UN COMBAT AÉRIEN IQI
conte d'Edgar Poe ou de Wells, ainsi que je vous l'écrivais avant-hier.
C'était vendredi dernier 26, voici les faits :
8 heures du matin. — Il fait un beau soleil, un ventdu nord-est assez violent. De B..., qui commande l'escadrille, m'a chargé d'aller prendre une série de photographies au-dessus des lignes ennemies.
L'armée les réclame. L'aéroplane sur lequel je vais monter est celui d'un excellent pilote civil, actuellement caporal.
8 heures 10. — Nous venons de nous envoler. Notre petit Morane parasol tangue fortement. Il a des coups secs. Décidément le vent est violent, il fait déjà froid. Que serace quand nous serons à 2.000 mètres? Tranquillement je vérifie si tout fonctionne bien dans l'énorme appareil photographique que, pour l'instant, je tiens sur mes genoux.
Devant moi j'aperçois le dos de mon pilote emmitouflé dans une peau de chèvre. Pardessus son épaule, je consulte le comptetours et l'altimètre. Nous sommes à 1.200. Le moteur chante bien. Son hululement éolien est décidément régulier, normal, sûr. Il ne bafouille pas. Chacun des neufs cylindres fonctionne avec netteté, avec précision.
iga LES AS PEINTS l'AR EUX-MEMES
8 heures 25. — L'altimètre marque 2.100. Malgré ma combinaison fourrée, je commence à avoir froid sérieusement. La hauteur voulue est atteinte. Au-dessous de nous, loin, loin, le paysage s'étend à perte de vue. Ce n'est plus qu'une carte en couleurs à grande échelle, où les villages se découpent en blanc clair, où les rivières serpentent en miroitant. Voici le front strié de tranchées françaises et allemandes. Les tranchées apparaissent comme un faisceau de lignes jaunes ou brunes qui se coupent et se recoupent à l'infini.
Ce sont elles que nous allons photographier.
A notre droite, s'étend l'énorme masse de la ville de R... Nous venons de traverser une couche de nuages très blancs. Le vent est violent. Ces nuages sont nombreux, mais petits. Ils ne sont pas gênants. Ils se succèdent sans discontinuer au ras des roues de l'appareil. Ils passent avec la vitesse de l'éclair, emportés "comme par une rafale brutale. Nous marchons vent debout et cela semble encore augmenter de vitesse. Ils passent, ils passent en une galopade enragée 1
Dans l'intervalle, nous apercevons la terre