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DRESSOIRS, BUFFETS

autres, et qui servaient surtout à ranger les habits, le linge et les fourrures. Quelques armoires, dans leur partie inférieure, étaient garnies d'un banc. Au xvi^ siècle, on voit paraître à côté de l'armoire le cabinet, qui n'est autre chose qu'une armoire à tiroirs montée sur quatre pieds.

Les divers meubles dont on vient de lire la description furent garnis, à dater de la fin du xiv® siècle, de pièces de serrurerie très-richement et très-finement travaillées. Ces meubles étaient généralement en chêne, en noyer, les plus riches en bois à'Illande, et ce n'est qu'au xvi*' siècle qu'on voit paraître l'ébène. Les ouvriers qui les fabriquaient étaient désignés sous le nom de huchers; défense leur était faite d'employer l'aubier, ou d'assortir des bois de différentes essences, comme on le voit dans le statut des huchers d'Abbe ville, qui ne fait, du reste, que reproduire en ce point une disposition qu'on retrouve partout. « Les maistres huchers seront tenus de ouvrer de boin bos, juste, léal et marchant, chacun bos à par li, c'est assavoir, quesne à par li, et blanc bos à par li, ainsy qu'il est accoustumé et sans ce qu'ils puissent joindre bos où il y ait obel. » Les délinquants sont punis d'une amende de 20 sous, et de la prison.

DRESSOIRS, BUFFETS. — Les deux meubles dont on vient de lire les noms sont entièrement distincts du coffre et du bahut, en ce qu'ils n'ont jamais été, comme ces derniers, destinés à faire le service des voyages, et qu'ils restaient à demeure dans les maisons. Us sont également distincts de l'armohe, dont ils se rapprochent par la forme, en ce qu'ils servent à ranger des objets entièrement différents. L'armoire, en effet, reçoit les habits, le linge et les fourrures ; le dressoir et le buffet ne reçoivent que la vaisselle et les ustensiles du service de table. Cette première distinction une fois établie, il faut encore en faire une seconde, et noter la différence qui sépare le buffet du dressoir, en remarquant toutefois que, vers la fin du xvi^ siècle, les deux noms se sont confondus. Voici cette différence :

Le buffet est un meuble isolé au milieu d'une salle à manger, qu'on change de place suivant les besoins du service, et qu'on enlève en même temps que la table. Le dressoir est un meuble fixe, placé contre les murs, et qui reste dans les appartements comme une décoration permanente. C'est sur le buffet qu'on plaide, dans les festins d'apparat, la vaisselle qui doit servir pendant le dîner, et les plats contenant le dessert; d'où û suit que le mot de buffet doit s'entendre du meuble et de ce qu'il porte; et c'est, en effet, dans ce sens qu'on l'emploie encore aujourd'hui, quand on parle des friandises servies dans les bals et les soirées, et des restaurants étabhs dans les gares de nos chemins de fer. Le dressoir, au contraire, est

DRESSOIRS, BUFFETS. 319 un meuble fait uniquement pour les yeux, sur lequel on étale la vaisselle de parement, c'est-à-dire celle qui est considérée avant tout comme un objet de luxe et d'art; en un mot, le dressoir est une étagère dans l'acception moderne, mais une étagère d'une grande richesse, et dont nos meubles et notre luxe au rabais ne peuvent donner l'idée.

En recherchant l'origine du dressoir, nous arrivons encore à l'église. Le dressoir, en effet, n'est rien autre chose que la crédence sécularisée, c'est-à-dire la table sur laquelle on plaçait les vases sacrés auprès de l'autel, et, comme preuve, c'est qu'il s'est conservé en Italie sous le nom de credenza. La credenza, entourée d'une balustrade, se place dans l'endroit le plus apparent de la maison, et, chez les princes et les grands dignitaires ecclésiastiques , elle est surmontée , comme au vieux temps, d'un dais de velours.

