SALLES A MANGER
Détails du service de table. — Après avoir visité la cave et la cuisine, nous arrivons naturellement à la salle à manger; mais ici l'embarras commence, car nous nous trouvons en présence d'une telle profusion, d'une telle variété de pots, de plats, de vases, d'écuelles, qu'il est parfois fort difficile d'indiquer l'exacte destination de chaque objet, le nom qui lui convient. Nous devons donc dresser notre inventaire dans l'ordre le plus sévère, et faire en quelque sorte des lots séparés.
Nous allons nous occuper d'abord de la salle à manger; nous parlerons ensuite de la table et des sièges de table, et en dernier lieu des divers objets du service, tels que plats, assiettes, couteaux, vases, etc.
Salles a manger. — Dans les palais et les grandes habitations féodales, les salles à manger étaient ordinairement très-vastes. La table se trouvait placée au milieu de la pièce, en face du dressoir, espèce de buffet étagère, dont nous parlerons plus loin, et qui servait à placer la vaisselle d'apparat, qu'on nommait vaisselle de parement. Les murs étaient ornés de tapisseries; dans les jours de réception, on couvrait le parquet d'herbes odoriférantes, de jonc ou de paille; quelquefois même les convives portaient des couronnes ou chappels de rose, de pervenche et de violette, et, comme les anciens, ils ornaient de fleurs les vases qui décoraient la table. Nous avons eu déjà l'occasion de parler à diverses reprises des somptueux festins du moyen-âge, et, pour éviter les redites, nous nous bornerons ici à quelques indications générales.
Les dîners du bon vieux temps n'étaient point comme de nos jours, dans les classes polies de la société , une occasion de se réunir et de causer en dehors des heures consacrées aux affaires. C'était une véritable cérémonie d'apparat, et l'une des fêtes les plus recherchées de la vie civile. On se réunissait pour dîner, non seulement à l'occasion des mariages, des naissances et des baptêmes, mais encore, selon les diverses classes, à l'occasion des cérémonies chevaleresques ou rehgieuses, des enterrements, des anniversaires funèbres, des réceptions d'apprentis ou de maîtres ; dans quelques villes de commune on voit même les magistrats muncipaux aller se mettre à table, dans la grande salle des échevinages, quand ils viennent de prononcer un jugement capital, ou qu'ils ont assisté au supplice d'un malfaiteur. Les chroniqueurs nous ont conservé les menus de quelques-uns de ces festins, et l'on peut dire qu'ils étaient vraiment pantagruéliques. C'est ainsi que dans un repas donné en 1453, par le duc de Bourgogne, on voit se succéder différents services de quarante-quatre plats chacun.
TABLES, 291 Ce n'est point cependant l'abondance des mets qui distingue plus particulièrement les grands repas du moyen-âge de ceux de notre temps ; c'est surtout la manière dont se faisait le service chez les personnages de haut rang. Des espèces de trappes étaient pratiquées dans les plafonds de salles à manger, et des machines descendaient par ces trappes les plats et même la table entièrement garnie. Quelquefois aussi les différents services étaient apportés sur de petits chariots richement décorés et ornés d'armoiries, qu'on faisait marcher seuls par des moyens mécaniques dont la vue était dérobée aux convives. Tout ce qui pouvait distraire, égayer, étonner les assistants était mis en usage. Tantôt des ménestrels venaient chanter les chansons des Seigneurs Ancliiens, tantôt on jouait des mystères ou des farces j mais le plus ordinairement c'était par l' entremets que l'amphitryon ménageait des surprises à ses hôtes. On appelait ainsi un spectacle à machines que les princes et les gentilshommes faisaient figurer entre les différents mets, c'est-à-dire entre les différents services. Il en est surtout question à dater du xiv« siècle. En ' 1378, le roi de France, Charles V, pour faire honneur à son oncle, l'empereur Charles IV, lui donna un diner d'apparat, un entremets représentant la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon. L'historien Froissart, que ces sortes de divertissements paraissent avoir beaucoup frappé, parle avec admiration de l'entremets du Siège de Troie qui fut joué aux noces de Charles VI, en 1389, et de celui que le comte de Foix offrit aux ambassadeurs de Ladislas d'Autriche. On y vit paraître, entre autres merveilles, une montagne qui fut apportée dans la salle du festin par vingt-quatre personnages fort curieusement habillés. Des flancs de cette montagne coulaient des ruisseaux d'eau rose et d'eau musquée, et l'on en voyait sortir des lapins et des oiseaux ; puis vint un écuyer monté sur un cheval mécanique qui exécutait diverses évolutions; cet écuyer présenta aux convives un jardin de cire qui produisit tout-à-coup des fleurs. Il n'est pas besoin d'ajouter que de semblables divertissements étaient le privilège exclusif des personnages princiers.
Les Tables. — Un écrivain de l'antiquité, qui avait voyagé dans la Gaule, Posidonius, dit que les Celtes mangeaient sur des tables de bois fort basses autour desquelles ils s'asseyaient sur des bottes de foin. Il ajoute que dans les festins qui réunissaient un grand nombre de convives, la table était ronde ; que les convives se rangeaient tout autour, en laissant une place d'honneur à celui d'entre eux qui était le plus considéré à cause de son courage, de sa noblesse ou de sa fortune. La conquête romaine modifia ces usages. Les Gaulois apprirent de leurs vainqueurs à