‹ Les As, peints par eux-mêmes;Chapitre 19 sur 29 · SEUL CONTRE SIX L. V. G · texte numérisé non relu

SEUL CONTRE SIX L. V. G

voyant fuir à toute allure. Au retour, j'avais une émotion : en passante Binarville, j'étais pris à partie par les batteries spéciales. Je recevais un obus qui traversait une de mes ailes et qui, par bonheur, n'explosait qu'à 5o mètres au-dessus, lançant quelques éclats qui attirèrent mon attention. Ce n'est qu'après cette pluie de fonte que j'eus l'idée de regarder mon avion : les toiles des ailes flottaient et une nervure était coupée.

Deux mois plus tard, j'étais opposé à quatre Albatros. Ils montaient la garde au-dessus de leur territoire. Ils étaient à 1.600 mètres, moi à 3.000. Je pique et m'élance contre le premier; je tire en rouleau. Tout en descendant, le Boche riposte et une de ses balles atteint le fuselage à 3o centimètres de ma poitrine. Je voudrais me venger et continuer la poursuite, mais je me ferais abattre par le canon. Je cabre et m'en prends au second. Échange de projectiles. Soudain, une rafale venant d'en haut m'encadre. C'est un Fokker arrivé à la rescousse qui, sitôt sa salve tirée, remonte et s'écarte. Il faut que j'en finisse avec l'un des ennemis. C'en est trop. Je tire une nouvelle bande contre TAlbatros, si près qu'à un moment la collision semble certaine.

25o LES AS PEINTS PAR EUX-MKMES

Je suis déséquilibré, mon aile effleure celle du Boche. Je vire en hâte tout en remettant un rouleau et je me prépare à rentrer, le Boche cherchant à me suivre.

Chaque Albatros a deux mitrailleuses, le Fokker au-dessus attend anxieusement le moment où il pourra donner le coup de grâce. Poursuivi et encerclé par quatre appareils, avec le cinquième qui joue le rôle d'épée de Damoclès, je pique à plein moteur. De tous côtés, les balles passent en sifflant. Je me dirige vers les lignes. Je ne suis qu' à i.4oo, lorsque j'atteins les tranchées. Là, je fais un brusque demi-tour pour faire face à l'assaillant. Je me sens fort maintenant : il me tuera peut-être, mais ne me fera pas descendre chez lui.

L'Albatros le plus proche est à i5o mètres. Je tire une salve contre lui et me prépare à reprendre l'offensive, mais mon moteur se met à (( bafouiller », s'arrête et reprend. C'est la panne d'essence : quand l'appareil pique, le précieux liquide n'arrive plus au moteur. Quelques-instants plus tôt, c'était la descente en terrain ennemi.

Je n'insistais plus et rentrais, non sans avoir été endommagé par les canons.

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Le 23 octobre 1915, un Boche est signalé croisant au-dessus de nos tranchées. Vite, je prends mon vol. Dès que l'autre m'aperçoit, il retourne chez lui. Je décide alors de lui couper la retraite en passant par Varennes et le rejoins au-dessus de Montfaucon. Dix cartouches sur l'avant, face à moi. L'ennemi fait un à-gauche très léger, pour riposter avec sa mitrailleuse tirant sur l'arrière et les côtés : une cinquantaine de balles essayent en vain de m'abattre. Je réponds par une bande. Elle porte : il glisse aussitôt sur l'aile gauche et va s'écraser à plein moteur sur le bois de Septsarges.

Je le suivis jusqu'à 100 mètres du sol pour être sûr de ma victoire et pour tirer à nouveau s'il avait des velléités de se redresser I

Une autre fois, en rentrant d'une reconnaissance sur Stenay, avec le lieutenant Gaffarel, tué depuis dans un combat, nous sommes accueillis par un feu intense de batteries spéciales en passant au-dessus de l'aérodrome de Cunel. Deux obus éclatent à moins de 10 mètres de nous. Le premier, à droite : je tourne la tête I Immédiatement, détonation à gauche. Je crie à mon camarade : « Le zinc va s'écraser ! » Et vite je pique vers

les lignes, toujours suivi par la canonnade. Mais le moteur est essoufflé, deux cylindres ne donnent plus. Gaffarel se retourne :

« Croyez-vous qu'on pourra rentrer? me demande-t-il, très calme.

— Tu parles, mon lieutenant! »

Les tranchées sont franchies. Nouvelle fusillade. La descente s'opère, mais attention à l'atterrissage, car l'avion n'est pas plus solide qu'un château de cartes, après ce déluge. Tout se passe bien. J'examine le biplan : une pipe d'aspiration d'un cylindre avait éclaté, un fil de bougie était coupé, le longeron supérieur d'une aile était traversé de part en part, une nervure du plan inférieur était déboîtée, les roues étaient criblées d'éclats.

« Ce coup-là, je croyais qu'on était chocolat, » dis-jeà mon passager qui, hélas! peu de temps après, l'était vraiment.

Le 28 novembre igiS, je rencontre un avion sur Challerange, je le poursuis et engage le combat. Le Boche l'accepte et tire. Sa bande finie, il "vire à gauche et pique. Je le prends par-dessus et par derrière et j'ouvre le feu. Faible riposte! Le duel se déroule à i,5oo mètres d'altitude, en territoire

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