Le dressoir était , quant à la forme, une vaste table à gradins étagés, qui avait pour soubassement, tantôt des pieds tournés et sculptés, tantôt une armoire à volets fermants. An-dessus du dernier gradin s'élevait un dossier artistement travaillé, et ce dossier était lui-même couronné d'un riche baldaquin. Les gracUns étaient faits avec des bois précieux, sculptés, incrustés ou dorés. Chez les rois, ils étaient en métal, comme on le voit dans la description du repas que Charles V donna à son oncle l'empereur Charles IV. Le dressoir qui figurait dans ce somptueux gala avait trois gradins de métal assortis à la vaisselle qu'ils devaient porter : l'un pour l'argenterie, l'autre pour la vaisselle de vermeil, le troisième pour la vaisselle d'or. Les personnes qui n'étaient point assez riches pour se permettre un pareil luxe se contentaient, bien à regret sans doute, de couvrir les gradins de tentures de velours, de tapisseries ou d'étoffes de soie. Chaque étage était garni de fleurs. Dans la partie basse, les femmes plaçaient des bijoux, des coffrets, des chapelets, et une foule de futilités élégantes. La partie supérieure était réservée pour les flacons, les coupes, les plats, les drageoirs; mais il est à remarquer que le nombre des gi'adins n'était point le même pour toutes les classes de la société. Ces distinctions hiérarchiques, que nous avons eu déjà l'occasion de signaler si souvent, se retrouvaient encore dans la disposition de ce beau meuble, et le nombre de gradins était réglé d'après le rang des personnes. Les bourgeois auxquels les lois somptuaires interdisaient le droit de posséder de la vaisselle d'or et d'argent n'en avaient pas moins des dressoirs, à l'instar de ceux des nobles, sur lesquels ils étalaient de la vaisselle de cuivre et d'étain, et de la poterie vernissée.

Le musée de Cluny oftre, dans l'une de ses salles, dite Salle du dressoir, un curieux échantillon du meuble dont nous venons de parler, et, quoique cet échan-

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tillon provienne d'une église et qu'il ait servi dans une sacristie, il peut néanmoins donner une idée de ce qu'étaient les dressoirs en usage dans la vie civile. Celui du musée de Cluny se compose d'un vaste soubassement divisé en une foule de petites armoires. Au-dessus de ces armoires s'échelonnent des étagères surmontées par une triple arcature, dont les extrémités s'appuyent sur deux grandes armoires, qui font l'effet de deux ailes dans un château. Un couronnement à jour, disposé en tourelles, s'élève au-dessus de l'ensemble, et les diverses parties sont ornées de médaillons, de lettres et d'écussons.

Le dressoir, considérablement réduit dans ses proportions, a reparu de nos jours sous le nom d'étagère, pour porter, au lieu de vaisselle de table, de la porcelaine de Sèvres, de la poterie chinoise, et toutes les petites curiosités qu'on désigne, dans le commerce parisien, sous le nom de bric-à-hrac et de biblots.

Coffrets, escrinets, arcelles. — Pour en finir avec les meubles qui servaient à serrer et à ranger, il nous reste à parler maintenant des boîtes connues sous le nom de coffrets. Ces boîtes, qui correspondent aux écrins et aux nécessaires modernes, et qu'un habile artiste, M. Tahan, a reproduites de nos jours avec un goût parfait, forment, sans contredit, l'une des parties les plus riches du vieux mobilier. Occupons-nous d'abord des matières qu'on employait pour les fabriquer. Ces matières sont l'or, l'argent, le cuivre, le laiton, alliage de cuivre et de calamine, le fer, le cèdre, le cyprès, l'ébène, le chêne, le buis, le cuir bouilli, le cuir gauffré, le marbre, l'écaillé, l'ambre, le cristal, les émaux, la verroterie, l'ivoire (1). Mais ce n'était point la richesse des matières premières qui en faisait le prix , c'était surtout l'art avec lequel elles étaient employées. Les plus belles industries, en effet, contribuaient à la décoration de ces petits meubles ; ils étaient sculptés, gravés, ciselés, damasquinés, émaillés, et les orfèvres, les joailliers, les peintres y déployaient à l'envi leur talent. L'usage en était répandu dans l'Europe entière; mais c'était sans aucun doute l'Italie qui produisait les plus élégants sous le rapport de l'art et du bon goût.

La forme des coffrets n'était pas moins variée que les matières dont ils étaient faits. Il y en avait de ronds, de carrés, d'oblongs, d'hexagones, de pentagones, etc.; les uns posaient à plat, les autres étaient montés sur des pieds plus ou moins élevés. La plupart s'ouvraient par le haut, et les couvercles se fermaient à la clef.

(1) Le grand nombre de ces petits meubles, qui sont conservés dans nos musées, permet à tous les visiteurs de ces établissements de constater de visu leur richesse et leur élégance. 11 suffit, pour en avoir l'exacte indication, d'ouvrir les livrets des musées de Cluny et du Louvre.

