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SEIZIÈME SIÈCLE. — LES RÉFORMÉS

porté parfois dans les salles des banquets romains de la décadence. On comprend à quel degré d'avilissement le pouvoir devait tomber entre de telles mains, et l'on se demande comment la France a pu sortir forte et puissante des épreuves dissolvantes d'une pareille dégradation. Elle en est sortie, parce qu'il se rencontrait çà et là au milieu de la corruption générale quelques hommes de cœur, qui trouvaient dans leur foi cette force invincible qui sait défendre, même au prix de tous les dangers, les droits de la morale publique, et faire parler la vérité. En cette occasion, comme toujours au moyen âge, ce fut l'église qui protesta au nom de la conscience universelle. Un prédicateur que ses vertus et sa parole pleine de franchise avaient rendu très populaire à Paris, Maurice Poucet, tonna du haut de la chaire contre les profusions de la cour et du duc de Joyeuse, qui semblaient une insulte et un défi à la misère du peuple. Quelques jours après le sermon, le duc ayant rencontré dans la rue le hardi prédicateur, l'apostropha avec des paroles de colère et des gestes menaçants : — .l'ai fort ouï parler de vous, lui dit-il , et de ce que vous faites rire le peuple dans vos sermons. — C'est raison que je le fasse rire, puisque vous le faites tant pleurer pour les subsides et grandes dépenses de vos belles noces , répondit messirePoncet sans se troubler. — Le duc, qui s'apprêtait à le battre, retint son bras, et bien lui en prit, car le peuple s'amassait en murmurant, et Joyeuse eût peut-être payé de sa vie l'insulte qu'il voulait faire au prêtre.

Pendant le règne de Henri IV, le costume des hommes fut à peu de chose près ce qu'il était sous Charles IX et sous Henri III, tout en reprenant néanmoins un cachet plus sévère. Ce qu'il y avait d'efféminé dans la parure des mignons disparut complètement, et cette fois ce furent les protestants qui donnèrent le ton. Ils proscrivirent les couleurs éclatantes , portèrent des pourpoints sans baleine , et tirent descendre les trousses jusqu'aux genoux, tout en diminuant leur largeur. Les catholiques , en voyant leurs adversaires afficher cette simphcité , s'empressèrent de faire comme eux, et nous avons déjà parlé plus haut de la réforme qui s'accomplit à un certain moment, pendant la ligue, dans le costume des Parisiens. Ce retour vers des habitudes plus simples n'excluait point cependant l'élégance ; des rubans froncés ou plissés ornaient la partie inférieure du pourpoint ; les manches, réguhèrement crevassées, laissaient voir à travers leurs fentes une étoffe d'une autre couleur que celle dont elles étaient faites , et elles étaient garnies aux poignets de manchettes de moussehne ou de dentelle. On ajoutait à cet ensemble un petit manteau court en velours, doublé d'étoffe de soie.

Lorsque Henri IV eut pacifié le pays et ranimé la prospérité publique , on vit reparaître peu à peu , et surtout parmi l'ancienne noblesse , les vieilles habitudes

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