‹ Les As, peints par eux-mêmes;Chapitre 18 sur 29 · LOBUS DE PLEIN FOUET · texte numérisé non relu

LOBUS DE PLEIN FOUET

samment, arrachant les mottes d'herbes pour les jeter sur les flammes.

Pendant ce temps, mon pauvre camarade souffrait le martyre. Il avait été touché cruellement. Sa place était inondée de sang. Tout le long de la nacelle d'immenses traînées rouges s'échappaient par les trous causés par les éclats. Le plancher était traversé, tous les câbles allant aux gouvernails de profondeur et de direction, ainsi que le plan arrière, étaient également trempés. L'hémorragie avait été terrible : deux jours après, le lieutenant Guillemin, modèle de vaillance et de stoïcisme, rendait le dernier soupir après avoir subi l'amputation du bras.

Vous dire qu'après cette aventure, je retournai sur les lignes le cœur léger serait une gasconnade. Lorsque, quelques jours plus tard, sur un nouvel appareil, — l'autre est exposé aux Invalides, — je traversai nos tranchées, lorsque je me revis environné par les gros flocons blancs jaunâtres qui cherchaient à m'atteindre, des sueurs froides, je l'avoue, me couraient le long du dos.

J'ai oublié depuis ces sensations délicates. Je retourne au front sur avion de chasse et

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suis anxieuxde savoir si, àlavue des crapouillots, je resterai insensible ou s'il faudra que je recoure à toute ma volonté pour passer toujours et quand même.

Adjudant D...

Le Tibia brisé

Jeune pilote de la classe i6, j'étais arrivé depuis peu à l'escadrille que commandait le regretté héros, le capitaine Quillien. Je m'étais vu affecter un biplan Nieuport iio chevaux et avec un tel engin j'espérais vite prendre place parmi les as. Mon passager habituel était le maréchal des logis Gourtel.

Le 3i mars 1916, nous faisions tranquillement des photographies à une quinzaine de kilomètres à l'intérieur des lignes allemandes lorsque, soudain, nous entendons des coups de mitrailleuse au-dessus de nous. Instinctivement nous baissons la tête, mais

pour la relever aussitôt. C'était un de nos camarades, chargé de nous protéger, qui était en train de vider une querelle avec un Fokker.

Mon observateur lâche son appareil photographique et se précipite sur sa mitrailleuse. L'Allemand approchant, il lui envoie quelques balles. Aussitôt le Fokker pique à la verticale Croyant l'avoir abattu, mon camarade me frappe sur l'épaule pour que j'assiste à la chute. Mais, arrivé à notre hauteur, le Boche se redresse et, avant que mon passager soit remis de sa surprise, nous envoie une grêle de projectiles qui passent dans la carlingue et crèvent mon réservoir d'essence. Le tour avait été bien joué. Hélas!...

Bien que déjà accoutumé au combat, je compris pour la première fois tout le danger du duel aérien en voyant les balles faire sauter le contreplaqué entre nos jambes et en sentant une atroce secousse au pied droit, caus4e par une cartouche qui m'écorchait simplement mon soulier.

Mon observateur-avait vite riposté et notre adversaire s'en était allé. Mais il nous fut impossible de constater s'il abandonnait par manque de courage ou par suite de blessures.

Malgré la perte d'essence , je parvenais à regagner nos lignes et à atteindre notre champ d'atterrissage de Sainte -Menehould, oii nous rapportions complets les clichés que le commandement attendait.

Vite, mon oiseau était remis en état et le surlendemain, 2 avril, je prenais à nouveau mon vol, désireux de me venger. Courtel , qui m'accompagnait encore, n'était pas moins décidé . Notre mission consistait à protéger un Maurice Farman qui devait prendre des photographies au-dessous de Binarville et Varennes. Un second Nieuport assurait l'escorte.

