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BANCS, CHAISES, FAUTEUILS ET AUTRES SIÈGES

on s'assied ou on se repose. Dans les appartements, il est en général placé contre la muraille ; il occupe, sur l'un des côtés, toute la longueur d'une paroi, et une famille peut s'y tenir à l'aise ; mais dès que le premier souffle de la renaissance se fait sentir, le banc se modifie comme tout le reste. A cette date, dans les maisons riches, chez les princes et les seigneurs, il diminue sans cesse de longueur; on le raccourcit pour le rendre plus maniable et moins encombrant : au lieu de le faire pour dix, quinze ou vingt personnes, on ne le fait plus que pour trois et pour deux ; on le réduit aux proportions d'une causeuse, et bientôt on voit paraître, comme meuble ordinaire, la chaise à une seule place, qui jusqu'alors avait été considérée comme siège d'honneur. Les longs bancs, ainsi que ceux à deux et à quatre places, ne furent point délaissés pour cela ; on continua de s'en servir dans les réceptions nombreuses, même au xvii'' siècle, et ils restèrent longtemps l'une des pièces les plus importantes du mobilier des bourgeois, comme on le voit par ces vers :

Banc à dossier pour le repos.

Qui soustiens les rains et le dos.

Banc faict à petits marmouzets.

Banc du plus beau bois des forests.

Qui donnes un labeur nuysant

Pour te faire bien reluysant.

Et es froté en si grand peine.

Que les gens en sont hors d'alaine, etc.

Les bancs étaient, comme tous les autres meubles, décalqués sur l'architecture religieuse. Les uns, sans pieds et sans appuis, sont de véritables coffres ; les autres, avec montants, traverses ou dossiers à colonnades, offrent, suivant les époques, le type romain et le type ogival, et c'est surtout à partir du xiv^ siècle que leur ornementation se comphque, pour s'épanouir avec toute sa richesse dans la première moitié du siècle suivant (1).

La chaise, en vieux français chaire, chaière et katjelle, était entièrement distincte du banc, et de plus, elle emportait, pour ceux qui s'en servaient, l'idée d'autorité, de suprématie. Elle était réservée, dans les maison féodales, au châtelain ; dans les

(!•) On voit par une ordonnance de 1467, qu'à cette date on fabriquait à Paris des bancs sculptés et à colonnes, qui avaient dix pieds de long. Le chamais et l'archiban, qui sont mentionnés dans nos vieux écrivains et nos inventaires, étaient, le premier, un banc où s'asseyaient plusiem's personnes; le second, un banc à dossier qui servait de siège d'honneur. 11 y avait aussi des bancs demi-circulaires qui servaient pour se placer autour des tables qui avaient cette forme.

BANCS, CHAISES, FAUTEUILS ET AUTRES SIÈGES. 309 maisons bourgeoises, au chef de la famille (1), comme si dans ce monde du moyen âge, où l'inégalité était partout, les formes hiérarcliiques devaient être observées jusque dans la manière de s'asseoir. La forme des chaises, comme la matière dont elles étaient faites, changeait sans cesse, et par cela même que c'était un siège d'honneur et d'apparat, on les incrustait d'or, d'ivoire, de marqueterie. Les unes étaient en bois, d'autres en métal. A Limoges, au xiii^ siècle, on en fabriquait en cuivre émaillé. Il y en avait de rondes et de carrées; les unes avec des bras, et une simple traverse par derrière, les autres avec un dossier plein et circulaire, d'autres encore avec un dossier à jour. Au xiii*' siècle les montants sont en bois tourné et les pieds reposent sur des supports qui offrent les mêmes représentations d'animaux que l'arcliitecture. Au xv^, les dossiers prennent une hauteur beaucoup plus considérable, et ils deviennent aux vi^ de véritables chefs-d'œuvre de sculpture sur bois. Enfin, pendant le règne de Louis XIV, la chaise haute et monumentale du moyen âge est remplacée par des sièges bas, nommés tabourets eiplacets. Jusqu'à la renaissance, les étoffes dont on recouvrait les chaises n'étaient point attachées au bois, mais seulement posées dessus comme des housses qu'on retirait à volonté, et ce n'est guère qu'à partir du règne de François I*""" que ces étoffes se fixent avec des clous. Quelques-unes sont de la plus grande richesse; on trouve dans le nombre du drap d'or, des tapisseries à personnages, des velours, des étoiîes de soie unies et brochées; quant aux chaises garnies de paille, il parait qu'elles remontent au xiv^ siècle.

