I. Cet événement désiré se produisit le a avril igiô
2o6 LES AS PEINTS PAR EUX-MÊMES
Ma chère maman, n'ayez pas trop peur en lisant ce récit authentique dans le plus infime de ses détails (et ils n'y sont pas tous 1). Mais je tenais à le laisser par écrit. Franchement il en valait la peine. Je pense (sans chercher à me défendre d'un sentiment d'orgueil) aux pâles combats ridicules des personnages d'Homère. Je me suis battu à 2. 3oo mètres d'altitude, face à face à 10 mètres avec un ennemi. Franchement, j'en suis fier !
Lieutenant Gh...
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Il est exact de dire que les collisions aériennes volontaires ne peuvent être considérées comme pratiquement utiles ou nécessaires que dans des circonstances spéciales. Elles peuvent parfois être envisagées, mais très exceptionnellement, comme un devoir, n faut voir là, en effet, en se plaçant au point de vue de la défense du pays, le résultat pratique, mais il ne s'agit nullement de sacrifier son appareil, sa vie qui peut être précieuse, pour avoir la gloire d'abattre un appareil allemand, n est vrai que les abordages aériens réel-
lement volontaires sont peut-être plus rares qu'on ne le pense. En tout cas, ceux qui seraient à même de pouvoir en expliquer les véritables raisons, l'impérieuse nécessité, ne sont plus de ce monde.
Je puis ici signaler un cas où l'abordage paraissait s'imposer et où il n'a pu se produire, malgré la ferme volonté du pilote.
C'était à la fin de mars igiÔ.dans la région de Châlons,oùil y avait une escadrille qui fit parler d'elle. Le pilote R... était encore sergent.
Il rentrait d'un bombardement de nuit effectué sur sa demande. Us étaient encore rares à celte époque les vols nocturnes 1
A son atterrissage, il reçut l'ordre d'organiser dès la première heure un sérieux barrage aérien et de s'opposer par tous les moyens aux incursions des appareils ennemis dans le secteur, où se trouvait en visite une très haute personnalité dont il devait protéger la vie contre les attaques aériennes.
Vous le voyez, «-c'était un peu le cas du petit caporal. R... devait être accompagné du lieutenant M... comme mitrailleur.
Le jour à peine venu, les deux policiers de l'air se mirent, malgré quelques alterca-
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lions avec le moteur, en route vers les airs. Après deux heures d'attente environ, R... vit apparaître un avion allemand qui venait directement pour franchir nos lignes et pénétrer dans le secteur défendu.
Nos batteries, sans se soucier du danger qu'elles faisaient courir à R... et à son compagnon, se mirent de la partie, et notre vaillant pilote, au milieu de la mitraille, se dirigea droit au-devant de l'ennemi.
Il y eut un émouvant chassé-croisé entre les deux appareils qui, tous deux à bonne portée, avaient engagé le combat. Malheureusement, à la vingt-quatrième cartouche, la mitrailleuse s'enraya et l'avion français se trouva sans défense.
Que faire? Deux seules ressources restaient à nos aviateurs : la fuite devant les Boches qui continuaient à tirer, avec toutes ses conséquences, ou la lutte à outrance par l'abordage qui, infailliblement, devait entraîner la chute des deux aéroplanes, la mort héroïque, mais la mort certaine !
R... n'hésita pas et fonça sur l'appareil allemand qu'il était arrivé à prendre en chasse, à gagner en vitesse. R... avait affaire à forte partie.
Les Allemands firent demi-tour, face à l'adversaire, et vinrent, bien armés, droit sur l'appareil français, cherchant à intimider son pilote désarmé.
R... ne céda pas un pouce. Au contraire, il accéléra sa marche. Le terrible événement était [proche, il était même dans l'esprit de notre héros, inévitable, lorsque les Boches, profitant de leur présence au-dessus de leurs lignes, piquèrent, paraissant tomber, directement vers celles-ci, échappant ainsi, comme les nôtres, à une mort certaine.
Mais ils ne purent poursuivre leur route, ils ne purent passer! R... et son passager avaient bien mérité de la Patrie.
