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SEIZIÈME SIÈCLE. — OFFICIERS ROYAUX

vit paraître pour la première fois la petite horloge portative connue sous le nom de montre. Les montres, on le sait, nous sont venues de l'Allemagne ; il en existait en 1 500 une fabrique dans la ville de Nuremberg ; elles avaient à l'origine la forme d'un œuf, et c'est pour cela que les premières furent désignées sous le nom à.' œufs de Nuremberg. L'usage des éventails fut aussi popularisé vers le même temps; le goût des artistes en fit un véritable bijou, et Brantôme parle, comme d'une chose magnifique, de l'éventail que la reine de Navarre donna pour ses étrennes à Marguerite de Lorraine, la femme de Henri IIL II était fait en nacre de perle, enrichi de pierres fines, et on l'estimait douze cents écus d'or.

Cette extrême bigarrure de vêtements qui distinguait les diverses classes , et que nous avons eu tant de fois déjà l'occasion de signaler dans le cours de ce travail, se retrouve encore au xvi^ siècle aussi tranchée que dans les âges précédents. A part quelques bourgeois des grandes villes comme Paris, Rouen et Lyon, qui étaient arrivés à la fortune par l'industrie, et qui suivaient les modes de la noblesse en dépit des ordonnances somptuaires, le tiers-état n'avait adopté ni les chausses étroites, ni les trousses bouffantes. Il conservait, dit M. de Vieilcastel, le justaucorps aisé, l'ancien manteau, les grègues lâches et le chapeau de feutre. Tandis que les grands seigneurs se distinguaient par les couleurs éclatantes de leurs vêtements, et qu'on en voyait même avec des chapeaux blancs, des habits de velours blanc et des bottes blanches, les bourgeois portaient des couleurs sombres, et principalement du noir. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, ceux qu'on appelait alors les officiers du roi, et qu'on appellerait aujourd'hui les fonctionnaires, étaient astreints à garder presque toujours le costume officiel de leur charge. Dans l'inventaire des biens du président Nicolaï, inventaire cité par Monteil, on trouve une robe de drap noir, un haut-de-chausses de satin noir, deux capuchons et une bonnette de velours noir; c'était là la tenue de ville. Les avocats avaient pareillement la robe noire et le chapeau fourré; les huissiers portaient à la ceinture l'épée, qui avait remplacé l'écritoire, et l'écusson de France; car par cela même qu'ils agissaient au nom du roi, ils se trouvaient sous la sauve-garde de ses armes. Dans les grandes solennités, le noir, pour les gens de loi, avocats, juges, huissiers et notaires, était remplacé par le rouge écarlate (1). Lors de l'entrée de Henri II dans Paris, en 1549, les maîtres des requêtes de l'hôtel paraissent en robes de velours noir, ainsi que les audienciers de France et les huissiers de la chancellerie; les laquais du chancelier, ainsi que les chauffecires, ont des robes de velours cramoisi ; ces derniers, ainsi que leur nom l'indique, étaient chargés de préparer la cire avec

(1) Godefroy, Cérémonial français, t. I, p. 879.

m SEIZIÈME SIÈCLE. — ÉCOLIERS DE PARIS,

laquelle le chancelier scellait les actes émanés de l'autorité royale. Les secrétaires d'État portaient le manteau de velours rouge; ce manteau, descendant jusqu'aux pieds, était fendu à droite dans toute sa longueur et retroussé à gauche par un cordon jusqu'au coude. Sous Henri IV, le chancelier avait le manteau et l'épitoge rouge rebrassé, dit Palma Cayet, et fourré d'hermines, de limbes de même, couvertes de passements d'or sur chaque épaule, et le mortier de drap d'or sur la tête. Ainsi, pour toutes les dignités et charges que nous venons d'énumérer, on trouve toujours le rouge et le noir. Nous ignorons le motif qui avait fait adopter de préférence ces deux nuances pour les fonctions de j udicature et de haute administration, mais il est remarquable qu'après tant de changements dans les institutions et dans les mœurs elles soient restées jusqu'à nos jours la couleur officielle de la magistrature.

Le noir faisait aussi partie intégrante du costume des savants , des médecins et des étudiants. Ces derniers , suivant les règlements de l'Université de Paris, devaient porter une robe noire serrée avec une ceinture et des chausses d'écarlate violet ou d'irisée rouge; mais ils ne se mettaient guère en peine des règlements ; ils ajoutaient à leur ceinture la dague ou l'épée, et comme le dit Montaigne en parlant des jeunes gens de son temps, «ils faisoient voir une desbauche au port de leurs vêtements ; un manteau en escharpe, la cape sur une espaule, un bas mal tendu, qui représente une fierté desdaigneuse et nonchalante de l'art. » Et pourquoi d'ailleurs les écoHers de Paris se seraient-ils soumis aux règlements quand leurs maîtres étaient les premiers à les violer, en ayant la barbe longue malgré la consigne qui portait barbis rasis ? Mais la barbe longue donnait un air mondain, un air de cour, et malgré le mérite de leurs savantes fonctions, les professeurs, cédant à une vanité qui chez nous date de loin, se crurent fort honorés de paraître ce qu'ils n'étaient pas, et défendirent leur menton contre le rasoir avec la même opiniâtreté que le clergé.

Nous n'entrerons point ici dans de plus longs détails sur le costume des diverses classes de la société au xvi« siècle. La route que nous avons parcourue est déjà bien longue, et nous craindrions, en insistant plus longtemps, de retomber dans des détails déjà connus. Nous pensons qu'il est plus intéressant pour nos lecteurs d'employer les quelques pages qui nous restent encore pour terminer cette introduction, en leur présentant d'abord une vue générale des variations du costume français dans le cours du xvii« et du xviii^ siècle, et en donnant ensuite, pour fixer les souvenirs, un résumé analytique du sujet que nous venons de traiter.

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