‹ Les As, peints par eux-mêmes;Chapitre 11 sur 29 · IMPRESSIONS DU DEBUT DE LA GUERRE I · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DU DEBUT DE LA GUERRE I

plus facilement. 8 heures 45. Altitude : 2.i5o mètres.

Voici Mulhouse. Le lieutenant qui m'accompagne compte trois trains militaires se dirigeant vers le nord. Nous suivons toujours le Rhin et bientôt notre avion survole Fribourg à 9 heures 10, à la hauteur de 2.35o mètres. Hélas I à cette époque-là, nous n'avions pas encore le droit de lancer des obus, sans quoi... Quatre trains sontlà, prêts à remonter vers le nord. C'est le point le plus éloigné de nos lignes (gS kilomètres). Nous obliquons vers l'ouest et bientôt nous approchons du Rhin.

Mais, est-ce une idée ? Le moteur, qui, tout à l'heure, ronflait si régulièrement, semble donner un autre son. Je regarde le compte-tours : de 870 il est tombé à 810. Cette baisse va-t-elle continuer ? Pour m'en assurer, je pique et ferme les gaz. Mon observateur sursaute. Je lui explique ce qui se passe. Puis j'accélère de nouveau, et le ronronnement régulier reprend. Le comptetours remonte à 870. C'était une alerte, sans doute causée par un mauvais passage d'essence.

Voici Alt-Brisach que nous laissons sur

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notre gauche à cause des canons à tir vertical. Il est 9 heures ^o et nous sommes à 2.4oo mètres, hauteur maxima de notre randonnée. Nous repassons le Rhin, allant sur Golmar, que nous atteignons à lo heures juste. Nous n'y apercevons qu'un seul train remontant encore vers le nord. Puis nous redescendons vers Thann, Cernay, Dannemarie, sans voir grand'chose, et, à lo heures 45, c'est la descente rapide et joyeuse, à l'aérodrome de Belfort.

Maintenant, une reconnaissance de champ de bataille. Partis de Nancy à midi 45, nous survolons Saint-Mihiel à i3 heures 35, à 1.800 mètres, puis, successivement, les forts des Paroches, du camp des Romains, de Liouvillê. Nous sommes à 2.000 mètres. Notre mission consiste à repérer des batteries qui doivent être situées derrière Montsec, près de Buxières. Nous prenons de la hauteur et bientôt nous arrivons au-dessus des pièces ennemies.

Tout à coup, la danse commence : un obus éclate, mais en dessous et à droite, puis un autre à notre hauteur, très près sur la gauche. Le tir étant à peu près réglé, quatre canons à la fois nous prennent en fourchette.

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l,a position n'estplustenable, et comme nous avons vu ce que nous voulions, je mets l'avion vent dans le dos, vers nos lignes, et nous fuyons en zigzag. Les Allemands continuent à tirer.

A chaque instant, les obus éclatent à droite, à gauche, de tous côtés enfin. Ils éclatent même très près et nous entendons fort bien les explosions sourdes autour de nous. L'un d'eux arrive en dessous et nous couche sur l'aile droite. Je crois que nous sommes touchés. Mon passager se lève, mais ce n'est rien. Dieu soit loué!

Puis, comme nous nous éloignons à grande allure, les coups deviennent moins fréquents, se perdent dans le lointain. On sent que l'ennemi désespère de nous atteindre.

Enfin, nous voici au-dessus de nos lignes où nous venons nous poser doucement.

J'examine l'appareil : il n'a rien. Mais, je l'avoue, j'ai eu peur.

Notre vengeance fut simple : nous indiquâmes aux nôtres la position des batteries ennemies. Le tir fut réglé et, après vingttrois coups, elles étaient réduites au silence.

Sergent L...

(devenu lieutenant).

Dans les Tirés de l'Azur

Je venais d'arriver à la cote ii6, dans ma voiture de chef d'escadrille, et je donnais le coup d'œil du maître.

Le signal était régulièrement placé sur cet aérodrome de fortune ; les mécaniciens se tenaient à leur poste. Tout au bout du terrain, un avion roulait sur le sol.

