‹ Les arts somptuairesChapitre 83 sur 93 · MIROIRS · texte numérisé non relu

MIROIRS

Miroirs. — Puisque nous venons de nommer les miroirs, et que nous parlons de la toilette, dont ils sont l'un des principaux instruments, nous croyons devoir résumer ici les détails les plus importants qui les concernent.

L'usage des miroirs, on le sait, était très-répandu chez les Romains. Non-seulement ils en plaçaient dans leurs appartements, mais encore ils en ornaient leurs vases à boire et leurs plats, ce qui fit domier à ces plats le nom de specillatœ patinœ. Quoiqu'on ait dit et répété dans bien des livres que les anciens se servaient uniquement de miroirs en métal, il est hors de doute qu'ils connaissaient aussi les miroirs de verre, et ce fait est positivement attesté par Pline (1), qui nous apprend que les premiers miroirs de ce genre qui parurent en ItaUe sortaient des verreries de Sidon; mais, par mallieur, Pline ne nous dit point par quel procédé on obtenait la réflexion des objets : si c'était par l'apphcation, derrière le verre, d'une plaque de métal poli, ou par l'étamage comme de nos jours. Il est fort possible, du reste, que ce dernier procédé ait été connu des anciens, et qu'il se soit perdu, avec tant d'autres, au milieu de la barbarie qui suivit la chute de l'empire, pour reparaître ensuite, à la distance de plusieurs siècles, comme une découverte nouvelle.

L'incertitude et la confusion qui régnent au sujet des miroirs romains se reproduisent au sujet des miroirs du moyen âge ; mais voici, selon nous, ce qu'il y a de plus probable : jusqu'au xiii^ siècle il n'existe rien autre chose que des miroirs en métal poli; à cette époque on commence à se servir de miroirs de verre, qu'on double avec une plaque de plomb ou d'étain, et cette invention parut assez remarquable pour qu'un moine anglais, John Pekam, qui était tout à la fois }>rofesseur à Paris, à Oxford et à Londres, écrivît à ce sujet un traité d'optique. Enfin le miroir de verre étamé à l'aide d'un alliage de mercure et d'étain, ne se montre qu'au xv^ siècle, sans que l'ancien miroir, fait ou doublé de métal, cesse pour cela d'être en usage, comme on le voit par ces vers qui datent du siècle suivant :

Miroir de cristal précieux , (jui tant es doux, et gracieux....

Miroir d'acier bien esclarcy....

Miroir de verre bien bruny (2), D'une riche chose garni , etc

(1) Hist. naf., lib. XXXVI. c. XXVl.

(2) C'est-à-dire poli. Ce mot s'est conservé dans la langue des arts technologiques. Brunir l'or signifie le polir.

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