Nous n'allions pas loin à l'intérieur des lignes et commencions à penser que notre randonnée se traduirait par une simple promenade, jolie, mais peu guerrière, à part les coups de canon qui ne nous effrayaient que modérément d'ailleurs.

Tout à coup , quatre ou cinq biplans ennemis s'approchent de nous . J'aperçois mon camarade de Nieuport aux prises avec l'un d'eux . Bientôt il descend en planant vers nos lignes, tandis que son adversaire s'en va du côté opposé en baissant à vue d'œil.

Je m'élance à l'attaque d'un des autres

Allemands, mais au moment où il me voit approcher il fait demi-tour . Pensant à ma mission, je l'abandonne pour revenir jouer mon rôle de chien de berger auprès du Farman, lorsqu'un Fokker que nous n'avions pas vu pique derrière nous, en exécutant la même manoeuvre que celui du 3i mars, ce qui m'autorise à croire que c'était le même. Il déroule sur moi une bande de mitrailleuse. Courtel riposte, mais son arme s'enraye et avant qu'il ait eu le temps de la remettre en état, je reçois dans la jambe droite deux balles qui me brisent le tibia.

D'autres projectiles arrêtent mon moteur et coupent trois des quatre câbles qui maintiennent le plan gauche . Aussitôt mon avion se met à tourner à gauche désespérément comme un cheval de cirque.

Je souffrais le martyre. Ma pauvre jambe ballottait et je ne pouvais nullement l'employer pour diriger mon appareil. Elle était comme morte. Mais quelle douleur je ressentais 1

Comment faire ..pour me sortir de cette espèce de vrille à plat qui commençait h devenir singulièrement redoutable ? Il n'y avait pas à hésiter. Un seul parti me restait.

Je me penchai pour attraper le palonnier avec la main gauche et le tirer à moi tandis que je maintenais mon manche à balai complètement à droite. Cette espèce d'acrobatie, qui semble plutôt appartenir au répertoire des contorsionnistes de music-hall, était rendue particulièrement pénible pour ma jambe qui ne pouvait me servir à rien, mais s'ingéniait à me rappeler dans quel triste état elle se trouvait.

Au bout de quelques secondes qui me parurent des siècles, car je commençais à être à bout de force et je craignais la syncope, je sentis mon avion qui se décidait à tourner et à se redresser. Je me mettais vite face à nos tranchées et... à Dieu vat !

Mon observateur, me voyant à moitié couché dans ma carlingue, se demandait ce que je pouvais bien faire.

Il m'interroge.

« J'ai la jambe cassée, mon pauvre vieux!

— Tiendras-tu jusqu'au bout?

— Mais oui, ne t'en fais pas 1 Nous ne laisserons pas notre peau chez les Boches I »

Pendant ma descente en plané, je voyais, non sans une terrible inquiétude, mon plan gauchebattre l'air. Je m'attendais à chaque

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instant à le voir céder brusquement. Enfin, je constatai que, malgré tout, mon altimètre baissait, que les tranchées approchaient. Un secret espoir grandissait en mon cœur. Je commençai à croire que je m'en tirerais pour cette fois.

Quant au Boche, je crois — car vous concevez que mes souvenirs soient un peu vagues, comme recouverts d'un voile — je crois qu'après être passé une fois tout près au-dessus de nous, il descendit chez lui sans s'inquiéter davantage de notre sort. C'était une chance providentielle. Par contre, en atteignant les lignes, sous le rideau de feu qui essayait de nous abattre, j'eus la mauvaise fortune de recevoir encore un éclat d'obus à la cuisse.

Nous voici près du front. Je voudrais bien descendre. La douleur devient intolérable, mais je n'aperçois pas le moindre terrain d'atterrissage. Nous sommes, en effet, audessus de la forêt de l'Argonne. Mais qu'importe même si nous nous tuons maintenant! Ce ne sera plus en Bochie . Et je préfère me poser sur les arbres de France que sur un beau champ... là-bas 1 Nous passons les tranchées à moins de 200 mètres, les tireurs

avec force cartouches s'entraînent à nous descendre. Sans succès d'ailleurs I Et, malgré mes souffrances, je pousse un ouf! de satisfaction et de délivrance en constatant que nous n'avons plus qu'à chercher un endroit propice pour nous recevoir.