Le faudesteuil, qui est mentionné dans les anciens in\entaires royaux, nous parait avoir été surtout un siège d'honneur destiné aux grands personnages, et même une espèce de trône (2). Dans un compte de la cour de France, de l'année 1355, on trouve un faudesteuil de cristal et d'argent, garni de pierreries. Il nous semble, du reste, assez difficile d'établir la différence qui pouvait exister entre la chaise et le faudesteuil, car les deux noms s'appliquent souvent à des meubles à peu près identiques, et il arrive même quelquefois que le même siège est appelé chaise, fauteuil et même banc, témoin le beau fauteuil de la reine Mar-

(1) Il reste encore quelques traces de cette distinction dans les populations rurales de certaines partics de la France. Le maître de la maison a sa grande chaise qui lui est particulièrement réservée.

(2) Nous rappellerons, à ce propos, que le siège, sur lequel le roi siégeait au Parlement, se nommait lit- de- justice. « Cinq coussins formaient le siège de ce lit; le roi était assis sm- l'un, un autre tenait lieu de dossier, deux autres servaient comme de bras et soutenaient les coudes du monarque; le cinquième était sous ses pieds. Charles V renouvela cet ornement. Louis XII le fit refaire à neuf, et il paraît qu'il a subsisté jusqu'à la révolution de 1789. » {Coll. Leber, t.VI, p. 378 ctsuiv.)

guérite qui, à partir de Charles V, prend le nom de vieil banc de monseigneur sainct Loys.

Outre les meubles que nous venons d'énumérer, nous indiquerons encore, parmi les sièges les plus usuels, les tresteaulx ployants, les chaises ployantes, les formes, les selettes, les chaises à atorner sur lesquelles on se plaçait pour se faire coiffer. Nous ajouterons qu'au xiii® siècle, les voyages en terre sainte contribuèrent, pendant quelque temps, à propager les habitudes orientales, et qu'on s'assit par terre, comme les Sarrasins, sur des coussins, des tapis et des nattes. Mais cette mode ne paraît pas avoir duré longtemps.

Les Lits. — Ce meuble, oii les hommes passent la moitié de leur vie, où ils naissent et où ils meurent, a été, à toutes les époques, l'objet d'un soin particulier, et. sauf quelques détails de forme, il est toujours resté à peu près le même. A Rome, après la conquête de l'Asie, on vit paraître des lits dont les pieds étaient d'or, d'ivoire ou d'argent massif. Ces lits étaient fort élevés; on y montait à l'aide d'un gradin; mais il ne paraît point qu'ils aient eu de rideaux, et c'est là ce qui les distingue principalement de nos lits modernes; car, pour tout le reste, ils étaient à peu près disposés comme les nôtres, et ils avaient, comme eux, des matelats de laine et de plume. Il est hors de doute que la forme romaine s'est conservée dans les Gaules après la conquête, mais nous ne connaissons point de détails précis à ce sujet.

On voit par un passage du célèbre capitulaire : de Viliis, qu'à l'époque de Charlemagne on se servait de lits de plumes, et l'on sait, en outre, que sous les deux premières races, il y avait à la cour des o fficiers désignés sous le nom de cubiculaires, qui étaient chargés de faire le lit royal et de le soigner, ce qui indique que cette partie de l'ameublement, chez les princes d'origine franque, était regardéecomme très-importante. Les fonctions de cubicnlaire furent remplies, sous Childebert, par Éberon ; sous Chilpéric I«f , par Faraulfe ; sous Charlemagne, par Reginfred, et sous Charles le Chauve, par Rothberne.

La forme des lits était tantôt celle d'un carré long, tantôt celle d'un carré parfait; ils étaient ordinairement très-larges, surtout dans les châteaux, où quelquesuns ne portaient pas moins de douze pieds, ce qui s'explique par l'habitude qu'avaient les nobles de faire coucher avec eux leurs hôtes et leurs compagnons d'armes, en signe de fraternité chevaleresque, et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que leurs femmes et môme leurs chiens y couchaient en^même temps. Adm.ettre quelqu'un daiis son lit était la plus grande marque de confiance et d'alTec-

tion qu'on pût lui donner, et l'on sait que François I^"", pour témoigner son estime à l'amiral Bonnivet, lui fit souvent partager sa couche .

