FENÊTRES ET VITRES
ouvriers verriers, afin de garnir de vitrages l'église, le réfectoire et le cloitre de son abbaye. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ici encore l'ÉgKse donna l'exemple; car on a tout lieu de penser que dès le v« siècle, quelques [temples chrétiens étaient ornés de vitraux peints ; mais les plus anciens cpie l'on connaisse ne remontent pas au delà du xii*' siècle. On voit, du reste, dans la description que donne Suger de ceux qu'il avait fait placer à Saint-Denis, que ce genre d'ornements n'était point nouveau, et ce que dit le célèbre abbé de la peinture sur verre, montre que cet art était connu depuis longtemps.
« Au xiv^ siècle, dit M. Bourquelot (1), on confectionna des verrières de très-grande dimension; on utilisa cette peinture pour la décoration des palais royaux, des hôtels des seigneurs, des maisons des riches bourgeois , des hôtels de ville. » Sauvai nous apprend que toutes les fenôti'es des chapelles, des appartements de Charles V, au Louvre et « en l'hostel Saint-Pol, estoient remplies de vitres aussi hautes en couleur que celles de la Sainte -Chapelle , pleines d'images de saints et de saintes surmontées d'une espèce de dais, et assises dans une espèce de trône, le tout d'après les dessins de Jean Saint-Romain, fameux sculpteur de ce temps, que le monarque employait par préférence pour la décoration de son palais. » Cependant à cette date l'emploi des vitres peut encore être regardé comme tout à fait exceptionnel, et le plus souvent le verre est remplacé par des ensires de toile sirée, des rideaux d'étoffes, du parchemin ou tout simplement de petits treillis à claire-voie.
On appelait chambres verrées les chambres qui avaient des vitres, et verrières les fenêtres qui en étaient garnies. Ces fenêtres étaient munies extérieurement d'un treillage en bois, soit pour empêcher les enfants de les briser à coup de pierre, soit pour empêcher les femmes d'être vues par les passants. Quelquefois ces treillages étaient en fer, et alors les fenêtres prenaient le nom de fenêtres graignées de fer. Ce genre de garnitures était surtout en usage dans les châteaux forts, les échevinages et les cloîtres , ce qui donnait aux appartements un aspect très- sombre. Dans quelques-uns de ces édifices, tels par exemple que le manoir féodal de Châteauneuf (Haute-Vienne), l'épaisseur des murs était si grande qu'on disait communément qu'une table de seize personnes pouvait tenir à l'aise dans l'embrasure des baies.
De même que dans la plupart des édifices religieux, les vitres des maisons, particulières chez les riches étaient de diverses couleurs , et quelquefois aussi ,
(1) Patria. Peinture et Arts du dessin.