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Quelques-uns avaient, comme les armoires, des volets placés dans le sens de leur hauteur, et ils étaient, à l'intérieur, disposés en casiers ou garnis de tiroirs. On y renfermait des bijoux, des papiers précieux, des reliques, et l'on en faisait même de si petits, qu'on ne pouvait y mettre qu'une seule bague à la fois. Quelquefois même on en plaçait plusieurs les uns dans les autres pour les mieux conserver; car ils étaient considérés le plus souvent, moins comme des objets utiles, que comme des objets de simple curiosité ou de véritables bijoux. Il est à remarquer, en effet, que le moyen âge, malgré son ignorance, possédait au plus haut degré le sentiment de la forme et de l'élégance plastique. Beaucoup moins utilitaire que nous, il était beaucoup plus artiste, et il est hors de doute que s'il avait été servi comme nous le sommes par les procédés de la science, il serait arrivé à une très-grande supériorité dans toutes les branches de l'industrie qui se rattachent aux beauxarts, parce qu'il portait en toutes choses une inspiration et une originalité puissantes.

Sous le rapport de l'ornementation, les coffrets peuvent se diviser en deux catégories : les uns sont shnplement décorés de figures d'animaux, d'entrelacs, d'arabesques, de feuillages, et ils reproduisent toutes les gracieuses fantaisies de l'architecture; les autres sont ornés de personnages et représentent, comme les tapisseries et les peintures murales, des sujets allégoriques ou historiques, et, dans cette dernière catégorie, il faut comprendre ceux qui sont empruntés aux romans chevaleresques ; car nous avons tout lieu de penser que ces romans ont été considérés comme des monuments authentiques de l'histoire, et qu'ils ont joui de la même autorité que les chroniques. Il faut de plus qu'ils aient été très-populaires; sans cela, on n'en aurait point placé les épisodes sur les meubles, car pour agir ainsi, il fallait que les artistes fussent certains d'être compris de tout le monde.

Ainsi que dans les tapisseries et les peintures murales, les sujets représentés sur les coffrets sont tantôt sacrés, tantôt profanes. Les premiers sont d'autant plus nombreux qu'on remonte plus haut dans le moyen âge, et voici l'indication de quelques-uns de ceux qui peuvent passer pour les plus remarquables :

XI* siècle. L'Annonciation, — la Visitation, — la Nativité et la Présentation au Temple, — l'Adoration des Mages, — la Fuite en Egypte (1).

xn« siècle. Le Christ, — la Vierge, — saint Joseph, — les douze Apôtres, — les trois Mages, — saint Barnabé, etc. — ce qui donne en tout, pour le même cofret, dix-huit figures encadrées sous des arcs à plein cintre (2).

(1) Coffret du musée du Louvre, n» 902. Ivoire. — (2) Ibid., n» 903. Ivoire.

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— Le Christ bénissant, assis dans une auréole de i'orme elliptique, la tête entourée du nuiibe crucifère (1) .

xiv*^ siècle. Le Paradis teiTestre (2).

— Grand coffret, orné de vingt-deux bas-reliefs représentant des scènes de la vie du Sauveur, entre autres la Descente de Croix, la Descente aux Enfers, les saintes Femmes (3).

xv^ siècle. Petit coffret, offrant vingt-deux sujets en relief, entre autres les douze Apôtres, Dieu le père, sainte Catherine, la Salutation évangélique (4).

XVI*' siècle. Figures de saints, l'Annonciation, les douze Apôtres et deux Archanges (5).

— Le Passage de la mer Rouge, le Serpent d'airain , la Manne dans le Désert, Moïse recevant les lois du Seigneur (6).

Quelque rapides que soient les détails qu'on vient de lire, ils suffisent cependant, no\is le pensons, à faire apprécier tout ce qu'il fallait d'habileté, de patience et de finesse pour gi-ouper un pareil nombre de figures, et traiter des sujets aussi compliqués sur de petits meubles qui souvent n'avaient pas plus de quinze à dixhuit centimètres de longueur.

