JARDINS
qui parle en termes pompeux du jardin d'Ultrhogothe, femme de Childebert, roi de Paris. « On y voit, ditr-il, des gazons semés de fleurs, des roses, des vignes et des arbres fruitiers, que le roi a plantés lui-même, ce qui ajoute à la qualité de leurs fruits » . — Les jardins de Charlemagne, dit Legrand d'Aussy, n'étaient pas plus brillants que ceux d'Ulthrogothe. Ce n'étaient que de grands vergers, avec un potager dans lequel, pour dernier degré de magnificence, on plantait quelques fleurs. Ces fleurs étaient des lys, des roses, des pavots, du romarin, de l'anémone, du pouliot, de l'héliotrope et de l'iris. Quant aux arbres à fruits, Charlemagne exige qu'il y ait dans tous ses jardins des sorbiers, des aveliniers, des cognassiers, des néfliers, des amandiers, des figuiers, des pêchers, des mûriers, et diverses sortes de pruniers, de poiriers et des pommiers » (1). — Charlemagne, on le voit par ces détails, ne perdait point de vue les résultats positifs, et il en était de même dans les abbayes, dont les enclos possédaient souvent des potagers et des vergers d'un excellent rapport.
A partir de Charlemagne, les jardins d'agrément ne se montrent plus que dans le xrv<^ siècle, et c'est celui du Louvre qui en fournit le premier exemple. Acôté d'une pièce de vignes dont la récolte servait à faire du vin pour la table royale, on y voyait des tonnelles, des berceaux, des pavillons de verdure, qui le faisaient ressembler, suivant la remarque de Legrand d'Aussy, aux guinguettes des faubourgs. Ce fut Bernard Palissy qui, le premier en France, essaya de combiner les ressources de l'art et celles de la nature. Ce grand artiste ne se contenta plus des tonnelles et des berceaux de verdure. Il voulut ménager des surprises aux promeneurs, en groupant les arbres de manière à ouvrir, à travers les massifs, des perspectives inattendues: U fit des cascades, des grottes, des ruisseaux au fond desquels il plaçait des poissons en terre cuite émaillée, et fabriqués avec tant de perfection qu'ils semblaient des poissons véritables. 11 plaçait de même, dans les herbes et au pied des arbres, des grenouilles et des reptiles imités de la même manière; enfin il créait un art nouveau, en dehors de la tradition du moyen-âge, et qui faisait déjà pressentir ce qu'on nomme de nos jours les jardins anglais. Il ne paraît pas du reste que le genre adopté par Bernard Palissy ait joui de son temps d'une grande faveur ; car, au lieu de se rapprocher de la nature et d'imiter ses productions, comme le faisait cet homme célèbre, on semblait plutôt prendre à tâche de les défigurer. Bien loin de laisser les arbres s'épanouir avec la spontanéité de leur
(1) Histoire de la Vie privée des Français^ Paris, 1815, in-8, t. i, pag. 191, 192. — On peut consulter encore, au sujet des jardins, le même ouvrage, t. m, pag. 95 et 203.
ESCALIERS. 263 instinct, on les mutilait pour leur donner les formes les plus bizarres, et on les tailliaitde manière à figurer des animaux, des hommes, des églises et des navires. Les souvenirs classiques de l'antiquité se révélaient dans des labyrinthes de buis et d'arbres verts qui avaient la prétention d'imiter les labyrinthes de la fable.
Grâce à Dufresny, à La Quintinie et à Le Nôtre, l'art des jardins fit de grands progrès sous Louis XIV. On y fit pénétrer la symétrie majestueuse qui distingue toutes les productions du grand siècle. On les orna de bassins, de jets d'eau, de statues, de portiques, et leurs larges allées, leurs pelouses de gazons devinrent le théâtre des fêtes princières qui jusqu'alors avaient été renfermées dans les grandes salles des palais et des châteaux. On ne se contenta plus des arbres qui poussaient en pleine terre. On eut des forêts d'orangers qu'on transportait dans des caisses richement ornées, et quelquefois, même dans des caisses d'argent, partout où la galanterie fastueuse du roi voulait offrir à ses hôtes de la verdure et des fleurs. Cet arbuste aux doux parfums devint l'ornement obligé de toutes les réceptions. On en ornait, dans les jours solennels, la grande galerie de Versailles, et comme toujours, les nobles et les riches bourgeois s'empressèrent d'imiter le monarque. Les jardins sur lesquels étaient bâtis tous les grands hôtels de la capitale , ainsi que les riches châteaux des provinces, furent distriljués en petit sur le modèle de Versailles, et en parlant de l'un de ces châteaux, madame de Sévigné pouvait dire avec raison : « C'est le palais d'Armide... »
n. Détails accessoires des Constructions civiles.
Les Escaliers. — Dans les maisons du moyen-âge, les escahers se présentent partout avec le même caractère , soit dans les constructions en bois , soit dans les constructions en pierre. Us sont placés dans une cage ronde , dans une tourelle, et disposés en spirale, ce qui les a fait nommer escaliers à vis, et plus simplement encore la vis. Quelques marches de raccordement établies dans un couloir étroit donnent accès d'étage en étage aux pièces contiguës. De petites fenêtres, en manière de créneaux, s'ouvrent de distance en distance, et une corde placée près du noyau, aide à monter et à descendre. Dans les grandes habitations féodales, les marches sont en pierre de taille; dans quelques maisons bourgeoises, elles sont en briques soutenues par des traverses de bois, et dans d'autres en chêne massif. Au rez-de-chaussée, l'entrée de l'escalier est quelquefois fermée par une porte, et l'on en trouve encore d'autres sur le parcours à la hauteur des divers étages, ce qui s'exphque par ce fait que chaque étage, surtout dans les villes populeuses et com-