C'était le lieutenant de B... qui atterrissait, retour de reconnaissance.

Je m'avançai vers lui, mais, sans même prendre le temps de me serrer la main :

<( Écoute, fit-il. N'entends-tu pas le bruit d'un moteur en l'air ? »

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Je regardai le coin du ciel qu'il me montrait. A grande hauteur, les ailes étendues, un avion venait de l'ouest à toute vitesse, comme s'il eût été pressé de rentrer dans les lignes ennemies.

« Un Boche, pour sûr! Prête-moita jumellel

— Vite I ma mitrailleuse et des cartouches, hurlait de B... Martin, combien d'essence encore dans le réservoir?»

Martin répondit avec flegme :

« Vous en faites pas, mon yeutenant I Faudrait d'abord être sûr que ce soye un Boche. Et puis, vous pouvez pas piloter et faire la chasse tout ensemble. »

La chasse ! Ce mot, avec son cortège de visions sanguinaires, me donna soudain une tentation diabolique: le désir, la volonté de prendre ma part de cette poursuite implacable. Mais comment ? Je savais trop qu'un avion fait partie de ce petit nombre d'objets qu'un aviateur ne prête pas volontiers à son meilleur ami. Gomment faire?

« Ah ! m'écriai-je, avec l'accent du désespoir, si j'étais aussi bon tireur que toi !

— Mais tu ne tires pas mal, et puis tu pilotes mieux. Tiens, prends le manche et partons... »

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Je bondis avec enthousiasme dans l'appareil, tandis que les mécaniciens faisaient tourner l'hélice et que Martin vérifiaitle plein .

« Allons! allons! gesticulait de B...,il n'y a pas une minute à perdre. »

Il montait à son tour. « Contact ! » Et nous voilà partis ! Par cette calme matinée d'automne , l'avion s'enlevait splendidement.

Pourtant, il gagnait peu à la montée, obligé que j'étais de tourner en cercles pour ne pas m'éloigner et ne point perdre de vue l'adversaire.

Ghos>e curieuse : pendant les préparatifs, forcément longs, du départ, l'Albatros (un biplan ! ce ne pouvait être qu'un Albatros) n'avait pas avancé beaucoup, et, d'autre part, il zigzaguait comme pour perdre de sa hauteur. Ah ! si nous allions l'atteindre ! Et pourquoi pas?... J'imaginais déjà la lutte formidable, l'attaque par derrière, naturellement, pour réaliser la « surprise » tant prônée par l'école de guerre. Et tout le fatras de la « doctrine » me revenait à l'esprit. « La manœuvre pour la bataille », virages sur l'aile, piqués, cabrés ! « La bataille ! » Action foudroyante de la mitrailleuse dès que l'avion serait en bonne position. Enfin,» la destruc-

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tioii de l'adversaire» : l'Albatros dégringole dans un nuage de flammes et de fumée, d'oij sortiraient deux bras levés : « Kameradl »

I.200 mètres!... Tous ces rêves de gloire étaient ponctués par la pantomime du canon de la mitrailleuse, que de B... agitait désespérément derrière moi pour m'indiquer la manœuvre. « Mais oui, mais oui, mon vieux; laisse-moi faire, on va l'avoir ! »

i.3oo!... Nous montons toujours. Mais oii diable est-il, ce damné Boche ? A force de tourner, nous finirons par le perdre avant d'avoir atteint sa hauteur.

1.600!... « Aïe !... » C'est le canon de la mitrailleuse qui s'abat sur mon épaule gauche pour m'indiquer que l'ennemi est là, audessous de nous. Déjà ?... Et à si faible hauteur?... Bizarre!... Enfin nous voilà bien placés. Le temps d'appuyer un peu à droite pour prendre du champ, encore une minute et:

(( Ta ta ta ta ta ta ta ta... »

Malédiction ! Je me tourne à demi, hurlant des imprécations dans le bruit du moteur contre cet affolé de B... C'est trop tôt d'une minute. Maladroit! Mais la bataille étant engagée, il faut la soutenir.

