‹ Les arts somptuairesChapitre 80 sur 93 · DÉTAILS ACCESSOIRES DU SERVICE DE TABLE · texte numérisé non relu

DÉTAILS ACCESSOIRES DU SERVICE DE TABLE

chroniqueurs dans lesquels il en est parlé. Nous nous bornerons à dire que c'était l'un des produits les plus riches et les plus élégants de notre vieille orfèvrerie, qu'on lui donnait ordinairement la forme d'un château fort garai de divers personnages, et nous citerons, pour ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de connaître ce beau meuble en détail, la relation du voyage de Rubruquis en Tartarie. Pourquoi, nous dira-t-on peutr-être, citer la Tartarie à propos d'un ornement qui appartient à la France du moyen âge? Nous la citons, répondrons-nous, parce qu'on y trouve au xiii^ siècle l'un des plus curieux monuments de notre vieille industrie, à savoir une fontaine jaillissante qu'un orfèvre de Paris, Guillaume Boucher, avait fabriquée pour le grand Khan, une fontaine telle que nos rois eux-mêmes n'en possédèrent jamais de pareille, et dans laquelle il n'était pas entré moins de trois mille marcs d'argent. Cette fontaine représentait « un grand arbre d'argent au pied duquel étaient quatre lions, aussi d'argent, ayant chacun un canal d'où sortait du lait de jument. Les quatre réservoirs étaient cachés dans l'arbre, montant jusqu'au sommet, et de là s'écoulant en bas. Sur chacun de ces muids ou canaux il y avait des serpents dorés dont les queues venaient environner le corps de l'arbre ; de V\m de ces canaux coulait du vin , de l'autre du caracosmos, ou lait de jument purifié; du troisième, du bail ou boisson faite de miel; et du dernier, de la terracine faite de riz. Au pied de l'arbre, chaque boisson avait son vase d'argent pour la recevoir. Entre ces quatre canaux, tout au haut, était un ange d'argent tenant une trompette, et au-dessous de l'arljre il y avait un grand trou oîi un homme se pouvait cacher, avec un conduit assez large qui montait par le milieu de l'arbre jusqu'à l'ange. Guillamne y avait fait au commencement des soufflets pour faire sonner la trompette, mais cela ne donnait pas assez de vent (1). »

La nef, navis, qu'on appelait aussi vaissel et baquet, paraît avoir eu plusieurs destinations; dans quelques romans chevaleresques elle figure comme vase à boire; ailleurs, il semble qu'elle ait servi à faire rafraîchir le vin; enfin, et c'est là son usage le plus général, elle était destinée à contenir les menus objets du service de table, les couteaux, les cuillers, les salières, les vases, les épices. Sous Henri III, elle fut fermée à la clef, ce qui lui fit donner le nom de cadenas, qu'elle a gardé jusqu'au xviii^ siècle, époque à laquelle elle est encore mentionnée dans la vaisselle royale. Larief, par sa dimension, était l'un des objets les plus notables du service , et c'était aussi, par la matière et la fabrication, l'un des plus riches et ^ des plus précieux sous le rapport de l'art. Sa forme était celle d'un navire; Ch

({) Voyage de Guillaume Rubruquis. Paris, i830, in-8, p. 38*.

BANCS, CHAISES, FAUTEUILS ET AUTRES SIÈGES. 307 les V en poss('clait une en or garnie de balais, de saphirs et de perles, qui pesait huit marcs trois onces. A la poupe et à la proue, on voyait deux daupliins, et à l'intérieur deux singes tenant des avirons . Un autre singe était placé au haut du mât qui était d'or, avec des cordages de menues perles. Lorsque les villes voulaient faire aux rois de beaux présents d'orfèvrerie, elles leur donnaient ordinairement des nefs, témoin celle en or que la ville de Paris offrit au roi Jean, et qui ne pesait pas moins de cent vingt-cinq marcs (1).

Bancs, chaises, fauteuils et autres sièges. — r>éjà, sous les Mérovingiens, les lits de repos des Romains paraissent avoir été généralement remplacés par des bancs sur lesquels plusieurs personnes s'asseyaient à la fois, et que l'on couvrait de tapis. Durant la période carlovingienne, on trouve :

1" Des bancs carrés à escabeau et sans dossier, recouverts d'un coussin cylindrique, et destinés à une seule personne ;

2" Des bancs longs également à escabeau et de plus à dossier, destinés à plusieurs personnes, et recouverts de coussins aplatis. Ces derniers ont, arec nos divans modernes, une grande analogie, comme on peut le voir dans celle de nos planches qui représente saint Jérôme expliquanl l'Écriture Sainte à Pauïe et à Eustochie :

3" Des bancs à escabeau, à dossier et à bras pour une seule personne ; mais ceuxlà nous semblent être plutôt des trônes que des meubles usuels, parce qu'ils sont toujours occupés par des rois, comme on le voit encore dans les planches où figurent Charles le Chauve et l'empereur Lothaire.

Autant que l'on peut en juger par les peintures des manuscrits, les sièges dont nous venons de parler étaient lourds et massifs, et leur décoration consistait dans l'application de certaines couleurs plus ou moins brillantes, disposées par bandes ou par compartiments, ainsi que dans des dorures et des incrustations.

Jusqu'au siècle, le banc reste le plus usuel de tous les meubles sur lesquels

{{) Pour tout ce qui concerne le service de table, on peut consulter particulièrement le curieux traité d'économie domestique, composé au xiV siècle, et puldié par M. Piclion, sous le titre de : le Ménagier de Paris, 1844, 2 vol. in-8. On trouvera des représentations de dais de table, de dressoirs et de buffets, dans le beau manuscrit de Renaud de Monlauban, lîibl. de l'Arsenal, B. L F 244, t. II; fol. 148, 218; T. 111, fol. 193; t. IV, fol. 13a, IGl, i;i4, 244; damh Miroir Ityslorial, liib. impériale, n« 6731, T. I,fol. 76, 228, 331 ; t. II, fol. 132. — Le Renaud de Monlauban ollre, t. II, fol, 148, la représentation de musiciens, placés sur une estrade, qui exécutent un concert dans une salle où se donne un dîner de cérémonie.

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