Les détails accessoires du lit proprement dit, ainsi que l'ornementation, étaient des plus variés, et, par détails accessoires, il faut entendre le ciel, les supports du ciel, les pieds, etc. Au xii" siècle et au xiu«, ainsi qu'aux époques postérieures, on trouve beaucoup de lits dont le ciel, en forme de dôme ou de toit angulaire, est soutenu par quatre colonnes, et couvre la couche dans toute son étendue ; d'autres fois ce ciel, maintenu par des barres de fer ou de bois fixées, soit dans le plafond, soit dans la muraille, ne s'avance qu'à mi-corps et forme un petit baldaquin qui semble suspendu en l'air. Quelques lits ont, du côté de la tète, un dossier en bois fort élevé qui se réunit au ciel, mais le plus ordinairement le dossier ne dépasse pas la hauteur des coussins. D'autres n'ont ni ciel ni dossier, et présentent aux quatre angles, soit de petites colonnettes surmontées de pommes ou de flammes, soit de petits clochetons sculptés. On en trouve même qui sont flanqués de tours comme des forteresses ; d'autres, au-dessus desquels s'élèvent des statues d'anges ou de saints. Les parois latérales sont tantôt à compartiments unis ou sculptés, tantôt à colonnettes. Les pieds sont ordinairement posés sur des nattes plus grandes que la couche elle-même, et qui s'avancent dans la chambre de manière à servir de tapis; quelquefois ces pieds sont garnis de roulettes, comme on le voit dans un dessin du xiV siècle qui orne le roman intitulé le Chevaleureux comte d'Artois. Les grands lits, ceux qui avaient dix ou douze pieds, et qu'on nommait couches, étaient élevés sur des gradins ; ceux qui n'avaient que six pieds, et qu'on nommait couchettes, étaient posés sur le parquet. On y montait à l'aide d'un escabeau, suppedanus, sur lequel on se plaçait pour se déshabiller. Il y avait en outre des lits de sangles portatifs qu'on appelait bodets, et des hts pour faire la sieste, différents de ceux où l'on dormait, et qui n'étaient que des divans à coussins.

Les matelats, les traversins, les draps, les oreillers ressemblaient, par leur forme, à ceux dont nous nous servons aujourd'hui. Ces garnitures de lit sont désignées, en latin, sous le nom de lectaria, en français sous celui de queute à court. Les matelats de dessous, chez les personnes riches du xiv® siècle, étaient rembourrés de coton et couverts de satin; ceux de dessus étaient garnis de plumes. L'oreiller, pulvinar, auriculare, portait quelquefois aux cpiatre coins des houppes pendantes. On trouve même dans les inventaires royaux des oreillers brodés de perles et ornés de boutons émaillés ou ciselés, en or et en argent (1).

(1) Il existe un exemple d'oreiller à houppes à3ins\& Renatul de Momtahan, de la bibliothèque de l'Arsenal, no 244, B. L.F., t. III, fol, 55.

Le drap de dessus, en toile très-blanche, paraissait sur la moitié du lit, en se repliant comme aujourd'hui par-dessus la couverture, laquelle était ordinairement rayée, à larges bandes blanches et bleues, et, dans tous les cas, toujours de la même couleur que les rideaux et les tentures. Outre la couverture proprement dite, il y avait le couvre-pieds nommé fora/e, et le capex on capetiim, espèce de petit coussin fourré, qu'on plaçait entre les draps pour tenir les pieds chauds. Quant aux draps, qu'on nommait linceux (1), et aux autres linges qui entraient dans la garniture du lit, on les parfumait avec des eaux de senteur, et cet usage s'est maintenu très-longtemps, car il est mentionné dans un fabliau du xui^ siècle, et dans une pièce de vers du xvi*'. Dans le fabhau, un aubergiste invite un voyageur à loger dans son hôtellerie, et lui dit pour l'engager, qu'il a un lit à la française, bien garni de bonne paille et de plumes, avec un oreiller parfumé à l'essence de violette et à l'eau de rose. Dans les vers du xvi^ siècle, le poëte adresse au ht cette apostrophe :

Lict de plume tant bonne et fine ,

Lict d'un coustil blanc comme ung cygne......

