‹ Les arts somptuairesChapitre 72 sur 93 · MEUBLES · texte numérisé non relu

MEUBLES

comme on le dirait de nos jours, tout leur argent en vaisselle et en bijoux; hors de là ils ont à peine le strict nécessaire, et c'est un fait qui se trouve trèsnaïvement et très-nettement exprimé dans les miniatures d'un grand nombre de manuscrits, où l'on voit, comme dans le iîoma?i du très-chevalereux comte d'Artois, des personnages du plus haut rang assis sur des bancs de bois et des coffres, dans des appartements entièrement vides, qui n'ont d'autre ornement qu'un petit oiseau dans une cage et un écureuil dans un cylindre grillé qu'il fait tourner avec ses pattes. Le confortable, le luxe des meubles meublants, ne se montrent qu'aux approches du xvi" siècle, et c'est un point qu'il faut noter tout d'abord, car si l'on jugeait le passé d'après ceitains inventaires ou certains échantillons de nos musées, on pourrait croire que, sous le rapport de l'aisance et du bien-être, nous sommes bien au-dessous du moyen âge, tandis que c'est précisément le contraire qui est la vérité. La fortune publique se trouvant concentrée dans un très-petit nombre de mains, il n'y avait guère que les princes, la haute noblesse et les grands dignitaires ecclésiasticjues qui possédaient d'importantes richesses mobilières. La bourgeoisie, d'ailleurs, n'aurait pas pu se mettre à leur niveau, lors même qu'elle aurait eu des ressources suffisantes, attendu que les lois somptuaires maintenaient pour les meubles les mêmes distinctions c[ue pour les habits et la décoration des maisons, et c'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, qu'il y avait la vaisselle noble, qui était d'argent ou de vermeil, et la vaisselle roturière, qui était de terre ou d'étain. Quant à la noblesse elle-même, elle concentrait exclusivement son luxe sur certains objets, tels que des coffrets, de la vaisselle, des tapisseries, des harnais, et ce fait s'explique par l'habitude où l'on était au moyen âge d'emporter tout avec soi, même les serrures des appartements, quand on changeait momentanément de résidence.

Considérés sous le rapport de l'art, les meubles reproduisent, épocjue par époque, toutes les variations de l'architecture, style roman, style ogival, style de la renaissance; et c'est encore dans l'église, dans le mobilier qui garnissait le sanctuaire, ainsi que dans les formes des monuments religieux, qu'il faut cherdier les types générateurs du mobilier civil. Ceci posé, nous allons maintenant arriver aux détails en commençant par les objets qui servent aux premiers besoins de la vie (1).

(1) L'étude ai'chéologique de l'ameublement a été très en faveur dans ces dernières années, et on a recueilli de nombreux documents. Voici l'indication des publications les plus importantes qui ont été faites sur cette matière : Le Ménagier de Paris, 1844, 2 vol. in-8; c'est un traité d'économie dômes- ' tique qui date du xiv" siècle. — Le Dictionnaire latin, de Jean de Garlande, à la suite du volume inti-

IJAiULS, OLTIÎKS ET CITE H NE S. 287 Bauils, ouTiŒS ET CITERNES. — Les boniies gens du moyen âge étaient grands amateurs de vin et de bière, et ils apportaient une attention particulière à la bonne conservation des boissons. Les barils paraissent avoir remplacé de très-bonne heure, en France, les amphores romaines, et, selon toute apparence, l'usage en fût propage par les conquérants de race germanique. On sait, en effet, que parmi les Bourguignons qui s'établirent sur le sol de la Gaule, un grand nombre exerçaient la profession de tonnelier, et l'on voit dans la loi saliquc que, lorsc{u'il s'agissait de transférer un héritage, le nouveau propriétaire, en prenant possession, donnait un repas pendant lequel il faisait servir sur un tonneau un plat de viande hachée que les invités mangeaient devant témoins (1). Charlemagne, fidèle aux habitudes germaniques, ne voulait pas qu'on se servit dans ses fermes, pour conserver les boissons, d'autre chose que de barils, et, dans le capitulaire de Villis, il recommande de faire de solides barils c[ui soient cerclés en fer, bo)ios harridos, ferro ligalos.

tulé : Paris sous Philippe le licl, iu- i. — Compte de l'exéculion da teslaineiit de la reine Jeanne d'Évreiix, pièce curioiisi! et Uès iinpoilaiite pour le sujet qui uous occupe, publiée daus la Collection des meilleures dissertations relatives ii lliistoire de France. Paris, iS'-iS, iu-8, t. XIX, p. 120 et suiv. — Les ducs de HoarfjO(jnc, études sur , les lettres, les arts et l'industrie pcudaut le xv« siècle, par M. de Laborde, iu-8. — Louis et Charles d'Orléans, leur influence sur les arts, etc , d'après les documents 'originaux et les peintui'cs des manuscrits, par Aimé Chanipollion-Figeac. Paris, 184 '», in-8. — Inventaire des biens meubles trouves au cliàteau de Joinville en loOo, dans le Bulletin archéolo/jique du Comité des arts et m'^niunents, t. IV, u" 2, p. 102 et suiv. — Notice historique sur l'inventaire des biens meubles de Gabrielle d' Estrées, dans la Bibliothèque de L'école des Chartes, t. lil, u»; série, p. 1 18. — Dictionnaircraisonné da mobilier français, de l'époque carlovingicnne à la renaissance, par M. Viollet-le-Duc. Paris, 18oo, in-8. — yolice des émaux, bijoux el objets divers exposés dans les naleries du musée du Lowre, par M. de Laborde. Paris, 18."j3, 2 vol. in-18.— 11 ne faut pas oublier le Glossaire de Ducange, qui, pour ce sujet comme pour tout le reste, offre la source la plus abondante d'indications et d'explications. La nouvelle édition de ce livre impérissable publiée par MM. Didot, contient une table inétliodicjue des mots classés par ordre de sujets. Le mobilier occupe le n" 39 de cette table sous le titre suivant : Doniesticu siipellex.

Nous ajouterons que, dans les recherches dont le mobilier a été l'objet de notre temps même, on s'est exclusivement occupé des inventaires royaux et princiers, et qu'on a beaucoup trop négligé les gens de moyen état ; on peut cependant trouver de ce dernier côté une foide de documents précieux, et il sultit pour cela de chercher dans les testaments conservés en grand noird)re dans les archives des hôpitaux.

(i) Le tonneau dans la Loi saliquc est appelé bendas, et l'on a remarqué à ce sujet que bodcn, chez les Saxons et les Flamands, signifie une table ronde, sans doute par l'analogie qu'il y a entre les tables de ce gem'c et le fond d'un tonneau. Le baril, dans la basse latinité, se nonmie barridus, barillus, barile, et, dans le vieux français, barjus, comme on le voit par ce passage de Philippe Mouskes :

Kt puis li ont al vins tramis,

Deus barjus que d'Acre apportoient.

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