SEIZIÈME SIÈCLE. — PERSÉCUTION DES BARBES
disposés à se quereller et à s'agiter pour peu de chose. La mode des barbes longues, adoptée par François I<''', finit par devenir une affaire d'Etat. Le pape Jules II ayant imité le roi de France, les membres du clergé à leur tour imitèrent le pape; et le gouvernement vit dans les mentons barbus des ecclésiastiques une matière imposable. Le roi de France commença d'abord par soumettre ces mentons à une taxe très forte, et il obtint du souverain pontife un bref en vertu duquel tous les prêtres qui ne pouvaient acquitter cette taxe furent obligés de se raser. Les prélats, les abbés, les chanoines, tous ceux enfin qui disposaient d'un gros revenu ou de quelque grasse prébende , se hâtèrent de payer. Les curés et les vicaires de village, qui à toutes les époques de notre histoire ont été plus riches de vertus et d'abnégation que d'argent, se virent forcés de livrer leurs barbes au rasoir, et cette séparation du clergé en deux classes distinctes, occasionna plus tard, et longtemps après la mort de François P"", une foule de querelles tout aussi futiles que la querelle du Lutrin. Des jurisconsultes, des médecins, écrivirent de gros Traités pour prouver que le clergé tout entier avait droit de porter la barbe , que c'était une mode utile à la santé et qui n'avait rien de contraire à l'ancienne discipline. L'avis des jurisconsultes ne fut point celui de la cour de Rome ; le pape Paul III ordonna à tous les membres du clergé de se raser, et cette mesure extrême fut le signal d'une nouvelle agitation. Les gros bénéficiers qui tenaient à leur barbe parce qu'elle était l'un des insignes les plus apparents de leur dignité , la défendirent avec obstination , et l'on voit par le fait que nous allons citer l'importance que certaines personnes attachaient à cette question de toilette :
« Guillamne Duprat, fils du chancelier de ce nom, dit M. Alex. Lenoir, fut, en France, la première victime des barbes coupées. Comme il revenait du concile de Trente, où il s'était distingué, pour prendre possession de l'évêché de Clermont , dont il venait d'être pourvu, il se présenta à son église pour y faire l'office, et trouva les grilles du chœur fermées. Trois dignitaires du chapitre se présentent à lui; l'un armé d'un rasoir, l'autre d'une paire de ciseaux, et le troisième, sans dire mot , lui montre de l'index , dans le troisième livre des Statuts du chapitre, ces mots : lîarbis rasis. Duprat avait la plus belle barbe de la France; il ne fut point d'avis de la laisser couper; il voulut faire des remontrances, mais il ne lui fut répondu autre chose que : Barbis rasis , en accompagnant la voix du geste propre à la chose. Duprat prit la fuite en disant : Je sauve ma barbe et laisse mon évêché. — Cette aventure fit grand bruit à la cour; le clergé barbu et ceux qui avaient acheté le droit de porter la barbe en furent si scandalisés qu'ils sollicitèrent Henri II de prendre parti pour eux , ce qu'il fit. Cette complai-
sanceduroi dégénéra en abus. Antoine de Créquy, entre autres, nommé à l'évèché d'Amiens, en 1564, par Charles IX, ne fut point admis à prendre possession, à cause de sa barbe, qu'il portait fort longue. La guerre, pour ou contre la barbe, dura fort longtemps parmi les gens d'église, et sous Louis XIII on voyait encore des barbes dans le clergé, malgré les ordonnances de la Sorbonne, cpii avait déclaré que la barbe était un ornement ridicule et contraire à la modestie sacerdotale (1). »
Vers le milieu du xvi^ siècle les grandes barbes passèrent de mode dans la population civile. Sous Henri III les fashiomiables prirent la moustache en croc, et la barbiche en pointe ; et c'est , nous le pensons , de cette époque que date, pour l'une comme pour l'autre, l'usage de la cire. Mais la mode devait changer plusieurs fois encore, et les barbes longues reparurent sous Henri IV, sans être cependant généralement adoptées.
Il y eut également, dans la chevelure des femmes, des changements très nombreux : tantôt on releva les cheveux pour en former une pyramide qui s'élevait au sommet de la tête ; tantôt on les hssa en bandeaux plats sur le devant du front, en même temps que l'on réunissait les mèches en touffes derrière la tête , ou qu'on les laissait flotter sur les épaules ; tantôt encore on les frisa. Vers la fin du siècle l'usage de la poudre devint extrêmement fréquent, et l' Entoile nous apprend qu'en l'année 1593 on vit des religieuses frisées et poudrées se promener dans Paris. Les coiffures des femmes, à l'époque qui nous occupe, se distinguèrent , en général , par une grande élégance. On remarque parmi ces coiffures la coiffe plate à oreilles pendantes, avec une torsade à gland qui tombait sur le dos (2) ; le petit turban orné d'un réseau de perles; la coiffure en cheveux bouclés, avec nœuds de fleurs, de rubans ou de pierreries, le tout surmonté d'un panache; la toque noire à plume blanche, telle que la portait la reine Éléonore lors de son entrée à Toulouse, en 1533; enfin, la coiffure dite à la Ferrouière , consistant en un bandeau étroit qui enserrait le front, au milieu duquel il s'agraffait au moyen d'un fermoir orné de camées ou de pierres fines, et qui rappelait cet ornement de tête des femmes du midi, la benda, si souvent célébré par les troubadours.
La même variété existait dans la coiffure des hommes ; Louis XII reprit le mortier ; puis on vit paraître le chapeau de feutre ou le camail d'étoffe , et le bonnet
(1) Mus'e den Monumenls français, t. IV, p. G'J et suiv.
(2) On peut voir des modèles de cette coifTuie surleinagnifique mausolée de Louis XII à Saint-Denis, et sur la statue de Catherine de Médicis. — La coillure d'Anne de Bretagne est encore portée aujourd'hui par les paysaimes de Penhoet et de Labrcvack.