‹ Les arts somptuairesChapitre 68 sur 93 · PEINTURES MURALES · texte numérisé non relu

PEINTURES MURALES

habits armoriés, et dans le lointain on voit le château de la Barre, tel qu'il est figuré sur d'anciens dessins. Au haut de la portejFse déroule une procession dans laquelle se trouvent saint Nicolas, saint André, saint Jacques, et au-dessus des lambris sont peints des oiseaux symboliques avec des inscriptions qui expliquent l'allégorie.

Dans le premier compartiment, le pélican se déchire les flancs, et on lit les mots suivants :

Je suis d'une [divef) nature, Car je veul mourir pour les miens.

Vie leur rend par ma morsure, Ainsi fit Jesu Christ aux siens.

Dans le deuxième compartiment, le phénix sur un bûcher odorant renaît de ses cendres, et dit :

Seul je vis très-longuement , Et puis meurs par droit divin ; Vivre reviens hastivement.

Les bons auront joie sans fin.

Dans le troisième compartiment, l'aigle s'élance dans les cieux, et dit : De tous oyseaulx je suis le roy.

Voiler je puis en si haut lieu.

Que le soleil de près je voy.

Bienheurez sont ceux qui voient Dieu.

A droite de la fenêtre, on voit une colombe seule, posée sur les branches d'un arbre ; elle paraît être l'emblème de la vie retirée des cloîtres.

Un passage des ( Euvres royaulx, cité par Sauvai, nous apprend qu'en 1365,

|ier ce pertuis, car le soleil me fiert au visage. Celi vit que il ne pooit estouper le pcrtuis, se il n'issoit de la nef, de la nef issi. Tandis que il aloil le pei tuis estouper, le pié li failli et chei en l'yaue; et celle nef n'avoit point de barge de cautiers, car la nef estoit petite ; maintenant fu esloingnée cette nef. Nous ([ui estions en la nef le. roy, cuidions que ce feust une somme ou une bouticle pour ce que celi qui estoit cheu en l'yaue, ne metoit nul conseil en li. Une des galies le roy le cueilli et l'aporta en nostre nef, là où il conta comment ce li estoit avenu. Je li demandai comment ce estoit que il ne metoit conseil en li garantir, ne par noer, ne par autre manière. 11 me respondit que il n'estoit nul raestier ne l)esoingque il meist conseil en li, car sitôt comme il commença à cheoir, il se commenda à Nostrehamc et clic le soustint par les espaules dès que il cliéi, jusques à tant que l;i galie le roy le requeilli. i:n l'onneur de ce miracle je l'ait fet peindre à Joinville, en ma chapelle, et ès verrières de Blehccourt. »

(Joinvillc. Histoire de tainl Louis, Paris, 17fil, in-fol., p. 136.)

PEINTURES MURALES. 277 un peintre, François d'Orléans, décora l'hôtel de Saint-Paul, à Paris, de nombreuses et brillantes peintures représentant des bouquets de bois, parmi lesquels on voyait des oiseaux et des animaux de diverses espèces, poursuivis par des enfants cherchant à les attraper, ou s'amusant à cueillir des fruits et des fleurs. Les voûtes étaient peintes en bleu, avec des figures d'anges qui semblaient descendre du ciel, et soutenaient des tentures aux couleurs de la reine de France. L'histoire de Thésée et celle de l'héroïne Mathe-Jirune, figuraient aussi dans la décoration de ce même hôtel de Saint-Paul. Des travaux du même genre furent exécutés au château de Vaudreuil, par ordre du duc de Normandie, depuis Charles V, et confiés à un habile artiste qui peignit divers épisodes de la vie de Jules César, des chasses, des sujets pieux, et reçut pour son travail six cents florins d'or au mouton, équivalant à la somme de quinze mille six cent cinquante francs de notre monnaie (1).

Les sujets traités par la peinture murale étaient extrêmement variés. Outre les scènes empruntées aux traditions sacrées et aux romans de chevalerie, ces peintures représentaient les portraits des châtelains et des châtelaines, des oiseaux symboliques comme nous venons de le voir, des personnages allégoric[ues tenant à la main des rouleaux sur lesquels étaient écrites des sentences mystiques ou morales. Quel- ([uefois même le dessin disparaissait pour faire place à l'écriture. Les parois des demeures féodales ressemblaient alors aux pages d'un immense manuscrit, et ce n'était point seulement des sentences morales cpi'on y traçait, mais encore des ballades amoureuses et des cris de guerre. C'est ainsi qu'au xiii^ siècle, le comte Thibault de Champagne, « qui fist les plus mélodieuses chansons qui oncques toussent oyes, les fist escripre en sa salle à Provins et en celle de Troyes. »

Les plafonds étaient ornés dans le même goût que les parois. Sauvai, en parlant des anciennes maisons royales, cUt que les poutres portaient des fleurs de lys d'étain doré. Les solives étaient peintes à plat de diverses nuances, ou chargées de sculptures coloriées représentant des arabesques et des rosaces (2) ; les fonds étaient ordinairement d'azur, comme pour figurer la voûte du ciel, et il n'est point hors de propos de remarquer ici que ce mot voûte du ciel était pris à la lettre, car on croyait que l'infini qui s'étend au-dessus de nos têtes n'était rien autre

(1) Voir l'ordonnance de ce qui est à faire au chastcl du val de Rucil, du commandement de M. le duc de Normandie. Bibliothèque de l'École des chartes, t. IV, p. :;i4. Le devis de ces travaux poi-te quetoutes les peintures devront être exécutées de fines couleurs à l'huile, et ce document, dit la Bibliothèque de l'École des chartes , forme peut-être la seule preuve sans réplique de l'exécution de grands travaux de peinture à l'huile antérieurement à Jean van Eyck.

(2) Voir Montcil, Histoire des François des divers États, t. 1, p. 102.

Page 1