‹ Les arts somptuairesChapitre 60 sur 93 · PORTES, SERRURES, GRILLES · texte numérisé non relu

PORTES, SERRURES, GRILLES

mencèrent à s'affaiblir, et depuis lors elles allèrent toujours en se rétrécissant,

pour devenir ce qu'elles sont de nos jours, c'est-à-dire des constructions étriquées

et mesquines, autour desquelles deux ou trois personnes peuvent à grand'peine se

chauffer.

Quoique le bois eût été très-abondant, surtout dans le nord de la France, les cheminées, construites dans les vastes proportions dont nous venons de parler, en consommaient une telle quantité, qu'on dut nécessairement recourir à des moyens de chauffage plus économiques; aussi Tusage des chaufferettes était-il extrêmement répandu, ainsi que celui des poêles que nous voyons mentionnés au xiv*^ siècle, sous le nom de chauffe-doux. Endurcis à la fatigue par leurs habitudes militaires et nomades et leur vie de chasseurs , les nobles ne se tenaient guère enfermés (pie dans les plus mauvais jours de l'hiver, et par cela même les cheminées devenaient inutiles pendant une grande partie de l'année. Quand on avait cessé d'y faire du feu, on en bouchait l'ouverture avec un cadre garni d'une étoffe de tapisserie, ou bien encore on les décorait à l'intérieur de mousse ou de feuillages, et Brantôme nous apprend que de son temps cette dernière coutume était générale en France.

Les Portés, les Serrures et les Grilles. — Un archéologue éminent dont la mort prématurée a laissé dans la science un vide irréparable, et dont les conseils eussent été pour nous d'un si grand prix dans ce travail, Adolphe Duchalais, a dit que depuis la chute de l'empire romain jusqu'à la fin du xf siècle, on ne peut rien dire de précis sur la forme des portes dans les constructions civiles. Il ajoute que cependant on peut croire qu'elles ont été copiées sur l'architecture romaine et que les unes étaient carrées avec un fronton, les autres à plein cintre. A partir de cette époque, elles suivent toutes les variations de l'architecture, et elles passent du plein cintre à l'ogive, pour revenir plus tard à la forme ronde et carrée; mais, dans tous les cas, elles s'harmonisent toujours, sous le rapport de la décoration, avec l'ensemble des édifices, et elles sont très-shnples ou très-ornées, selon que ces édifices le sont eux-mêmes.

Les rez-de-chaussée, dans les maisons qui n'étaient point destinées à faire le commerce, étaient occupés par des celhers, des magasins pour les blés et 1ers fourrages; il en résultait que les portes sur les façades extérieures ne s'ouvraient qu'au premier étage, et alors on y arrivait par un perron. Ces perrons jouent un grand rôle dans le cérémonial des romans de chevalerie, car c'était là que les maîtres des demeures féodales allaient attendre les hôtes de distinction

PORTES, SERRURES, GRILLES. 267 auxquels ils voulaient faire les honneurs d'une réception solennelle. Selon le rang des personnes, on les recevait soit au haut, soit au bas du perron, et il est resté quelque chose de cet usage dans les mœurs modernes, car nous voyons encore quelquefois les princes ou les grands dignitaires attendre les grands personnages au pied des escahcrs d'honneur. Très-souvent aussi on tenait les plaids féodaux sur les perrons, et de plus les vassaux y venaient quelquefois faire acte de foi et d'hommage. Ces sortes de constructions se rencontrent très-fréquemment au xii*^ et au xiii^ siècle, et quoiqu'elles deviennent beaucoup moins communes dans les siècles suivants , ou en voit encore des exemples , au xiv*^ et au xv^*, dans les habitations de quelque importance. Le dessus des portes était garni d'une espèce d'auvent sculpté, et même quelquefois doré, comme on le voit dans la planche intitulée : Girart prend comjé du chevalier et de la dame. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il y avait ordinairement dans les grandes maisons deux portes à côté l'une de l'autre, l'une servant aux piétons, l'autre beaucoup plus grande, donnant passage aux cavahers et aux voitures. A cciié de cette dernière se trouvait un montoir, c'est-à-dire des gradins en pierre sur lesquels les cavaliers, hommes ou femmes, se plaçaient pour se mettre en selle, ce que rendaient nécessaire la forme et la hauteur des selles, et le poids des armures qui gênait les mouvements et ne permettait pas d'enfourcher la monture d'un seul élan, comme cela se fait de nos jours.

On sait avec quelle richesse de sculpture étaient ornées les portes des éghses, et combien la serrurerie en était magnifique. Ici comme toujours le luxe ecclésiastique servit de modèle au luxe séculier, et ce qui nous reste des serrures et des pentures de portes du moyen-àge et de la renaissance, prouve que ce qui dé nos jours n'est qu'un objet usuel était alors un véritable objet d'art. Le musée de Gluny et celui du Louvre en conservent de nombreux échantillons, et nous citerons particulièrement la serrure du Louvre 988, et celle du musée de Cluny n" 1602, La première, travaillée partie en ronde bosse, partie en bas-relief, représente Jésus (Crucifié, Madeleine embrassant le pied de la croix, et aux deux côtés saint Marc et saint Jean. La seconde, celle du musée de Cluny, provient du château d'Anet, bâti par Henri IL Elle représente un portique à deux colonnes d'ordre corinthien; le fronton est décoré d'une tête ailée au-dessous de laquelle on lit la devise de Henri II : Donec totum impleat orbem. Au centre se dessine l'écu du roi, entouré du collier de Saint-Michel, et surmonté de la couronne. Au-dessous, les chiffres du roi et de Diane de Poitiers. Près de chacune des colonnes du portique, on voit une ligure de femme tenant une épée et xme torche. De pareds chefs-d'œuvre sont sans

Page 1