Un an après, au cours du bombardement de l'aérodrome d'Hubsheim et de la gare de Mulhouse, R..., devenu adjudant, était chargé d'escorter ses camarades. Ce fut la première grande bataille d'escadres aériennes. Notre pilote était attaqué par deux Fokkers qui ouvraient un feu nourri et précis : durant de longs instants laiutte se poursuivait. Finalement, R... parvenait à se dégager, grâce à l'assistance que venait lui prêter son camarade, le sous-lieutenant serbe M... Et il pouvait reprendre le chemin de ses lignes : son
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appareil était criblé de balles. Quant à lui, il avait le bras fracassé et son passager avait deux projectiles, l'un dans l'épaule, l'autre dans le bras.
Par deux fois, R... s'évanouissait pendant la descente, mais il parvenait à reprendre ses sens juste en arrivant au sol et réussissait un atterrissage impeccable.
Une fois à terre, il retombait inanimé, vaincu par la douleur et par la perte de sang : mais il avait sauvé son camarade et son avion.
Trois Citations. Trois Aventures
Le 27 décembre 1916, je suis désigné, avec le lieutenant Richelieu, tué depuis dans un combat à Verdun, pour accomplir, au-dessus des Vosges, une surveillance de la région de l'Hartmannswillerkopf , en liaison avec la ... division. Après l'essai du moteur qui tourne à 860 tours et de nombreuses recommandations du chef d'escadrille, auquel on a signalé un fort vent d'ouest, nous prenons l'air à i4 heures.
Nous voici bientôt à 2.600 mètres d'altitude, mais, en réalité, à i.5oo au-dessus de la région que nous allons observer. Ce
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n'est pas sans quelque émoi que j'essuie les premiers coups de canon. Bien vite je me remets de cette angoisse passagère et j'arrive même à oublier le tir de l'artillerie ennemie, car j'ai à lutter contre un vent violent de 2.5 à 3o mètres. Il faut marcher à plein moteur, si je ne veux pas être entraîné en Allemagne.
La chance ne semble pas me suivre, car mon moteur va bientôt donner des signes de détresse. Je dois toujours voler à plein régime et cela n'a pas l'air de convenir à mon 80 chevaux qui chauffe, chauffe, sûr de sa puissance, et nous embarque vers l'ennemi.
Désespérément, je lutte contre ce maudit vent. Cependant je suis toujours entraîné et nous descendons. Devant pareille cible, l'artillerie fait rage, sans arrêt. Nous sommes environnés de nombreux flocons de fumée.
(( Du io5,du i3o )),me dit mon observateur qui arbitre le tir.
Ça m'est bien égal, le calibre, mais d'instinct, je baisse la tête lorsque les coups approchent. La descente continue. Tous les 100 mètres, j'annonce la hauteur à mon passager.
i.ooo mètres, 900. Quelle belle proie pour
les artilleurs ! C'est à qui nous descendra, mais ils tirent mal. 800 mètres. Nous sommes au-dessus de Sulzmatt. Mon compagnon a rassemblé des cartes et documents et prépare sa boîte d'allumettes-tisons. Il semble que tout est fini. Aucune chance de rejoindre nos lignes.
Quelle impression affreuse de se dire que dans quelques instants on sera prisonnier ! Je ne réponds même plus aux questions de mon observateur. Mon esprit est rivé au ronron du moteur. Soudain, il me semble qu'il tourne mieux. Ce n'est pas une illusion. Ah I quelle joie! Sauvés I Nous remontons, mais nous n'avançons pas.
Qu'importe, nous sommes maintenant à 3.5oo mètres. Et d'un regard serein j'aperçois au loin la belle terre de France qui semblait nous répudier. L'espoir renaît et, avec lui, une énergie nouvelle.
En avant, plein gaz, je pique, je perds de la hauteur, j'avance un peu. Nous nous rapprochons des lignes. Mais, ô guigne affreuse 1 une seconde fois mon huit-cylindres se repose. Il faut redescendre. Néanmoins, j'ai confiance cette fois ; je sais qu'après un léger repos, il nous rentrera à notre port