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COFFRES, BAHUTS, ARMOIRES, CABINETS

Jusqu'à la renaissance, les miroirs restèrent fort petits, et c'était plutôt des bijoux que des meubles (1). Les uns, enfermés dans de petites boîtes, se portaient dans les poches; les autres avaient des manches et on les tenait à la main. Ces miroirs portatifs, très-richement garnis, étaient encadrés dans des ivoires sculptés, dans l'or, l'argent ou les bois les plus précieux. Ils figuraient dans le trousseau des jeunes mariées, comme l'une des pièces les plus riches de leur dot mobilière, et dans le boudoir des femmes qui vivaient de la vie mondaine et galante, comme l'un des plus riches présents des chevaliers qu'elles tenaient dans leur servage. Gabrielle d'Estrées en possédait un grand en jaspe, « où était gravé un ISarcis, garni de diamants et rubis autour, avec pendans d'or et les chiffres du roy esmaillez de gris. » Quant aux miroirs qui étaient fixés à demeure dans les appartements, on les couvrait quelquefois de volets nommés fermants; mais ce n'est que dans le XVI*' siècle qu'on voit paraître les grandes glaces qui sont, sans aucun doute, l'un des plus beaux ornements des habitations modernes.

COFFRES, BAHUTS, ARMOIRES, CABINETS. — Nous veuons de visiter successivemeut la cave, la cuisine, la salle à manger, la chambre à coucher et le cabinet de toilette, et nous connaissons les meubles et les ustensiles qui sont particuliers à chacune de ces pièces. Nous allons nous occuper maintenant de ceux qui servaient à serrer les habits, le linge, la vaisselle, tout ce qui tenait, comme on eût dit au moyen âge, au service du corps humain. Ici encore nous rencontrons une confusion extrême, et, pour nous reconnaître dans ce pèle-mêle, nous sommes forcé de procéder avec la rigueur méthodique d'un tabellion qui dresse un inventaire.

Nous avons déjà dit que les bonnes gens du moyen âge, nobles ou vilains, avaient l'habitude d'emporter avec eux la partie la plus précieuse de leur mobilier : les nobles, quand ils allaient de la ville à la campagne ou de la campagne à la ville; les vilams, quand ils entreprenaient quelque voyage. Toute cette partie transportable de l'avoir meuble se nommait hcujhe, d'où est venu le mot bagage, et on la plaçait dans des coffres, pour pouvoir l'emmener avec soi, comme on emmène aujourd'hui les malles et les valises. Le coffre, que nous trouvons mentionné dès le xi^ siècle sous le nom de coffriim, n'était donc, à proprement parler,

fl) On a tout lieu de croire cependant que l'usage en était très-répandu, et ce qui vient à l'appui de cette opinion , c'est le nom de miroir, spéculum, donné à des livres qui jouissaient d'une grande popularité, tels que le Spéculum humant Salvationis, le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais. Les auteuis n'am-aient certainement pas appliqué ce mot à leurs œuvres, si l'objet qu'il désignait n'avait pas été tout à fait usuel.

COFFRES, BAHUTS, ARMOIRES, CABINETS. 317 dans l'origine, qu'une caisse d'emballage; mais, comme on ne voyageait pas toujours, on lui donnait, quand on restait chez soi, une destination nouvelle en le faisant servir de meuble de repos, et en s'asseyant dessus comme sur un banc. 11 était garni de bandes de fer, de serrures et de fortes pentures, et s'ouvrait en dessus comme nos malles. Il y avait des coffres peints ou dorés, d'autres qui étaient couverts de cuir gaufiré, ou de cuir rouge, noir ou blanc. On appelait coffres en queue d'aronde, ceux qui étaient faits en forme de cercueil, étroits par un bout et larges par l'autre.

Le bahut paraît n'avoir été qu'une variété du coffre, et, quoi qu'en aient dit quelques archéologues, nous sommes porté à croire que les deux noms ont quelquefois été appliqués au même objet. Ce meuble, qui est appelé bahudiim dans la basse latinité, et bahut, dans la langue du xni^ siècle, tire son nom, suivant Ducange et Ménage, du mot allemand behuten, qui veut dire conserver. Il s'ouvrait en dessus comme le coffre, et servait comme lui de maUe dans les voyages, et de siège dans les appartements. Les chevaux employés à le porter se nommaient c/ievaux bahutiers (1). Au xiv^ siècle il se modifia sensiblement. De meuble voyageur qu'il était, il devint meuble casanier, et s'adosssa, monté sur quatre supports, aux parois des appartements.

La huche s'ouvrait en dessus comme le coffre et le bahut ; mais elle en différait en ce qu'elle avait souvent un dossier et un dais, et qu'elle restait à demeure. Dans les campagnes ou chez les gens de moyen état, elle servait à mettre le pain et les provisions de bouche; chez les gros marchands et les gens riches, elle servait de coffre-fort. L'usage et le nom de la huche se sont conservés dans quelques provinces de la France.

L'armoire, armarium, amaire, almaire, est un meuble d'origine ecclésiastique. Elle servait à placer les vases sacrés, et, par cela même qu'elle faisait partie des objets à l'usage du culte, elle était très-richement travaillée et ornée, soit par la polychromie, soit par la sculpture, et quelquefois par les deux réunies. L'armoire du moyen âge, comme celle de nos jours, se fermait avec des portes à deux battants. L'intérieur en était partagé par des planches étagées les unes au-dessus des

(1) Ces chevaux sont très-souvent figurés dans les miniatures des manuscrits, et principalement dans celles qui ornent les romans chevaleresques. Le bahut est placé à droite et à gauche du cheval comme sui- une espèce de crochet ; quelquefois, quand il est de petite dimension, il est mis en manière de valise sur le den-ière de la selle. C'est un coffre noir, à couvercle hombé; il est garni de pentures de fer indiquées par une trace blanche. On en trouve un joli spécimen dans le Renaud de Monlauban de l'Arsenal, t. I, fol. 315.

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