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SEIZIÈME SIÈCLE. — HABITS DES FEMMES

noyent par les grandes sales ou églises, force stercores ou crottes de chiens , poussières, fanges et autres saletez : ou si elles ne les laissoyent traîner quand elles estoient au bal, on leur attachoit cette inutile queue sur le cropion, avec un gros crochet de fer ou un bouton d'os ou d'ivoire, tellement que j'ay ouydire à de vieilles femmes qui avoyent esté de ce temps-là, et d'illustres maisons, qu'on en a veu qui ont esté suffoquées sous telles longues robbes à queue. Et davantage, futr-il hyver ou esté, il falloit par honneur les porter fourrées d'hermines ou de martres zubellines.

« Je ne veux ycy mettre en avant les vertugales pesantes entre lesdites longues robbes qu'elles portoyent, dont le devant estoit couvert de quelque drap de soye, d'or ou d'argent^ et le reste de gros canevat. Le soir, quand elles s'alloyent coucher , elles avoyent le jambes enflées à cause du faix qu'elles portoyent en ce temps-là (1). )>

La relation de l'entrée de la reine Éléonore à Bordeaux, le 3 juillet 1530, donne une idée assez exacte de la toilette de cette princesse, et l'on comprend sans peine qu'une femme surchargée de pareils ornements s'en soit trouvée comme accablée : « La royne.... estoit vestue à la mode espaignolle, ayant en sa teste une coiffe ou crespine de drap d'or frizé, faicte de papillons d'or, dedans laquelle estoient ses cheveux qui lui pendoient par derrière jusques aux talons, entortillez de rubbens; et avoit un bonnet de veloux cramoisy en la teste, couvert de pierreries où y avoit une plume blanche... Aux oreilles deladicte dame pendoient deux grosses pierres, grosses comme deux noix. Sa robbe estoit de veloux cramoisy, doublée de taff'etas blanc, bouffant aux manches au lieu de la chemise, les manches de la robbe couvertes de broderies d'or et d'argent. Sa cotte estoit de satin blanc à l'entour, couverte d'argent battu, avec force pierreries (2).

Nous avons vu plus haut, en parlant des jeunes gens à la mode, que le prédicateur Menot ne les ménageait pas. Nous retrouvons encore ici cet intrépide censeur des mœurs pubhques, déployant à l'égard des femmes la même sévérité de langage et la même verdeur de raison. Écoutons-le quand il prêche dans la ville de Tours : « L'orgueil et le luxe de la toilette, dit-il en s'adressant à la vieille cité, l'orgueil

(1) Louys Guyoïi, sieur de la Nauchc : Les Diverses Leçons , Lyon, 1626, t. ï, p. 237.

(2) Journal d'un Bourgeois de Paris, publié par Ludovic Lalanne, Paris, 1854, iu-8, p. 410-417. On 'remarquera que, dans un assez grand nombre d'entrées solennelles, les reines de France ne portent point la comonne, et que leur coiffure, sauf la richesse des ornements, est la même que celle des femmes de la noblesse. On trouve dans Fleiu'ange l'explication de ce fait : c'est qu'en vertu du cérémonial de l'ancienne monarchie, les reines ne pouvaient porter la couronne que quand elles avaient été sacrées à Saint-Denis.

SEIZIÈME SIÈCLE. — LES MAITRESSES DES ROIS. 227 prostitue tes filles. La femme d'ung cordoiianier porte une tunique comme une duchesse. » Il tonne contre toutes ces amorces perfides avec lesquelles Satan perd les filles d'Eve , contre les manches larges comme la bouche d'une bombarde, contre les queues de robe longues comme la queue d'un paon, et raides comme celle d'un cheval anglais (1). — « Le soin de votre parure, dit le prêcheur, ne vous laisse pas le temps, mesdames, d'arriver à l'office, et cependant de votre maison à l'église il n'y a que le ruisseau à traverser. Voilà bientôt neuf heures et vous êtes encore au lit. On auroit plutôt fait la litière d'une écurie où auroient couché quarante-quatre chevaux que d'attendre que toutes vos épingles soient mises. » — C'est surtout aux vieilles coquettes que Menot prodigue tous les sarcasmes de sa verve satirique ; quand il les voit se rembourrer et se farder pour n'arriver après tout qu'à déplaire à Dieu et aux hommes , il les compare au savetier qui frotte, retaUjne et agentit une foule de pièces, et qui ne fait que de mauvaise besogne, parce que le vieux ne peut jamais remplacer le neuf. Au milieu des formes triviales de son langage, le sermonnaire proclame de grandes et utiles vérités , de ces vérités qui ne vieillissent jamais, et depuis tantôt quatre siècles que le doigt de la mort a scellé ses lèvres, ses paroles n'ont rien perdu de leur à propos.

Nous n'insisterons point plus longtemps sur le détail du costume des femmes, car les renseignements abondent, et quand il s'agit des classes élevées delà société, ils se ressemblent tous. Ce ne sont partout que manteaux de velom\s à fleurs d'or, corsages brodés de perles, jupes de toile d'argent, îvaises en point coupé, espèce de dentelle qui fut indistinctement portée par les deux sexes, et qui jouit de la même vogue que le point d'Angleterre dans les âges postérieurs. Il semblait, comme le dit La Popelinière, que la noblesse portât ses revenus sur ses épaules. Tous les auteurs contemporains sont unanimes dans le témoignage qu'ils portent du luxe de leur temps. Brantôme, en parlant de Marguerite de Navarre, dit que les dames que l'on voit figurées sur les vieilles tapisseries des palais et des châteaux, ne sont que « bifferies, drôleries et grosseries, auprès des belles et superbes façons , coiffures, gentilles inventions et ornements de toutes les dames de la cour et de France, et que les déesses du temps passé et les empérières, comme nous le voyons par leurs médailles antiques, pompeusement accoustrées, ne paraissent que chambrières au prix d'elles (2). »

Le grand luxe des dames de la cour au xvi^ siècle pouvait tenir, nous le pensons,

(1) Sermones, foL XXXVI.

(2) Brantôme, cdit. de Leyde in-18, t. V, p. 2H et suiv.

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