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TABLEAUX MEUBLES

particulières, et traiter des sujets profanes. Mais, suivant une juste remarque consignée dans le Bulletin du Comité des Arts, il y a, en France, un manque presque absolu de ces anciennes peintures du xiv^ siècle et du xv*', et il en est de même en Angleterre ; on ne peut douter cependant, si l'on en juge par les inventaires, qu'elles n'aient été nombreuses dans les riches mobiliers des rois, des princes et des nobles. Quant aux tableaux sur toile, tels que nous les faisons aujourd'hui, ils ne remontent pas au delà du xvi^ siècle. La toile, il est vrai, fut employée bien avant cette époque, mais elle était toujours collée sur un tableau de bois.

Les tableaux en émail, qui sont les plus nombreux au moyen âge, étaient peutêtre aussi les plus parfaits sous le rapport de l'exécution. On les employait principalement pour les portraits (1). Nous avons déjà dit dans V Introduction à l'Histoire générale du Costume que l'émaillerie était connue des Gaulois. Nous ajouterons ici que l'on voit cette belle industrie reparaître du temps de saint Éloy , qui est quelquefois désigné comme un émailleur habile . La fabrication des émaux était très-florissante à Limoges au xii^ siècle, et ses produits sont désignés sous les noms de opus Limogîœ, labor Limogiœ, opus Lemoviticum; quelques archéologues, entre autres M. l'abbé Texier, pensent même que c'est dans cette ville que la peinture sur verre a été découverte, comme une conséquence naturelle des procédés que l'on employait dans la fabrication de la mosaïque en émail incrusté. Quoi qu'il en soit de cette opinion, les émaux, après avoir servi à la décoration des bijoux, des vases , des armes, et d'une foule d'autres ustensiles, finirent par être appliqués aux portraits en médaillons. Dans l'origine on n'y employait guère que le blanc, le noir, et quelques teintes rouges pour les carnations des figures, mais on découvrit au fur et à mesure l'art d'employer toutes les couleurs et d'en fondre habilement les nuances. 11 est facile, du reste, à toutes les personnes qui sïntéressent à l'archéologie, et même à celles qui sont le plus étrangères à cette science, de vérifier de visu le mérite des objets dont nous venons de parler, car on en trouve un grand

(1) Le genre du portrait paraît avoir été très-cultivé au moyen-àge. Outre ceux qu'on trouve en grand nombre dans les manuscrits^ on en plaçait dans les verrières, comme à Saint-Uenis, où l'on voyait ceirs de Tancrède, de Godel'roy de Bouillon, de Raymond de Saint-Gilles, et où l'on voit encore celui de Suger, qui est contemporain. On trouve à la tête de la Vie de saint Bernard, par de Villefore,un portrait de ce saint d'après im tableau fait d'après nature au moment où il atteignait sa soixantedeuxième année. Héloïse conservait au paraclet le portrait d'Abélard, également peint d'après nature, et dans l'inventaire du duc de Berry, dressé en 1416, il est fait mention des visages du roy Charles, du roy Jehan et d'Edouard, roy d'Angleterre. Au xv* et au xvi' siècles, on vit se répandre la mode des portraits en médaillons, exécutés par les orfèvres.

TABLEAUX MEUBLES. 331 nombre dans nos Musées , et les émaux sont sans contredit avec les coffrets les productions artistiques du moyen-âge qui se sont le mieux conservées (1).

Les nielles , dont les plus remarquables appartiennent à l'Italie, étaient de véritables gravures au burin ; le moine Théophile a décrit avec exactitude les procédés qu'on employait au xii*^ pour leur exécution. On gravait un dessin sur un fond d'or ou d'argent, et l'on faisait pénétrer dans les traits creusés par le bm'in, un mélange de plomb, de cuivre et d'argent fondus avec du souffre ; cette préparation détachait en noir, sur le fond clair du métal, le dessin gravé par l'artiste, ce qui était d'un très-gracieux effet.

Les tableaux branlants représentaient des personnages qui remuaient les yeux et la tête, comme on le voit aujourd'hui dans les sujets en carton peint qu'on expose aux étalages des mai'chands de jouets d'enfants. Les tableaux de pierre et de bois étaient tout simplement des bas-rehef s, tantôt peints, tantôt dorés, ou des mosaïques en marqueterie, qu'on plaçait en applique contre les parois des appartements. Quant aux tableaux d'or et d'argent, c'étaient des bas-reliefs d'orfèvrerie, ornés de pierres précieuses. Ils sont très-souvent mentionnés dans les inventaires des maisons royales ou princières.

Les différents tableaux dont nous venons de parler étaient très-diversement disposés au point de vue de la décoration mobihère. Les uns, peints des deux côtés, se plaçaient sur un support au milieu des appartements ; les autres se composaient de plusieurs compartiments à charnières, et ils se pliaient et se dépliaient à volonté; on les ïiommaii tableaux cloants; d'autres encore se plaçaient sous des volets, qui eux-mêmes étaient ornés de peintures. Enfm, au xiv*' siècle, on voit paraître les cadres, qui, très-simples dans l'origine, deviennent au xvi" siècle de véritables chefs-d'œuvre de sculpture sur bois, comme on le voit par les achnirables cadres des tableaux de la confrérie de Notre-Dame du Puy d'Amiens, qui sont aujourd'hui déposés dans le musée de cette ville. Il n'est pas besoin de dire que jusqu'à la renaissance, à part les portraits, les tableaux ainsi que les bas-reliefs,

(1) Les recherches de M. de Laborde sur l'émaillerie nous ont fait connaître, avec toute la précision que comportaient les obscurités du sujet, tout ce (jui se rattaclic à l'histoire de ce bel art. Le savant archéolo^e a distingué nettement les diverses espèces d'cniaiLv dont les plus reniar(iuables sont : l'émail d'azui', dans lequel les figures se détachaient en argent et en or, sur un fond bleu; l'émail en blanc , soile de pâte opaque qu'on appli(piait sur des statuettes, ce qui les faisait ressembler à du marbre; l'émail sur ronde-bosse; l'émail cloisonné; l'émail couvert d'or; l'émail à jour; l'émail deniellure; l'émail d'applicjue ; l'émail sarti; l'émail de basse taille, etc. (t).

(l) Voir: Notice des Emaux, Paris, 1853, in-8, W part., au mot Émail.

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