Je ne sais si c'est cette quasi-sécurité ou mes blessures qui en étaient cause , mais je commençais à voir trouble, je ne me rendais plus très bien compte. J'apercevais cependant une petite vallée au milieu de la forêt. Elle semblaitm'appeler pour me faire les honneurs de son emplacement. Après avoir rasé les arbres d'inquiétante façon — pauvre observateur, que devait-il penser 1 — je me préparais à me poser lorsque des fils de fer barbelés me firent faire un saut périlleux impeccable : je capotai et m'évanouis 1

On me transporta en hâte au poste de secours. Puis ce furentles tortures du voyage en automobile du Four-de-Paris à Sainte- Menehould. Mais qu'importait : j'étais chez nous et j'avais réussi à ramener mon passager sans une égratignure.

La médaille militaire adoucissait mes premiers jours d'hôpital I Hélas 1 je ne pensais pas être touché aussi gravement. J'espérais

aller me venger quelques semaines après. Or, des mois interminables se sont écoulés. Ma jambe est toujours dans le plâtre et je suis immobilisé pour longtemps encore : que ce Boche soit maudit 1 et mon seul espoir c'est que mes camarades l'aient abattu I

Caporal Godfroy.

L'Éch

ange

En voyant un « Albatros « atterrir sur mon terrain, ma première idée fut de lui courir sus; ma seconde, de héler quelques hommes pour me prêter main-forte. Mais il était midi 1 tous les mécaniciens étaient descendus déjeuner au village...

Je m'élançai, le revolver menaçant, en criant : « Rendez-vous 1 ! Rendez-vous 11... »

Alors, du fond de la nacelle, une voix calme répondit :

« Nonl mais quand tu auras fini de faire tout ce bruit 1 1... »

C'était le premier pilote de mon esca-

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drille, le lieutenant de B,.., avec son mécanicien 1...

Pour une surprise, celle-ci était inattendue.

Parti deux heures avant sur un « Morane », de B... me ramenait un Albatros. Gomment avait-il fait l'échange en route?...

Je ne comprenais pas, et j'avais le mauvais goût d'en montrer de l'humeur.

« Voyons!... ton Morane?... lui dis-je d'un ton sévère. Explique-moi ce que tu as fait de ton Morane!...

— Ah çà ! fit-il, j'espère que tu ne vas pas m'eng... parce que je viens de l'échapper belle!...

— Tu m'excuseras!... » (c'était son mot favori !...)

De plus en plus intrigué, je lui dis, misérieux, mti-blagueur :

« Je parie que tu as atterri chez les Boches ! !..

— Ni plus, ni moins, mon vieux I... Hein ! quel chic motif de citation : » Ayant dû atter- « rir en territoire occupé, n'a pas hésité à « s'emparer d'un avion ennemi, et a réussi à <( rentrer dans nos lignes. »

— Tu as fait ça ?...

l'échange 2^1

— Comme je te le dis !... »

J'avais envie de lui sauter au cou ! Je pris ses deux mains, et les étreignis avec une émotion intense :

« Ça, c'est chic!... Mais raconte!... raconte!... w

Il se rengorgea pour jouir un instant de son petit effet; puis ayant allumé une cigarette, il me fit le récit suivant :

(( Je me trouvais au-dessus de N... et j'avais noté pour la deux cent soixante-dix-neuvième fois la fumée familière du train stoppé à la gare. Dix heures!... Aperçu un train sous pression dans la gare de N... Déjà je m'inquiétais de n'avoir pas reçu la demi-douzaine de salves d'artillerie coutumière... à peine un ou deux flocons blancs très haut et très loin!... je donnai une pensée de compassion au « Herr Grapouilloteur » de cette batterie, et déjà j'étais sur G... Rien sur les voies, rien sur les routes... Décidément le rapport de reconnaissance aérienne n" 279 va terriblement ressembler aux précédents. Allons ! Rentrons !

