MAISONS ROMANES
« quefois construit en bois poli avec soin et orné de sculptures qui ne manquaient « pas d'élégance. Autour du principal corps de logis se trouvaient disposés, par « ordre, les logements des officiers du palais... D'autres maisons de moindre ap- « parence étaient occupées par un grand nombre de familles , qui exerçaient, « hommes ou femmes, toutes sortes de métiers. »
A côté des maisons de campagne, des métairies particulières et des métairies royales, vïllœ campestrcs, on trouve encore, dans les premiers temps de la monarchie française, des habitations entourées d'un fossé et d'une enceinte fortifiée et désignées sous le nom de castrum oucastellum, d'où sont venus les mots castel, châtel et château. C'était tout à la fois une demeure de luxe et une forteresse, et suivant la juste remarque de M. Guizot, ce fut surtout pendant l'anarchie qui éclata sous les derniers Carlovingiens qu'on vit s'élever ces sortes de demeures. Nous ajouterons que pendant la domination des deux premières races, la plupart des constructions étaient en bois ou du moins que le bois y entrait pour beaucoup. Les ponts et même les enceintes fortifiées des villes étaient en charpente, ce qui s'explique parla grande quantité de forêts qui couvraient la surface du pays. Ce système était peu dispendieux, mais il présentait de graves inconvénients à cause des incendies, et on fut contraint de le modifier, car on avait vu dans les invasions normandes la plupart des villes et des églises brûlées jusqu'au niveau du sol. Du reste, en ce qui touche l'architecture de cette époque, nous ne pouvons que répéter ici ce que nous avons déjà dit dans V Histoire du Costume, à savoir que la tradition latine de la Gaule impériale se continue dans la France chrétienne jusqu'au siècle. Vitruve sert de guide à Eginhard dans la reconstruction du palais d'Aix-la-Chapelle, et à la fin du vui" siècle, le dortoir de l'abbaye de Fontenelle est décoré de fresques et de mosaïques, comme les cubicula des maisons d'Herculanum . Il convient de remarquer encore cj[ue sous les deux premières races , les villes de quelque importance étaient encore assez rares, et que les campagnes étaient relativement plus peuplées ; mais les ravages impitoyables exercés par les Normands refoulèrent les populations dans les enceintes fortifiées, et c'est de cette époque que datent un grand nombre de nos villes. On a tout lieu de croire que dans les édifices de pierre bâtis durant cette période, on continua de placer, comme chez les Romains, des chaînes de briques dans les murailles.
Habitations du moyen- âge. — Nous ne possédons, sur les constructions civiles du siècle, que des renseignements fort incomplets. M. de Caumont pense qu'à cette date la plupart des maisons étaient construites en bois ; et l'on trouve dans
MAISONS DU TREIZIÈME SIÈCLE. 253 les œuvres d'un auteur contemporain, Réginon, un curieux passage qui confirme l'opinion du savant archéologue (1). 11 n'y avait guère que les châteaux-forts et quelques églises qui fussent en pierres. Dans les siècles suivants, c'est-à-dire durant la période désignée sous le nom de romane, on voit paraître les rez-de-chausssée voûtés. Les planchers des étages supérieurs sont soutenus par des arcades ou des colonnes, et c'est là que se trouvent les appartements qu'on appellerait aujourd'hui les appartements de maîtres. L'emploi de la pierre devient de plus en plus fréquent, et dans le midi de la France, au xii'' siècle et dans les deux siècles suivants, un grand nombre de maisons sont bâties entièrement en briques. Les murs épais et massifs sont percés de fenêtres étroites, à plein cintre, et souvent divisées en deux par une colonne centrale. Dans les édifices de quelque importance, il y a deux portes, à plein cintre comme les fenêtres, l'une pour les piétons, l'autre pour les voitures. Le premier étage est en général plus orné que le rez-de-chaussée ; l'ensemble ne manque ni de sévérité ni d'élégance. Dans les grandes habitations, les pièces de service et les cuisines sont séparées du logis des maîtres et s'y rehent par un couloir, élevé à la hauteur du premier étage. Le plein cintre étant à cette époque le type générateur de l'architecture, on le retrouve partout dans l'ornementation extérieure, et ce n'est que dans la seconde moitié du xii« siècle qu'on voit apparaître l'arc en ogive. Les toits à la même date sont couverts d'ardoises larges et épaisses, et ce genre de couverture est général dans le nord et l'ouest de la France.
Au xni^ siècle, les constructions civiles furent notablement améliorées, surtout dans les villes de commerce ; les bourgeois , enrichis par l'industrie , s'efforcèrent d'embellir leurs demeures et de les rendre plus commodes. Les maisons en pierres, domtis lapideœ, sont souvent mentionnées dans les chartes , mais le plus ordinairement on combinait la pierre avec la charpente : « On plaçait d'abord, dit M. de « Caumont, de grosses poutres qui s'élevaient perpendiculairement jusqu'à une « assez grande hauteur; puis on remplissait les intervalles par des murs de pierre, « de mortier et di plâtre, entrecoupés de traverses horizontales et plus souvent « diagonales, qui s'emboîtaient dans les pièces principales. » Les appartements étaient très hauts de plafond , et les caves très profondes. Elles n'avaient pas moins de seize à dix-huit pieds, et leurs voûtes en pierre étaient garnies d'arceaux dont les retombées se terminaient par divers ornements. Dans les pays vinicoles, où l'on amassait de grandes provisions de liquides pour les besoins du com-
(1) De la Querière, Description historique des maisons de Rouen, Paris, 1821, in-8, pag. 33.