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ÉCUELLES, ASSIETTES ET PLATS

siècles de la monarchie française, se trouvent dans une pièce de vers adressée par Forlunat à la reine Radegonde. Ce poëte, qu'on pourrait justement appeler le Dorât de la barbarie mérovingienne, nous apprend que dans les festins qu'il décrit chaque espèce do mets fut servie sur une vaisselle différente : la volaille sur des plats de verre, la viande sur des plats d'argent, les légumes sur des plats de marbre. Nous ignorons quelle était, à la même date, la vaisselle dont on usait habituellement dans les classes inférieures de la société gallo-franque. Nous savons seulement que l'usage delà chair de porc était alors extrêmement répandu, et qu'on la servait dans des plats nommés bacconiques (1). Pour trouver de plus amples détails, il faut se rapprocher des époques plus modernes. Un document de 1294 prouve que la vaisselle d'or et d'argent était assez commune chez les gens riches. Ce document est une ordonnance somptuaire, par laquelle Philippe le Bel défend à tous ceux de ses sujets cjui n'auraient point six mille livres tournois de rente, « d'user en leurs hosiiex, ne hors, des vesselements d'or ne d'argent, pour boire ne pour mangier. » Ordre est donné à ceux qui possèdent de ces sortes de richesses d'en porter le tiers à la Monnaie, et d'attendre, pour disposer des deux autres tiers, la décision du roi. Cette ordonnance avait surtout pour objet de mettre dans la circulation les métaux précieux qui se trouvaient immobilisés entre les mains des particuliers, et qui étaient devenus tellement rares, qu'il était difficile de s'en procurer en quantité suffisante pour la fabrication de la monnaie.

Les plats d'or, d'argent et de vermeil, sont très-nombreux dans les inventaires des maisons princières. Quant aux assiettes, qui ne reçurent cette dénomination que fort tard, elles sont désignées en latin sous le nom de rolwidurinm, et en français sous le nom (ïécueUe; il yen avait de carrées, comme on le voit parles comptes de la maison de Marie Stuart. Dans les riches familles elles étaient en or, en vermeil, en argent, en mojolica, sorte de faïence peinte qui se fabriquait en Italie. Chez les bourgeois elles étaient en étain, et en bois chez les paysans et les pauvres. Il est même fait mention de ces dernières dans le mobilier du roi d'Angleterre, Henri VIII. Ce prince dit, dans un règlement pour le service de sa maison, que la vaisselle d'étain étant d'un trop haut prix pour servir tous les jours, on aura soin d'entretenir proprement les assiettes de bois. La vaisselle d'étain, en effet, devint, comme la chaudronnerie de cuivre, un véritable objet d'art. Les bourgeois à qui lès édits somptuaires interdisaient les métaux précieux, reportaient de ce côté tout

(1) On croit que ce nom de bacconique dérive de l'ancien mot b.icon ou baccon, qui signiflait un porc gras. Voir l\ldni. rfj l'A adémic des insiriplions, {■"■^ série, t. XVH, p. 198.

COUTEAUX, FOURCHETTES, CUILLERS. 29 leur luxe; ils faisaient pour leurs plats d'élain, pour la sausserie du commun, comme on disait en vieux langage, ce que les nobles faisaient pour leurs assiettes et leurs plats d'or et d'argent; ils les exposaient sur des espèces d'étagères, nommées dressoirs, dont nous parlerons bientôt, et, pour les entretenir propres et brillants on les frottait avec de la craie, ce qui s'appelait craijer la vaisselle. Les gens d'église s'en servaient comme les bourgeois, et l'abbé cle Saint-Bertin, en 1567, n'avait pas moins de quatre-vingt-quatre plats d'étain dans sa cuisine. Les plats en cuivre émaillé orné de figures sont aussi mentionnés dans quelques inventaires et l'on y trouve des écuelles ou assiettes à soupe, indiquées sous le nom de bélutes. Ajoutons, pour compléter ces détails, que, même sur les tables les mieux servies, chaque personne n'avait point comme aujourd'hui son couvert particulier, mais que la même écuelle servait ordinairement pour deux convives.

Couteaux, fourchettes, cuilleiis. — Nous avons eu déjà, dans V Introduction générale, l'occasion de parler des couteaux de silex en usage chez les premiers habitants de la Gaule, et qui paraissent également avoir été employés aux époques primitives, par toutes les nations de l'Europe (1). Nous ignorons à quelle date les métaux remplacèrent le silex, et nous savons seulement qu'au temps de Posi. donius, les Gaulois portaient à la ceinture des couteaux de fer dont ils se servaient pour manger.

Cet usage de porter des couteaux à la ceinture parait avoir été également répandu chez les conquérants germains de la Gaule, car M. l'abbé Cochet en a trouvé un grand nombre dans les sépultures mérovingiennes.

Le dictionnaire de Jean de Garlande nous apprend qu'au xni*^ siècle les couteaux de table les plus usuels se nommaient mensaculw et artavi, en français kenivels, couteaux à coulisse dont la lame rentrait dans le manche au moyen d'un bouton glissant dans une rainure ; on pense que c'est de là qu'est venu le mot canif. 11 y avait des couteaux pour les différents services et même pour les différents mets : les mis pour la viande, les autres pour les fruits, d'autres pour couper le

(1) Ce sont des morceaux de silex effilés, étroits, légèrement renflés vers le milieu et tranchants des deux bords. Une des faces est parfois concave et l'autre convexe. Il est raie que les deiLX extrémités Unissent carrément; elles se tei'minent ordinairement par une pointe en ogive. On en rencontre qui sont si gi ossièremcnt ébauchés qu'on est exposé à les confondre avec les simples éclats de silex. Ils peuvent avoir été détachés tout d'une pièce des masses di; silex, où l'on remarque des facettes concaves. Les procédés employés pour cette opération ont dû être à peu près les mêmes que ceux auxquels on a rccoiu's pour la fabrication des pierres à fusil. (L'abbé Coublet.)

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