« Jusqu'ici tout allait bien!... Mais voilà que^ au-dessus de P...-le-M..., là oij « ils » ont un terrain d'atterrissage, tu sais!... des

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ratés de moteur commencent!... pas des ratés ordinaires..., des » passages à vide... », la vapeur d'eau aspirée au lieu d'essence, entraînant, au bout d'une minute et demie au plus, l'arrêt brusque du moteur... Tu me vois d'ici !...

« Après deux ou trois « bafouillages », panne sèche... Je n'avais plus un poil de sec !...

« Essayer de franchir en vol plané les ko kilomètres qui me séparaient du front .^... Inutile d'y songer!... Alors, je fis brusquement demi-tour!... Puisque j'étais obligé d'atterrir chez les Boches, au moins en m'enfonçant le plus loin possible à l'intérieur, je pouvais avoir la chance de me poser dans une zone dépourvue de troupes, me terrer dans les bois, me cacher chez des paysans amis, et partant, échapper à cette terrible chose qu'est la condition du prisonnier de guerre !...

(c Je t'ai déjà dit que P...-le-M... était audessous de moi!... Tout en descendant, je voyais de plus en plus nettement les tentes, les hangars, les voitures-automobiles, un appareil hors de son abri, et je m'étonnais de n'être pas canonné!... Est-ce que leurs

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aérodromes étaient moins bien gardés que les nôtres, par liasard!... La curiosité me poussant, je fis deux ou trois spires sur le terrain !... je n'étais déjà plus qu'à i.ooo mètres!... Bah ! pensai-je !... pris pour pris!... mieux vaut descendre chez des gens du métier.... Quelques minutes après, je roulais sur l'aérodrome ennemi, j'arrêtais mon appareil à 20 mètres des tentes boches!... J'étais résigné à faire mon petit Vercingétorix devant César !

« Mais César était absent. Déjà je me dressais dans une attitude héroïque, une boîte de « tisons » à la main... Personne !...

— « On se croirait dans le bled, » dit mon fidèle mécano, qui a la nostalgie de nos atterrissages au désert africain !...

« C'est trop fort!... Hé bien!... Messieurs les Boches, si vous ne daignez pas venir nous prendre, nous allons vous fausser compagnie.

« Tant pis ! j'étais décidé, après avoir brûlé le coucou, à me jeter à travers champs à la garde de Dieu.

— (( Mais ! fit mon mécano, qui est un maître fouineur !... Il y a là un Albatros du modèle de celui que vous avez déjà piloté, il y a un mois, à B... »

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J'observais l'avion. Il était, en effet, du modèle de l'Albatros P. S. iio, qui s'était égaré dans le brouillard quelques jours avant, avait atterri dans nos lignes, près de R..., et que de B... s'était donné le luxe de piloter pour s'amuser.

« Ah! le joli hasard! interrompis-je.

— La belle idée surtout ! reprit-il.

« Fuir ! et sur un coucou boche, et volé à leur barbe...

— « Vite ! dis-je à Martin, vois s'il y a de l'essence I... »

« Juste à ce moment, deux vieux birbes à fusils débouchaient derrière les tentes et nous mettaient en joue. J'en abattis un d'un coup de revolver; l'autre leva les bras, je lui fis signe qu'il eût à nous aider à sortir le coucou. Il s'exécuta en courant, l'appareil fut prêt en quelques secondes. Ne voulant pas tuer encore ce pauvre bougre, je le jetai par terre, roulai sur lui une caisse d'outillage pour l'empêcher de nous trahir : nous sautâmes dans l'Albatros. Tu sais qu'il y a une mise en marche ^automatique. Par bonheur, elle fonctionna du premier coup ! et nous nous enlevâmes.

