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MAISONS DES PAYSANS

qu'action de guerre , et qui avaient planté leur drapeau sur les murs d'une viUe ennemie, qui pouvaient poser sur leur demeure des girouettes en forme de pennon ou de bannière.

Les crêtes et les épis s'élevaient comme une gracieuse dentelle de plomb au sommet des pignons et des combles. Ils s'appuyaient sur des fétissures du même métal, qu'on décorait de dorures et de peintures. Leur hauteur ordinaire variait entre 1 et 2 mètres; mais quelques-uns de ces ornements atteignirent jusqu'à 4 et 5 mètres, et ils rappelèrent ainsi, sur les bâtiments civils, les flèches des cathédrales. Tous les édifices notables en furent décorés aux xv^ et xvi^ siècles, et même au xvii^.

Par cela même qu'elles étaient exclusivement réservées à la noblesse, toutes les décorations dont nous venons de parler furent aussi adoptées parles bourgeois. Les seigneurs virent dans cette adoption une atteinte à leurs privilèges ; la royauté intervint pour remettre le tiers-état à sa place, et une ordonnance de Charles IX, interdit en 1 560, aux habitants non titrés des villes, l'emploi des ornements réservés aux classes privilégiées, et leur défendit de faire dorer les bois, les fers et les plombs qui ornaient leurs façades ou leurs toits. Il n'est pas besoin d'ajouter que les propriétaires titrés plaçaient leurs armoiries sur les parties les plus apparentes de leurs demeures, et le plus ordinairement au-dessus de la porte d'entrée.

Les Maisons des Paysans. — Les seules constructions durables, élevées au moyen âge en dehors des villes, étaient des constructions féodales. La maison de campagne, telle que nous la comprenons aujourd'hui, n'existait pas alors, et même elle ne pouvait pas exister, attendu qu'en venant résider dans les villages, les bourgeois auraient abdiqué leur bourgeoisie, et échangé leur liberté et les franchises communales contre les charges de toute nature auxquelles étaient soumis ceux qui résidaient sur des terres fieflées ; ces mêmes bourgeois trouvaient d'ailleurs, dans les enceintes fortifiées de leurs villes, une sécurité que les champs ne pouvaient leur offrir, et ils se gardaient bien de les quitter , pour aller , comme on le dirait de nos jours, se mettre, dans leur cottage, sous la pesante juridiction des seigneurs, ou s'exposer, en temps de guerre, aux attaques des bandes qui battaient la plaine. C'était le sol sur lequel on vivait qui décidait de la condition sociale, et chacun y restait attaché pour la vie. Il résulte de là qu'auprès du château il n'y avait dans les villages que de simples maisons de paysans , qui servaient tout à la fois pour l'habitation et l'exploitation rurale. Ces maisons se renouvelaient beaucoup plus souvent que dans les villes, d'abord parce qu'elles étaient moins solidement

JARDINS. 261 bâties et ensuite parce qu'elles avaient beaucoup plus à souffrir de la guerre, chaque invasion ne laissant sur son passage que des ruines fumantes.

Ce n'est que depuis quelques années que l'on commence à s'occuper des populations rurales ; leur histoire jusqu'à ce jour n'a été faite que par fragments, et il en résulte qu'on est généralement réduit à de vagues indications. On peut dire cependant, sans crainte d'erreur, que les maisons rurales étaient bâties, soit en torchis, soit en moellons grossièrement taillés et maçonnés avec de la terre grasse ou du sable, soit en cailloux, et qu'on les couvrait avec du chaume, des roseaux, de l'argile, ou de la tourbe dans certains pays de marécages (1). M. Léopold Delisle, que d'infatigables recherches ont profondément initié à la connaissance du moyen-âge, dit que la pénurie des renseignements ne permet pas de décrire la construction des différentes habitations des paysans, ni d'en dépeindre les différentes pièces , et il ajoute qu'en Normandie les hôtes (2) avaient des masures de quatre-vingts pieds carrés avec un jardin, et qu'on en trouvait d'autres de soixante pieds sur cent dix, de cent vingt pieds sur cent soixante; d'une demi-vergée et d'une vergée. « Il y avait, en outre, dit l'érudit que nous venons de citer, les maisons croisées sur lesquelles étaient fichées des croix de bois, pour indiquer qu'elles étaient tenues en pure et perpétuelle aumône, et qu'elles étaient complètement en dehors de la justice sécuhère » (3). On peut croire, du reste, que les maisons des paysans, telles que nous les voyons encore dans certaines parties de la France, et particulièrement dans la Picardie, sont restées avec leurs toits de chaume couverts de mousse, leurs parois en torchis, leurs étroites fenêtres et leurs grandes cheminées, ce qu'elles étaient il y a trois siècles. On voit même, par un passage des œuvres de Claude Fauchet, que, vers 1600, les maisons des paysans de la Bourgogne , que cet auteur compare aux huttes des Gaulois , n'avaient point de cheminées et « que le feu se faisait au milieu d'icelles (4). »

Les Jardins. — On sait quelle était la passion des Romains pour les jardins et pour les parcs, et l'on ne peut douter qu'après la conquête de la Gaule le goût de la vieille Italie pour ce genre d'agréments ne se soit propagé chez nous, mais nous n'avons à ce sujet que des renseignements fort peu explicites. La plus ancienne mention d'un jardin royal qui soit arrivée jusqu'à nous, se trouve dans Fortunat,

(1) Dareste de la Chavanne, Histoire des classes agricoles en France, Paris, 1834, in-8, p. 278.

(2) Hospites.

(3) Léopold Delisle, Études sur la condition de la classe agricole en Normandie, Évreux, 18ol, in-8.

(4) Œuvres de Cl. Fauchet, 1610, in-4, chap. \i.

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