FAÇADES DES MAISONS
comme celles des églises, elles offraient ime l'ouïe de représentations figurées. Au xv*' siècle l'usage en devint beaucoup plus fréquent, mais à cette époque, au lieu de peindre entièrement lavitre, on se contenta d'y placer soit un encadrement d'arabesques, soit un médaillon en couleurs et la plus grande partie resta blanche. La renaissance, et surtout le grand artiste Jean Cousin, ayant fait faire à la peinture sur verre de nouveaux progrès, les vitres peintes devinrent l'un des ornements indispensables de toutes les grandes constructions civiles, des palais, des éclievinagcs, des châteaux, des hôtels; mais au xvu^' siècle, elles furent exclusivement remplacées par les vitres blanches, et l'on perdit même le secret de leur fabrication.
Les vitres du moyen-âge et de la Renaissance étaient maintenues par de légères tringles de fer ou par de petites bandes de plomb. Elles n'avaient guère plus de dix ou douze centimètres carrés, et souvent elles étaient disposées en losanges. Quant aux fenêtres, elles étaient peu nombreuses et ne présentaient, par rapport à la surface totale des bâtiments qu'elles éclairaient, qu'une ouverture relativement étroite. Aux xv^ et xv^' siècles, elles se composaient de quatre panneaux qui s'ouvraient à l'intérieur, et s'appliquaient, dans les maisons en charpente, sur des traverses disposées en forme de croix; c'est de là que nous vient le mot croisée. Dans les maisons de pierre, les fenêtres étaient partagées de même par des traverses dont les meneaux étaient sculptés. Du reste, ce n'est point au hasard, nous le pensons, que la forme de la fcroix était ainsi appliquée aux fenêtres des maisons particulières; quand l'image du Sauveur se trouvait partout dans les rues des villes et aux coins de tous les carrefours, il était naturel que les artisans qui bâtissaient les maisons fussent conduits par le simple et naïf instinct de leur piété à rappeler, dans certaines formes des constructions, la croix vénérée du Calvaire.
Toutes les fenêtres du moyen-âge ont des appuis qui sont en bois on en pierre, selon la nature des matériaux employés dans le reste de l'édifice, et ce n'est qu'au xvi'^ siècle que les barres en fer façonné se substituent aux appuis en pierre ou en bois.
Façades des maisons. — L'usage d'orner les façades de sculptures, de moulures et d'arabesques, remonte fort loin dans le moyen-âge. « Au xu*^ siècle, dit M. de Caumont, les ornements de l'architecture religieuse s'appliquent à l'architecture civile : ces ornements consistent en entrelacs, en zig-zags, en différents genres d'enroulements, en fruits et en trèfles. » M. Alex. Lenoir parle d'une maison de Paris, bâtie en 1200, démohe en 1802, et qui faisait le coin de la rue
FAÇADES DES MAISONS. 271 Saint-Honoré et de celle des Vieilles-Étuves. L'encoignure de cette maison était formée par im grand poteau sculpte représentant ime allégorie morale (1). Mais ce n'est guère que dans le xv*' siècle qu'on vit paraître cette ornementation qu'on pourrait appeler flamboyante, et ce luxe et cette complication de détails (pli forment un si grand contraste avec les constructions modernes. A cette date on voit dans les maisons de pierre les encadrements des portes et des fenêtres se décorer des feuillages les plus variés ; les ceps de vigne, les branches de houblon, les feuilles de choux, les chardons rampants, entrelacent leurs élégants festons, et les sculpteurs imitent la nature dans les caprices les plus variés des productions végétales ; les fenêtres se coiu-onnent de cordons portés par des cariatides, et les lucarnes des combles s'appuient sur des arcs-boutants festonnés. Dans les maisons de bois, c'est la même profusion d'ornements ; la séparation des étages est indiquée par des cordons sculptés ; des niches contenant des statues de saints sont adossées aux montants de la charpente, ou placées entre deux fenêtres ; cpielquefois même des carreaux de terre cuite vernissée recouvrent le plâtre ou le mortier qui remplit l'intervalle des pièces de charpente ; des têtes bizarres ornent les extrémités des poutres, et, malgré leur irrégularité, ces façades offrent souvent l'ensemble le plus gracieux et le plus pittoresque. Au moment de la renaissance , le goût des arabesques devient plus populaire encore , mais aux excentricités du moyen-âge succèdent les inspirations de l'antiquité ; les cariatides remplacent les mascarons grimaçants, et les traihtions tératologiques disparaissent en partie devant les souvenirs de la mythologie païenne. Germain Pillon, en sculptant les Grâces, marque l'avènement d'un art^nouveau; et depuis le palais jusqu'à la simple maison bourgeoise, c'est une splendide décoration d'arabesques, de festons et de bas-reliefs. Si l'on veut se faire une idée exacte de ce cpi'était à cette date une grande construction exécutée avec tout le luxe que comportait une fortune princière, on peut consulter, dans la collection des Documents inédits publiée par le gouvernement, le volume qui porte pour titre : Comptes et dépenses de la construction du château de (iaillon, par M. Deville (2), et l'atlas de ce même volume. Cette grande époque du \vi^ siècle fut du reste comme l'apogée de rornementation architecturale. Cet art, à la fois sévère et brillant, qui s'était développé avec tant de puissance au moment où la littérature et la langue commenç^ent à peine à se former, s'abaissa quand cette littérature prit son glorieux essor. Dès les premières années du xvn^ siècle, la sculpture dite de la Renais-
(1) Voir la description de cette allégorie dans le Musée des Monuments l'rançais, t. III, p. 27.
(2) Paris, 1850, in-4.