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SEIZIÈME SIÈCLE. — COULEURS A LA MODE. — DEUIL

à une cause que personne jusqu'ici n'a' remarquée; nous voulons parler de l'influence exercée par les maîtresses en titre des rois, influence, quoi qu'on en ait dit, des plus déplorables. A dater d'Agnès Sorel, il se produit en effet dans notre histoire un fait tout à fait exceptionnel : l'adultère devient en quelque sorte pour nos princes une affaire d'étiquette , et le trône des reines s'abaisse devant le tabouret des courtisanes. Toutes les femmes que les caprices de la royauté, depuis le xv^ siècle jusqu'au xviii^, ont élevées au rang de favorites, ont toutes usé de leur crédit pour engloutir en objets de toilette et en ameublements somptueux les trésors de leurs amants couronnés. On en trouve la preuve dans le mobilier de madame de Pompadour, aussi bien que dans la garderobe de Gabrielle d'Estrées. Gabrielle, duchesse de Beaufort, étant morte dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, Henri IV fit inventorier ses effets de toilette ; cet inventaire est conservé aux archives de l'empire; on y trouve entre autres dix-neuf manteaux tous plus riches les uns que les autres , des cotillons de draps d'or de Turquie, des robes de satin couleur de pain bis, doublées de taffetas incarnat, et de nombreux habillements pour monter à cheval (1).

Pour les hommes comme pour les femmes la couleur des vêtements était extrêmement variée, et sous le règne de Henri IV, grâce aux progrès rapides des arts industriels, on vit les nuances changer à chaque instant. Agrippa d'Aubigné, dans le Baron de Fœneste, donne à ce sujet de curieuses indications. Voici les principales couleurs qui furent de mode en ce temps-là : « Bleu turquin, orangé, feuille morte, isabelle, zinzolin, couleur du roi, minime, triste amie, ventre de biche, amaranthe, nacarade, pensée, fleur de seigle, gris de lin, giùs d'été, pastel, espagnol malade, céladon, astrée, face grattée, couleur de rat, fleur de pêcher, fleur mourante, vert naissant, vert gai, vert brun, vert de mer, vert de pré, vert de gris, pain bis, etc. »

Pour compléter ce qui concerne les couleurs, nous ajouterons que c'est seulement à dater du xvi^' siècle que le noir a été exclusivement adopté pour le deuil , avec cette réserve toutefois que les rois gardaient toujours le violet pour leurs vêtements funèbres, et que les femmes pouvaient porter le blanc, pour leurs juppes et cotillons de dessous, que laissaient voir leurs robes fendues par devant, et le gris tanné, le violet et le bleu pour leurs bas. Il n'était point permis aux veuves, durant tout le temps de leur veuvage, de placer des pierreries sur leur tête et dans

(1) Cet inventaire a été publié par M. de Fréville, dans la BibiioUièque de l'École des Chartes, série, t. m, p. 138.

SEIZIÈME SIÈCLE. — LA BARBE ET LES CHEVEUX. 229 leurs cheveux, mais elles pouvaient en mettre à leurs doigts, à leur ceinture, à leur miroir, à leurs livres d'heures. Les têtes d3 mort peintes ou brodées sur les habits, les os en sautoir, les larmes d'argent étaient aussi regardés comme du meilleur goût, pour les hommes ainsi que pour les femmes (1). La reine Marguerite de Navarre, nous apprend, dans ses Mémoires, que Hemi III , à l'occasion de la mort de Marie de Clèves, dont il était l'amant, porta quelques jours un habit dont les aiguillettes et toutes les garnitures étaient couvertes de larmes, de têtes de mort et de brandons csteints. Les robes à pointes et les manteaux à queues étaient aussi d'étiquette pour le deuil, et alors on exagérait encore leurs dimensions. En 1559 , François II, à la mort de son père, prit une robe violette longue de plus de trente aunes, et à trois pointes, ainsi qu'un manteau dont les cinq queues étaient portées par des princes.

La révolution qui s'était opérée au moment de la renaissance dans la forme des vêtements, et même dans leur couleur, s'étendit à la barbe et aux che\^eux, c'est à dire que les hommes portèrent la barbe et les cheveux courts. Si l'on en croit Mézerai la cause première de ce changement serait un accident dont François I'^^'' fut la victime : « Ce prince, dit l'historien que nous venons de citer, étant à Romorantin le jour de la fête des Mages, comme il folâtrait, et que par jeu il attaquait avec des pelottes de neige le logis du comte de Saint-Pol, qui le défendait avec sa bande, il arriva malheureusement qu'un tison jeté par c[uelqiie étourdi l'atteignit à la tête, et le blessa grièvement, à cause de quoi il fallut couper les clieveax. Or, comme il avait le front fort beau, et que d'ailleurs les Suisses et les Italiens portaient les cheveux courts et la barbe grande, il trouva cette manière plus à son gré et la suivit. Son exemple fit recevoir cette mode à toute la France, qui l'a gardée jusqu'au règne de Louis XIII. »

Ici se placent plusieurs anecdotes c[ui montrent, une fois de plus , quel rôle les futilités ont à toutes les époques joué dans l'histoire, et combien les hommes sont

(1) Voir, siir les habits de deuil des femmes, Brantôme, Mémoires, édition de Leyde, 1766, t. VII, p. 136 et suiv. « Je n'aurois jamais fait, dit Brantôme, si je voulois spécifier toutes leurs méthodes

hypocrites et dissimulées dont elles usent pour monstrer leur deuil Aussi voyez toutes les vefves se

se remettre et retom-ner à leur première nature, reprendre lem's esprits...., songer au monde; au lieu de testes de mort qu'elles portaient ou peintes ou gravées, au lieu d'os de trespassez mis en croix, ou en lacs mortuaires; au lieu de larmes ou de jayet, ou d'or maillé ou en peinture, vous les voyez convertir en peinture de leurs maris, portées au col, accommodées partout de testes de mort et larmes peintes en chiffres, en petits lacs: bref, en petites gentillesses déguisées pourtant si gentiment, que les contempians pensent qu'elles les portent.... plus pom- le deuil de leurs maris que pour la mondanité Mais peu à peu s'émancipent, et puis tout à coup jettent le deuil et le froc de lem- grand voile

sur les orties. »

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