Lict dont les draps (comme on demande)

Sentent la rose et la lavande

Lict d'honneur plein de toute soye.

Beau lict encourtiné de soye

Pom* musser la clarté qui nuict

Lict soustenu en une couche Ouvrée de menuiserie.

D'images et de marquéterie

Lict beneit de la main du prebtre, etc

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que toutes ces délicatesses étaient uniquement à l'usage des personnes riches. Les ouvriers et les paysans couchaient sur des nattes, et se couvraient avec des peaux ou de grossières étoffes de laine; il en était de même des moines. Encore, pour quelques-uns de ces derniers, la natte était-elle considérée comme un objet de luxe, et c'est pourquoi, lorsqu'ils tombaient malades et qu'ils touchaient au moment suprême, on les portait dans l'éghse et on les étendait par terre sur un cilice ou un ht de cendres, en vertu de

(1) De là le nom de linceul donné à l'étoffe dans laquelle on enveloppe les morts avant de les mettre dans le cercueU. Le linceul est à proprement parler un drap délit, et ce sont effectivement les draps de lit qui servent à ce triste usage.

LES LITS. 313 ce précepte mystique : Filins Christi non débet 7nigrare de vita, nisi in cinere et cilicio.

De belles tentures et des rideaux appelés courtines ajoutaient encore à l'élégance du lit. Ces courtines, très-amples, et sous lesquelles on abritait pendant la nuit les enfants au berceau, étaient attachées, comme nos rideaux, à des anneaux glissant sur des tringles, ce qui est exprimé par cette phrase dans un inventaire de 1485 : « Courtines à annelets pour courre toutes deux joindans ensemble (1). » Tantôt ces rideaux tombaient de toute pièce jusqu'à terre et enfermaient le lit de tous côtés; tantôt on les relevait pour former une draperie, et, dans ce cas, le côté où se placent les pieds des personnes couchées restait à découvert. Toutes les tentures, rideaux, ciels de lit, couvre-pieds, étaient ordinairement de la même couleur, et l'ensemble de ces décorations formait ce qu'on appelait la chambre , la partie étant prise pour le tout (2). Dans les miniatures des xiv^ et xv^ siècles, on remarque à droite et à gauche des ciels de lits, du côté des pieds, des espèces de sacoches suspendues, de la même étoffe et de la même couleur que le reste de la chambre, et nous pensons que ces sacoches pouvaient servir à placer quelquesuns des vêtements que l'on quittait avant de se coucher. Quant aux alcôves, qui sont d'origine espagnole, elles ont été introduites en France par la marquise de Rambouillet, et elles ont paru pour la première fois dans cette chambre bleue, tant de fois célébrée dans les lettres de Voiture, et qui tirait son nom d'un ameublement de velours bleu rehaussé d'or et d'argent dont la marquise l'avait fait décorer (3). Il est encore une remarque que nous ne devons point oublier ici, c'est que les personnages couchés dans des lits, dont la représentation est très-fréquente au xiV siècle et au xv«, sont toujours figurés sans chemises, du moins dans la partie supérieure du corps qui n'est point placée sous la couverture. Mais on voit, par d'autres dessins où sont des personnages sortant du lit, que la partie inférieure du tronc et le haut des cuisses étaient cachés par des caleçons blancs, entièrement semblables à nos caleçons de bains. Il serait difficile, en effet, qu'on eût

(1) M. de Laborde, Glossaire, II» part., page 132.

(2) Dans l'inventaire des meubles du cardinal d'Amboise, il est parlé d'un « lit à ciel sans dossier, de cuir doré, dont les pentes sont de toile d'or, doublez de taffetas jaidne, avec franges de fil d'or. » On voit, par le même inventaire, que les tentures qui garnissaient la ruelle, étaient ornées de blasons et d'images de saints en broderies. Gabrielle d'Estrées avait garni son château de Monceaux de dix-neuf riches lits, dont quatorze pour l'hiver et cinq pour l'été. Ils valaient environ quatre à cinq cents écus pièce, et ils étaient couverts de satin, de damas, de velours, de toile d'argent et de poinl-coupé .

(3) Sauvai, Antiquités de Paris, t. Il, p. 201. — Tallemant des Réaux, chap. xcv.

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