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SEIZIEME SIÈCLE. — HABITS DES FEMMES

de somptuosité. C'était à qui se ruinerait au plus vite, et l'on cherchait dans le jeu le moyen de suffire aux prodigalités les plus folles. Bassompierre nous apprend dans ses Mémoii^es qu'il parut un jour à la cour avec un habit de drap d'or, orné des palmes, et chargé d'une si grande quantité de perles qu'il y en avait au moins cinquante hvres pesant. Le prix de cet habit était de quatorze mille écus , dont sept cents pour la façon. Le tailleur, avant de se mettre à rou\Tage, avait demandé quatre mille écus d'arrhes, et Bassompierre était fort embarrassé pour les trouver, lorsqu'il fut invité le soir à souper chez le duc d'Épernon. On joua gros jeu ; Bassompierre , qui n'avait que sept cents écus, en gagna cinq mille, et le lendemain il donna au tailleur les arrhes que celui-ci demandait; les jours suivants il fut plus heureux encore; et après avoir payé son habit, il lui resta onze mille écus dont la moitié lui servit à acheter une épée enrichie de diamants. La ligue et la réforme, les guerres civiles et les guerres religieuses, on le voit par ces détails, n'avaient rien changé aux habitudes de la noblesse française , et elle gardait toujours cette aptitude à se ruiner que nous avons eu déjà l'occasion de signaler tant de fois.

Les modes italiennes, qui exercèrent sur le costume des hommes une si grande influence, réagirent également sur la toilette des femmes. Paris, qui jusqu'alors avait donné le ton, fut envahi par des coiffeurs, des tailleurs, des gantiers, des parfumeurs, des cordonniers vénitiens, lombards et florentins. Leur goût régna dans la cour de France en même temps que la poUtique de Machiavel ; et quand nos rois tiraient leur morale du Livre des Princes , leurs femmes et leurs maîtresses tiraient leurs mules de Venise et leurs robes de Milan. Au début même du xvi^ siècle, cette toilette ne manquait pas d'élégance. Un corsage ajusté à la taille et arrondi sur le devant aux deux extrémités dessinait la forme du buste ; les manches étaient ajustées au poignet, et les jupes larges et flottantes; mais à l'arrivée de Catherine de Médicis, on exagéra toutes les formes, par l'imitation outrée delà toilette exotique de cette princesse. Tout en resserrant la taille, on rembourra les hanches au moyen de tampons qu'on nomma vertugadins ou vertugalles, c'est-àdire, suivant quelques étymologistes aventureux : Gardiens de la vertu; on élargit considérablement le bas de la robe, qui se trouvait maintenue circulairement par des cerceaux de baleine. On élargit également la partie supérieure du buste ; le corps de la robe, tendu sur un corset de baleine, donnait à la poitrine une ampleur extraordinaire. Des manches, dont les immenses bourrelets allaient en diminuant par étages des épaules jusqu'au poignet , faisaient pressentir trois siècle à l'avance nos manches à gigots; la tête était pour ainsi dire encadrée dans une fraise immense

SEIZIÈME SIÈCLE. - HABITS DES FEMMES. 225 soutenue par des fils de fer qui se développaient en éventail; cette fraise, sous le règne de Henri IV, s'éleva par dessus la tète à plus d'un pied de hauteur.

Monteil, en décrivant cet accoutrement bizarre , remarque avec raison qu'd donnait aux femmes qui s'en trouvaient affublées la forme d'une horloge de sable , ou celle de deux cloches réunies par leur sommet. Toutes les ridicules exagérations des modes modernes depuis le xvii^ siècle jusqu'à nos jours, les paniers, les tournures postiches, les manches à gigots , les tailles comprimées jusqu'à déformer le buste, les fausses hanches, la crinoline, les volants, tout cela se retrouve sous d'autres noms dans la parure des femmes du xvi^ siècle ; pour que l'analogie fût plus grande encore , les dames du grand monde portaient des caleçons et des hauts-de-chausses brodés par le bas, et des jupons blancs empesés; mais elles avaient de plus que nos élégantes des robes à queues, et, suivant leur rang ou les provinces qu'elles habitaient, des masques ou des -voiles. Ces masques appelés loups furent surtout très répandus sous le règne de Henri III ; ils étaient ordinairement de velours noir doublé de satin blanc. On les garnissait à l'intérieur d'une petite chaînette au bout de laquelle était fixée une perle que l'on serrait entre les lèvres pour empêcher le masque de tomber. La queue des robes et des manteaux était exclusivement réservée aux personnes de haut rang, et elle s'allongeait en proportion de leur noblesse ; cet ornement, si toutefois c'en était un, se portait même à cheval. Ainsi, lors du sacre et du couronnement de la reine Élisabeth d'Autriche, en 1574, les princesses qui faisaient partie du cortège, et qui étaient montées sur des haquenées blanches, étaient suivies par des écuyers à pied qui marchaient derrière elles pour porter leurs queues. Ces queues avaient ordinairement de cinq à sept aunes de longueur; mais celle de la reine Élisabeth n'avait pas moins de vingt aunes, et c'est sans contredit l'une des plus longues dont il est parlé dans l'histoire (1).

Ce qu'il y avait de ridicule et de gênant dans toutes ces modes n'échappait point aux contemporains, et le passage suivant montre ce qu'en pensaient les gens raisonnables :

« Les robbes des femmes estoient amples et plissées, et les manches estoient si amples qu'un bouc eût bien entré dedans ; et une queue à leurs robbes qui estoit constamment longue de six pas, et assembloyent sous icelles, quand elles les traî-

(1) On trouve sur les monuments funèbres de Saint-Denis quelques effigies qui peuvent donner une idée exacte du costume des femmes au xyi» siècle, dans ce qu'il avait de plus élégant et de plus sévère, et sans aucune des exagérations ridicules dont nous venons de parler. Ces efflgies sont celles d'Anne de Bretagne et de Catherine de Médicis.

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