Les sujets prolanes ne sont pas moins habilement traités. Aux xin«, xiv« et xv*' siècles, ils sont princi^jalement empruntés à la vie féodale et aux romans de chevalerie; ici c'est une dame qui offre à un guerrier l'anneau des fiançailles, et qui ensuite lui attache les pieds avec de lourdes chaînes (7) ; c'est un chevaher qui accomplit la conquête d'une nouvelle toison d'or, en combattant des monstres furieux (8). Au xvi^ siècle, k chevalerie est remplacée par la mythologie et l'histoire romaine. Les preux disparaissent devant les centaures marins se disputant des océanides. Neptune ordonne aux vents de s'apaiser; Vénus, fille de l'onde mnère, traverse les ilôts, portée par des dauphins. Ici c'est la fable de Psyché (9). Là c'est Horatius Coclès, Clélie et Mutins Scévola (10).

Les coffrets offrent également à toutes les époques des scènes empruntées à la vie privée. On en trouve un curieux exemple dans celui qui porte le n"64, au musée du Louvre. Un homme tenant un faucon sur le poing soulève le voile d'une j'emme, et celle-ci, dans un autre com])artiment, lui présente un anneau; c'est, on

(1) Musée de <;iuny, n" .'198. — (2) Musée du Louvre, n° HOti. hoiic. — (3) Musée de Cluny,n. Ivoire. — (4) IbuL, n» Ai'.i. Ivoire. — (îi) Musée du Louvre, n° DU. Ivoire. — [ii] Musée de Cluny, n» 1011. Émail de Limoges, avec plaques en camaïeu grisaille, exécuté en 1544 par Pierre Ilémond. — (7) Musée du Louvre, n" 933. Bois sculpté. — (8) Musée de Cluny, n" 402. Ivoire. — (9) Musée du Louvre, n" Xi'l. Éniaii. — (10) Ibid., n» 9o4. Bois orné de pâte.

CADRANS, CLEPSYDRES, HORLOGES, MONTRES. 32J le devine, une rencontre d'aniour et un consentement, et l'anneau indi(|uc qu"il s'agit d'un mariage. Ce colliet est eli'eclivement un présent de noces, et,, sur le bord retombant du couvercle, on lit celte inscription eu lettres dorées sui- un fond d'émail bleu lapis :

Dossc (lame ic vous ayme leaument , Por Dieu vos pri (juc ne ui'oblie iiiie ; Votsi mou cors a vos comaïKlcuieiil , Sans mauvostc et smis nulle Iblie.

Les serrures des coffrets n'étaient pas moins remarquables sous le rapport de Fart que les autres détails de leur ornementation. Quelques-unes étaient en argent ou en argent doré, ainsi que les clefs, véritables miniatures de la serrurerie artistique. Par un hasard exceptionnel, un grand nombre de ces petits meubles sont, arrivés jusqu'à nous, et ils forment l'une des parties les ])lus intéressantes de nos musées, non-seulement comme s])écinien de nos vieilles industries, mais encore parce qu'ils nous donnent d'utiles indications sur la vie privée, les usages, les costumes, et qu'ils sont, sous ce rapport, un utile appendice de la peinture sur verre et de la peinture sur parchemin.

CADRANS, ci-KPSYi)Ri:s, HOlu.OGES, MONTRES. — Les instruments au moyen des(|uels on mesurait le temps dans l'antiquité étaient les sabliers, les cadrans solaires et les horloges à eau nommées clepsydres. Ces instruments, et surtout les deux derniers, fm'ent usités pendant tout le moyen âge, et on les retrouve encore comme meubles usuels à une époque où les horloges à ressort et à aiguilles sont tout à lait populaires. Nous n'avons pas besoin de dire ce qu'étaient le ( adrau solain; et le sablier, tout le monde les connaît; nous parlerons seulement de la clepsydre;.

César nous apprend, dans les Connncnluires, que les (laulois et les Bretons comptaient les heures au moyen des clepsydres à eau , mais il ne donne aucun détail sur celles qui étaient employées par ces peuples. Nous les voyons reparaître plusieurs siècles après César, à la cour de (iondebaud, roi de Bourgoguti, ([ui les avait reçues en présent d() Théodoric, lecjuel à son toiu* les avait fait fabii(pier ])ar Boëce, le célèbre philosophe. Ces clepsydres ne marquaient pas seuliMuent les heures, mais le cours du soleil, de la lune^ et des astres; elles fonctionnaient au moyen d'mie boule d'étain remplie d'eau qui tournait sans cesse, disent les vieux historiens, par l'elFet de sa pro[)re pesanteur. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les Bourguignons, encore païens, ([ui virent marcher ces clepsydres, s'imaginèrent que c'était une divuiilé cachée dans la boule qui leur imprimait le niouve-

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