‹ Les arts somptuairesChapitre 92 sur 93 · CARNALES ACTUS TULIT ACNUS HIC HOSTIA FACTUS · texte numérisé non relu

CARNALES ACTUS TULIT ACNUS HIC HOSTIA FACTUS

Dans chacun des panneaux est figuré l'un des quatre fleuves du paradis terrestre, nommés, dans la Genèse, Gyon, Phison, Tygris, Eufrates. Ces quatre fleuves font allusion aux quatre évangélistes. Les légendes suivantes sont disposées sur les côtés :

FOISS PARADISIACUS PER FLUMINA QUATUOR EXIT. H^C QUADRIGA LEVIS TE, CHRISTE , PER OMNIA VEXIT.

Nous ajouterons ici; à propos des livres, ce que nous avons déjà dit plus d'une fois à l'occasion des meubles : comme dans tout le moyen âge, il y avait encore de ce côté luxe et indigence. Au lieu de chercher à propager la science en multipliant les copies, on prodiguait le temps et l'argent en ornements et en main-

(1) Paris, 1836, in-8<>, p. 197.

LES LIVRES. 339 d'œuvre purement artistique. On reproduisait sans cesse les mêmes ouvrages, de telle sorte qu'il y avait surabondance en certaines matières, et disette absolue en d'autres. On peut juger de ce qu'était au moyen âge la bibliothèque des personnes du plus haut rang, par celle que la comtesse Mahaut d' Artois avait réunie, vers l'an 1313, dans son château d'Hesdin. Cette bibliothèque comptait douze volumes, les seuls à peu près dont la lecture fût générale à cette date : la Bible en français, la Vie des Saints, les romans de Renart, d'Ogier le danois, de Tristan et de la Violette, la Coutume de Normandie, et les Voyages de Rubruquis. Douze volumes, c'était bien peu sans doute, mais les lecteurs du xvi'" siècle pouvaient s'en contenter, car ces ouvrages leur parlaient de tout ce qui faisait la force, la gloire ou l'amusement de leur vie.

Les livres étaient déposés dans des pièces particulières, désignées suivant les temps, sous les noms à^amaires, armaircs ou librairies. A l'époque gallo-romaine on trouvait une bibhothèque dans presque toutes les maisons riches, et Sidoine Apollinaire nous apprend que celle de son ami Ferréol de Nîmes, était divisée en trois parties. L'une, dit M. Ampère, composée de hvres chrétiens, était destinée aux femmes; l'autre contenait des livres profanes à l'usage des hommes, et la troisième, des ouvrages profanes ou sacrés qui pouvaient être également consultés par les deux sexes. A côté de ces collections formées surtout par les lettrés restés fidèles aux traditions de l'antiquité classique, il en fut établi d'autres par les hommes chargés de garder et de transmettre le dépôt des traditions chrétiennes. Les fondateurs des ordres religieux imposèrent aux moines l'obligation de copier des livres, et à ceux qui possédaient ces copies le devoir de les propager comme une aumône spirituelle. Au v^ siècle, saint Isidore, comparant aux accapare ui-s de blé ceux qui refusaient de prêter les ouvrages des auteurs clu-éliens, les déclarait maudits.

La bibhographie devint ainsi une afiaire de conscience; le travail des moines, ce travad puissant et fécond de la solitude qui ne s'interrompait jamais, produisit un nombre de volumes fort considérable, relativement à la lenteur des procédés de fabrication, et les couvents finirent presque tous par posséder des bibliothèques importantes, ce qui donna lieu à ce dicton : Il est plus rare de trouver un cloître sans armoire à livres, clamtrum sine armario, qu'un château-fort sans arsenal, castellum sine armamentario. La royauté s'empressa d"imiter l'Lglise : Chai-lemagne forma pour son usage deux bibhothèques, l'une à l île Barbe, l'autre à Aix-la-Chapelle, et plus d'une fois en étudiant, pour en olliir la reproduction à nos lecteurs, les miniatures carlovingiennes, nous nous sonmies demandé si les vo-

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lûmes qui les contenaient n'étaient point, par hasard, quelques débris de ces deux collections échappés, comme par miracle, à l'impitoyable action du temps? Louis IX comme Gharlemagne, comme tous nos grands rois du reste, donna aux livres une attention particulière, et son psautier qui figure aujourd'hui au musée des Souverains, est là pour prouver la délicatesse de son goût. Sous Charles V, la librairie du Louvre, dont le catalogue nous a été conservé, comptait 910 volumes qui occupaient trois chambres, situées à trois étages différents, dans une des tours du château. Pour défendre les volumes contre toute espèce d'atteintes, le roi Charles fit garnir de barreaux de fer, de fil de laiton et de vitres peintes toutes les fenêtres de sa bibliothèque. Les lambris de cette bibliothèque étaient faits de ce même bois d'Islande que nous avons vu tant de fois déjà figurer dans les meubles précieux. La voûte était garnie de bois de cyprès, sans doute pour éloigner les insectes; et afin qu'on pût y travailler à toute heure, aussi bien de jour que de nuit, on y suspendit des chandeliers et des lampes d'argent, qu'on allumait au coucher du soleil. L'ensemble de la collection se composait de bibles latines et françaises, et l'une de ces bibles, d'une admirable exécution calligraphique, est conservée à la bibhothèque de l'arsenal, où l'on peut lire à la dernière page, écrites de la main du roi, ces lignes qui constatent sa propriété :