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« En avant! » Et, d'un coup brusque, je mets tout le palonnier et tout le gauchissement à gauche et nous voilà descendant à une vitesse vertigineuse sur le dos de l'adversaire. « Ta ta ta ta... » Ah ! ouiche ! C'est raté quand même. Nous sommes trop loin et il nous gagne. « Ta ta ta ta... » L'animal ! Raté, encore raté! Je jure comme un païen. « Ta ta ta ta... » Oui, tire toujours ! C'était bien la peine de dépenser tout cet art dans la manœuvre !

Ma fureur ne... Mais quoi donc! Que se passe-t-il.î^ Le voilà qui se met en plongée verticale : « Il est touché ! il tombe !... »

Cris de joie, délire. De B... debout dans la carlingue, au risque d'être débarqué, danse et gesticule. Maintenant le manche à fond, moteur coupé pour ne pas rompre les ailes» c'est la poursuite, dans une descente aussi serrée que possible, mais, un peu avant le sol, l'Albatros, que je croyais blessé à mort, se redresse et... Dieu me pardonne! c'est notre propre terrafn qu'il choisit pour se poser ! Ah! nous allons rire !

Quelques secondes après, nous étions au sol à notre tour. Laissant l'appareil en plein champ, nous accourions au pas gymnastique

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pour voir nos prisonniers, mais — ô surprise ! — du plus loin que nous pûmes les apercevoir , ils nous apparurent dans une attitude de gentlemen, cigarette aux lèvres, causant familièrementavec nos mécaniciens. « C'est trop fort, dis-je. Ils vont faire mettre nos mécaniciens au «garde à vous ». Heureusement Martin ne comprend pas l'allemand.

— Ah! lit de B..., s'arrêtant soudain de courir et comme frappé d'une idée, mais il est allé au Canada.

— Oui. Et après ?

— Il ne comprend peut-être pas le boche, mais il parle l'anglais. »

A mon tour je m'arrêtai . Nous nous regardâmes un instant, stupéfaits. Et nous fûmes consternés, en nous approchant, de nous trouver en présence d'un officier du Royal Flying Corps de Sa Majesté Britannique, accompagné de son mécanicien.

u Excuse me!» nous dit-il, en s'avançant vers nous, la main tendue.

Comme ironie, c'était cruel ; nous faire des excuses parce que nous avions failli le tuer.

Martin nous expliqua que l'Anglais avait eu une panne et que, voyant un signal d'atterrissage sur notre terrain, il s'était per-

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mis de venir nous demander l'hospitalité. (( Correct ! correct ! ponctuait notre camarade allié, en souriant d'un air qui quêtait une approbation.

— C'est que... c'est que..., dis-je en me grattant la tête, savez-vous que nous avons failli vous tuer !

— Aoh ! ... »

Un effarement comique parut sur sa figure glabre.

<( Oui, ajouta de B..., nous vous avions pris pour un ennemi. »

Cette fois, notre « prisonnier » partit d'un éclat de rire sonore.

« Aoh ! dit-il, quand il eut fini ; alors, vous, comment dites-vous : vous êtes « salaud », est-ce bien ainsi ?... »

Et il recommença à rire de plus belle.

Mais notre déconvenue était poignante, il faut croire, car soudain son hilarité fit place à une commisération inquiète. L'air penaud de B... surtout l'affligeait.

« Cheer up, lui dit-il, en lui tapant familièrement sur l'épaule. N'ayez aucun trouble. . . Ce sont les « fortibunes » de la guerre. Pour « punishment » vous prendrez « luncheon » avec moi. »

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Et il se détourna pour donner des ordres à son mécanicien. Alors, de B..., qui suivait son idée, me dit, en confidence :

(( C'est tout de même vexant, cette histoire-là ! ... Si seulement on ne l'avait pas su ! »

Capitaine J...

Un Combat aérien

•jg mars igiô.

Ma chère Maman,

Je vous écris pour vous raconter en détails les dix minutes que j'ai vécues il y a trois ou quatre jours, minutes uniques qui marquent le point culminant de ma vie, tellement elles sont exceptionnelles et remplies d'émotion violente. Gettcr émotion, je vais essayer de vous la procurer en vous racontant cette aventure au présent comme si j'y étais encore.

Vous allez croire être transportée en plein

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