<( Il était temps !... Déjà les Boches, attirés

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sans doute par mon coup de feu, arrivaient, et je percevais très bien à mes oreilles le sifflement caractéristique des balles!

« Trop tard ! . . . Au revoir ! . . . On se reverra!

« Mais en me retournant, j'avais vu à terre mon pauvre Morane, abandonné intact aux mains des barbares.

« Malédiction!... Les Huns allaient-ils s'enorgueillir de ce trophée ?...

« Il y avait à bord des fusées incendiaires. Au risque d'être démoli, je fis demi-tour et à faible altitude je jetai tout le lot. Une fusillade terrible s'ensuivit et tu en vois les effets !... »

Il me montrait les lambeaux de toile qui pendaient aux ailerons.

(( Mais j'eus l'amère satisfaction de voir s'élever un jet de flammes parmi des soldats bousculés...

(( Maintenant, ajouta-t-il, si tu veux me permettre un conseil !... et d'un geste large il me montrait l'aérodrome où l'heure de la soupe avait fait le vide du champ de bataille...

— Oui! oui!... l'interrompis-je, je sais bien! nous ne prenons jamais assez de précautions. Mais, dès aujourd'hui, je vais donner des ordres. Il y aura toujours en per-

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manence la moitié du personnel sur le terrain.

— Avec un officier responsable.

— Et un officier qui connaisse l'art de s'emparer des avions ennemis, à la barbe des gens. Tiens, je te désigne d'office et dès maintenant. »

Il me regarda d'un air effaré, oii passait toute l'ardente supplication d'un estomac vide, et c'était si comique qu'avant de le laisser protester :

« Tu m'excuseras..., » lui dis-je en le contrefaisant.

Je le pris par le bras, et nous nous en allâmes en riant.

Capitaine aviateur Jolain

{mort au champ d'honneur).

Seul contre six L. V. G.

Un jour, au cours d'une croisière, j'étais attaqué par un Boche. Le duel s'engage, mais dès la première balle, ma mitrailleuse s'enraye. Que faire .î^ Abandonner la lutte? Ah! non, mon adversaire aurait cru que j'avais peur. Alors je décide de rester.

Une sarabande fantastique commence : je vire, cabre, pique autour de l'autre afin d'éviter ses balles. Je tente en même temps de réparer mon arme. Je me sers de mes ongles comme tournevis, tout en calant la direction entre mes jambes. Et sous le feu incessant, je continue mon travail d'armurier. Le plus

ennuyeux, c'est que je m'arrachais les ongles, que je me déchirais les mains et que je m'inondais de sang. Il fallait en même temps m'arranger de façon à conserver la situation la plus favorable pour le moment oij mes cartouches accepteraient de défiler.

Ah I voilai Ma mitrailleuse est remontée. J'appuie 1 Tonnerre, nouvel enrayage, nouveaux efforts, nouvel insuccès. Il y a des moments oii vraiment la fatalité vous favorise bêtement. La fusillade continuait, naturellement. Le Boche ayant épuisé ses munitions et se demandant sans doute pourquoi je m'amusais à rester là, sans riposter, à moins de i5 mètres, finissait par virer, piquer et fuir. Je pouvais rentrer, l'honneur était sauf. L'adversaire avait pu constater qu'il ne nous faisait pas peur, même quand nous sommes désarmés.

En juillet igiS, au cours d'une croisière en pays ennemi, je rencontre plusieurs avions allemands. Seul, je n'ai qu'une ressource : essayer de leur en imposer. Je fonce sur eux comme -si j'allais les pourfendre. Une cage dont on vient d'ouvrir la porte, une envolée d'oiseaux dans toutes les directions. C'est à cela que je songeais en les

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