Geste bible est à nous, Charles

Le \' de notre nom, roy de France.

Charles.

A côté des bibles on trouvait au Louvre des missels, des traités d'astrologie, de géomancie et de chiromancie ; des ouvrages de médecins arabes traduits soit ea latin, soit en français; des romans en prose et en vers, quelques livres de droit, et parmi les poètes latins, trois seulement : Ovide, Lucain et Boëce.

Le savant et curieux ouvrage de M. Albert Lenoir, intitulé : Architecture monastique, contient d'intéressants détails sur les bibliothèques des couvents. A Saint-Gall et à Cantorbéry, ces bibhothèque s , situées aux étages supérieurs pour éviter l'humidité, étaient adossées aux murs des églises de ces abbayes célèbres, et le côté nord avait été choisi de préférence à tout autre, afin de préserver les livres contre les ravages des insectes. Quelquefois, les volumes étaient placés dans un clocher, et« ces volumes, dit M. Lenoir, étaient généralement enchaînés, afin qu'ils ne pussent être emportés ; ce fut la condition qu'imposa le cardinal Michel Dubec, lorsqu'au xiv*= siècle il donna sa bibliothèque aux Carmes de Paris. La bibliothèque était confiée à la garde du Chantre; à la Septuagésime, on faisait

LES LIVRES. 341 l'inventaire de tous les livres. Quelques monastères dès-lors s'occupaient d'antiquités, et possédaient des cabinets d'objets d'arts, comme on en trouve chez de riches particuliers ; on voyait de ces collections précieuses pour l'étude à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et chez les Génovéfins de Paris. » Après avoir décrit les pièces dans lesquelles on enfermait les livres, M. Lenoir décrit celles où on les confectionnait. «. Chaque grande abbaye, dit-il, avait une ou plusieurs salles, voisines de la bibliothèque ou placées dans le cloître, et qu'on nommait scriptorium. Il y en avait douze à Hirschau. Dans ces salles étaient installés les copistes, ordinairement au nombre de douze, et séparés les uns des autres par de légères cloisons, pour empêcher les distractions qui auraient pu nuire à l'exactitude des copies. » (1).

Nous avons dit plus haut que les anciens catalogues ne se bornaient point à donner le titre des livres, mais qu'ils en décrivaient avec détail l'ornementation extérieure; nous ajouterons que cela tenait principalement à ce que, dans la disposition de ces catalogues, ainsi que dans le rangement des bibliothèques ellesmêmes, on n'observait ni l'ordre alphabétique ni l'ordre des matières, et qu'on n'employait point encore les numéros de renvois. Pour retrouver les livres, on les distinguait par les différentes matières ou les différentes étoffes dont les ais des reliures étaient couverts. La bibliographie est une science toute moderne, née de l'imprimerie. Mais à défaut de bibliographes, il y avait des bibliopliiles, surtout parmi nos rois, qui tous se firent un point d'honneur d'augmenter le dépôt de la librairie du Louvre. Louis XI, Charles VIII, Louis XII, la portèrent successivement à 1 ,890 volumes ; mais jusqu'au règne de Henri IV, ce ne fut pour ainsi dire qu'un cabinet de lecture à l'usage des rois ; ce prince permit le premier aux simples bourgeois de consulter ses livres, et si l'on avait, parmi les savants, l'habitude de rester fidèle à la vérité historique, ce serait sa statue, plutôt que celle de Charles V, qui devrait figurer aujourd'hui dans la cour de la bibliothèque impériale (2).

(1) II* et m* part., p. 370 et suiv. — L'ouvrage de M. A. Lenoir est un de ces livres consciencieux et approfondis comme on en fait trop rarement de notre temps ; il est clair, net, plein de méthode, et il donne même bien au delà de ce que son titre promet. On y trouvera d'importantes indications sur le sujet spécial qui nous occupe.

(2) Voir : Essai historique sur la Bibliothèque du roi, aujourd'hui Bibliothèque impériale, par Lcprince, nouvelle édition, revue et augmentée, par Louis l'aris. Paris, 1836, in-18. — Inventaire de l'ancienne Bibliothèque du Louvre. Paris, 1836, in-8.

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