZIÈME SIÈCLE. — LOIS SOMPTLAIRES. 217 de luxe dans des classes auxquelles ces objets avaient toujours été interdits, et qu'il les interdit au contraire dans celles où ils avaient jusqu'alors été généralement autorisés : « Nous faisons défense, dit Henri IV, à tous habitants de ce royaume de porter ni or ni argent sur les habits, excepté aux fdles de joie et aux filoux, à qui nous ne prenons pas assez d'intérêt pour nous inquiéter de leur conduite. » M. Dareste de La Chavanne remarque avec raison que les mesures somptuaires de Henri IV, furent prises à l'instigation de Sully : « Ce ministre, dit-il, dominé par ses préjugés mihtaires et par l'habitude d'une stricte économie, ne voyait dans l'industrie que le luxe, et dans le luxe qu'un instrument de volupté et de paresse pour les particuliers, de ruine pour l'État. Il croyait que le germe de paix qu'elle fait éclore est celui d'une paix oisive, et il ne connaissait pas d'autre activité que celle d'une pauvreté mâle. Il détermina donc par un édit le maximum de la dépense des personnes de toute qualité, en prenant pour base celle qu'elles étaient supposées faire au temps de Louis XI, et ce qu'il y a de curieux, c'est qu'il crut arrêter par là l'augmentation successive du prix des objets On sait, au reste, qu'il voulait empêcher l'ancienne noblesse d'être envahie par les hommes nouveau enrichis, et qu'il lui donnait dans ce but l'exemple de la simplicité et de l'épargne, « vêtu ordinairement, comme Péréfixe le représente, de drap gris, avec un pourpoint de satin ou taffetas, sans découpure, passement, ni broderie. » Il disait de ceux qu'il voyait richement habillés, qu'ils portaient leurs moulins et leurs bois de haute-futaie sur leur dos. » Le luxe, du reste, était arrivé au xvi^ siècle, à un degré menaçant pour la fortune des particuliers et pour la moralité publique. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans une brochure publiée en 1574 :

« Du temps de nos pères, on ne scavoit que c'estoit de mettre du marbre ny du porphyre aux cheminées, ny sur les portes des maisons, ny de dorer les poutres et les solives ; on n'achetoit point tant de riches et précieux meubles pour accompagner la maison ; on ne voyoit point tant de licts de drap d'or, de velours, de satin, de damas, ny tant de bordures exquises, ny tant de vaisselle d'or et d'argent. . . Geste abondance de vaisselle d'or et d'argent, et des chaînes, bagues et joyaux, draps de soie et bordures avec les passements d'or et d'argent, a fait le haussement du pris de l'or et de l'argent. La dissipation des draps d'or, d'argent, de soie et de laine, et des passements d'or, d'argent et de soie est très grande ; il n'y a chapeau, cape, manteau, collet, robbe, chausses, pourpoint, juppe, casaque, colletin, ny autre habit, qui ne soient couverts de l'un ou l'autre passement, ou doublés de toile d'or ou d'argent. Les gentilshommes ont tous or, argent, veloux, satin, taffetas ;

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