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GARNITURES DE CHEMINÉE

et dans les rues ou sur les routes, malgré le vent et la pluie. Comme les chandeliers ou les lampes, les lanternes, suivant le rang des personnes, se fabriquaient avec des métaux précieux ou avec du fer et du cuivre. 11 y en avait aussi en bois et en ivoire, et on les garrussait de corne de bœuf, cette substance donnant passage à la lumière et se rapprochant du verre par sa transparence. L'historien du roi Elfrid signale, comme une invention très-remarquable, qu'on ait trouvé, de son temps, le moyen d'empêcher le vent de souffler les lumières, en les plaçant dans une lanterne garnie de corne; or, comme les lanternes étaient connues de l'antiquité, on peut conclure du témoignage que nous venons de citer, que l'usage s'en était perdu dans les siècles qui suivirent la chute de l'empire romain, et ce fait, tout minime qu'il est, montre bien à quel degré de barbarie étaient tombées les populations, puisqu'un objet aussi utile et d'une fabrication aussi simple avait complètement disparu.

GARNITURES DE CHEMINÉE. — Nous avous dit plus liaut, en parlant des détails accessoires des constructions civiles, que pendant l'été on tapissait de mousse et de verdure les cheminées dans lesquelles on avait cessé de faire du feu. Pour compléter ce qui concerne le chauff'age, nous dirons ici quelques mots des ustensiles qui les garnissaient.

La crémaillère parait fort ancienne, car elle est mentionnée sous le nom de cramaculus dans les Capitulaires de Charlemagne; on lui donnait de très-grandes dimensions, pour la mettre en rapport avec la grandeur des foyers, et, d'après ce que nous avons vu dans quelques miniatures, nous avons lieu de croire que, jusqu au xv*' siècle, elle fut suspendue au milieu de la cheminée au moyen d'une barre de fer qui traversait le tuyau, au lieu d'être comme aujourd'hui fixée contre le mur.

Les plaques de cheminée nous paraissent remonter moins haut que les crémaillères. Autant que nous avons pu en juger par les ruines de quelques grandes habitations féodales, nous pensons que le fond des cheminées, c'est-à-dire la partie contre laquelle on place le combustible, était garni, à l'origine, de briques ou de tuiles posées de champ, qui avaient pour but d'empêcher la chaleur de calciner les. murailles, et qu'on renouvelait au fur et à mesure, quand elles avaient été détériorées par l'action du feu; mais, comme ce système demandait de fréquentes réparations, on le remplaça par des plaques de fer, qui furent ornées de sujets et de figures, et principalement de figures de saints, comme on peut le voir encore

TABLEAUX MEUBLES. 329 dans les maisons du xvi*' siècle et du xvii«, qui sont parvenues jusqu'à nous (1). Le reste du mobilier des cheminées se composait de chenets, pincettes, soufflets, tenailles, pelles, écrans, tirtifeux. Ces divers ustensiles, et principalement les chenets, nommés aussi queminels et landiers, étaient d'une taille qu'on pourrait appeler gigantesque, et il semble qu'on les ait fabriqués pour remuer ou soutenir, non pas des bûches, mais des troncs d'arbres. Les chenets, dans les maisons féodales, étaient décorés d'écussons et de figures. On en conn^dt du xiv" siècle qui représentent des sauvages portant au cou les armoiries de l'une des branches de la maison d'Harcourt. Ces chenets, qui ont longtemps servi de bornes à la porte du maître de poste d'Évreux, ce qui est une preuve de leur grandeur et de leur sohdité, provenaient des anciennes forges de la Bonneville (Eure). On se servait dans les cuisines d'une espèce particuhère de chenets à crans, nommés astéliés, et sur lesquels on plaçait plusieurs broches les unes au-dessus des autres.

TABLEAUX MEUBLES. — On a VU précédemment, à l'article des tapisseries et de la peinture murale, que les arts du dessin tenaient une grande place dans la décoration des appartements. On a vu également, par les détails relatifs aux diverses espèces de meubles, que la peinture sur émail, la sculpture sur bois, la ciselure, et ce qu'on pourrait appeler le bas-relief d'orfèvrerie, contribuaient souvent à donner aux objets les plus usuels un remarquable cachet d'élégance et de bon goût. Il nous reste maintenant, pour compléter ce qui concerne l'application des arts au mobilier, à parler des sujets figurés, bas-reliefs ou peintures, qu'on plaçait dans les appartements, comme on y place aujourd'hui des tableaux et des gravures. Ces bas-reliefs et ces peintures sont désignés, par M. de Laborde, sous le nom de tableaux meubles, et cette désignation, pleine de justesse, est aussi celle dont nous nous servirons.

Ces tableaux étaient de différentes espèces, dont les principales sont les peintures sur bois, sur toile et sur émail; les tableaux branlants, les talileaux de pierre, les tableaux d'or et d'argent, les tableaux de cu-e, de bois et d'ambre.

Les plus anciens et les principaux tableaux sur bois sont l'œuvre des artistes byzantins, qui avaient seuls conservé les traditions des arts; les plus anciens sujets sont exclusivement des sujets de piété, et ce n'est guère qu'au xiv^ siècle que la peinture se sécularise, et qu'elle sort du sanctuaire pour orner les maisons

(1) On figurait aussi des sujets historiques sur ces plaques, et nous en connaissons une sur laquelle est représentée Jeanne d'Arc poursuivant, l'épée à la main, le léopard d'Angleterre.

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